Avec les pèlerins hindous sur la dangereuse route de la grotte d'Amarnath
Monde

Avec les pèlerins hindous sur la dangereuse route de la grotte d'Amarnath

C'est l'un des pèlerinages les plus importants dans la culture hindoue, mais aussi le plus dangereux: l'Amarnath Yatra dans le Cachemire. Un trek de plusieurs jours à travers les montagnes de l'Himalaya pour rejoindre la grotte d'Amarnath, dans laquelle se trouve une Shiva Linga, une concrétion de glace, icône de Shiva, vénérée par les hindous. Chaque année, ils sont plusieurs centaines de milliers à braver le froid, les éboulements, pour atteindre cette grotte située à plus de 3.800 mètres d'altitude. 

Mais l'intensité de la ferveur religieuse n'est pas dénuée de dimension politique. Le Cachemire est une zone disputée en Inde, dans laquelle des séparatistes commettent régulièrement des attentats et où l'armée indienne n'hésite pas à répliquer violemment. Venir dans l'État du Jammu-et-Cachemire, c'est donc aussi une manière pour ces hindous de revendiquer leur terre. L'an dernier, l'attaque d'un bus de pèlerins par des hommes armés a fait huit morts et quinze blessés. 

L'accès au site du pèlerinage est complexe. Il faut se rendre au camp de base à plusieurs heures de route de Srinagar, la capitale du Cachemire et passer plusieurs check-points, mais aussi obtenir un permis, valider un certificat médical et avoir l'approbation des militaires sur place. Quelque 40.000 forces de sécurité sont déployées sur la zone. Un record cette année. 

Camp de base de Baltal –situé à 2.750 mètres d'altitude dans les montagnes du Cachemire, le camp de base de Baltal peut accueillir environ 15.000 personnes. Il s'agit de l'un des deux points de départ du trek jusqu'à la grotte d'Amarnath, située 1.000 mètres plus haut. Les pèlerins hindous y sont conduits par des convois de bus depuis Jammu, la capitale du Jammu-et-Cachemire. Le camp comprend une rue commerçante, un poste militaire avancé, un centre de soins, et bien sûr des centaines de tentes communes. Une place individuelle leur coûtera la somme de 300 roupies (environ quatre euros) par nuit. Il leur faut parfois attendre plusieurs jours avant de pouvoir débuter le trek, en fonction des conditions météo et d'une régulation du nombre de randonneurs. Chaque année, le camp est installé durant un ou deux mois pour le pèlerinage avant d'être démonté.
Photo Edouard Sudre.

Camp de base de Baltal –situé à 2.750 mètres d'altitude dans les montagnes du Cachemire, le camp de base de Baltal peut accueillir environ 15.000 personnes. Il s'agit de l'un des deux points de départ du trek jusqu'à la grotte d'Amarnath, située 1.000 mètres plus haut. Les pèlerins hindous y sont conduits par des convois de bus depuis Jammu, la capitale du Jammu-et-Cachemire. Le camp comprend une rue commerçante, un poste militaire avancé, un centre de soins, et bien sûr des centaines de tentes communes. Une place individuelle leur coûtera la somme de 300 roupies (environ quatre euros) par nuit. Il leur faut parfois attendre plusieurs jours avant de pouvoir débuter le trek, en fonction des conditions météo et d'une régulation du nombre de randonneurs. Chaque année, le camp est installé durant un ou deux mois pour le pèlerinage avant d'être démonté.

Les «Yatris», les pèlerins, viennent d'un peu partout en Inde, Bihar, Gujarat, Punjab, Uttar Pradesh. Certains viennent en bus de villages reculés et mettent plusieurs jours à arriver. Une fois dans le camp, dont l'entrée est soumise à l'obtention d'un permis, les yatris sont nourris gratuitement dans des cantines qui font également office de temple. Pour beaucoup, c'est le pèlerinage d'une vie. Mais c'est aussi l'occasion pour eux de venir dans le Cachemire, une région contestée par des indépendantistes, et d'affirmer l'appartenance de cette région au monde hindou et à l'Inde.
Photo Edouard Sudre.

Les «Yatris», les pèlerins, viennent d'un peu partout en Inde, Bihar, Gujarat, Punjab, Uttar Pradesh. Certains viennent en bus de villages reculés et mettent plusieurs jours à arriver. Une fois dans le camp, dont l'entrée est soumise à l'obtention d'un permis, les yatris sont nourris gratuitement dans des cantines qui font également office de temple. Pour beaucoup, c'est le pèlerinage d'une vie. Mais c'est aussi l'occasion pour eux de venir dans le Cachemire, une région contestée par des indépendantistes, et d'affirmer l'appartenance de cette région au monde hindou et à l'Inde.

Pour les quelques milliers de Kashmiris qui travaillent sur le camp, le pèlerinage représente une source de revenus importante pour l'année. Petits commerçants, loueurs de tentes ou de chevaux, ils sont indispensables à la tenue de l'événement. Mais leur sentiment est partagé concernant la venue des hindous. L'un des loueurs de tentes explique faire ce travail par obligation. «L'État indien nous oppresse et nous vivons sous la menace permanente», explique Rachid, un jeune Kashmiri. La plupart des habitants du Cachemire sont musulmans et ne se disent pas indiens. Beaucoup souhaitent l'indépendance de leur région. Ils reprochent aux autorités indiennes une forme d'occupation. Près de 500.000 militaires venus de partout en Inde sont mobilisés dans la région pour faire face aux groupes terroristes et séparatistes, mais aussi aux manifestations très fréquentes et sévèrement réprimées.
Photo Edouard Sudre.

Pour les quelques milliers de Kashmiris qui travaillent sur le camp, le pèlerinage représente une source de revenus importante pour l'année. Petits commerçants, loueurs de tentes ou de chevaux, ils sont indispensables à la tenue de l'événement. Mais leur sentiment est partagé concernant la venue des hindous. L'un des loueurs de tentes explique faire ce travail par obligation. «L'État indien nous oppresse et nous vivons sous la menace permanente», explique Rachid, un jeune Kashmiri. La plupart des habitants du Cachemire sont musulmans et ne se disent pas indiens. Beaucoup souhaitent l'indépendance de leur région. Ils reprochent aux autorités indiennes une forme d'occupation. Près de 500.000 militaires venus de partout en Inde sont mobilisés dans la région pour faire face aux groupes terroristes et séparatistes, mais aussi aux manifestations très fréquentes et sévèrement réprimées.

L'an dernier, un bus de pèlerins a subi une attaque terroriste qui a fait huit morts et quinze blessés. En conséquence, la présence militaire a été multipliée sur le parcours. Et ce, dans des proportions démesurées: 40.000 forces de l'ordre opèrent durant le pèlerinage. Check-points, mitrailleuses, hélicoptères de combat, postes de guet, les hommes armés sont omniprésents et dissuasifs puisqu'aucune attaque n'est à déplorer cette année.
Photo Edouard Sudre.

L'an dernier, un bus de pèlerins a subi une attaque terroriste qui a fait huit morts et quinze blessés. En conséquence, la présence militaire a été multipliée sur le parcours. Et ce, dans des proportions démesurées: 40.000 forces de l'ordre opèrent durant le pèlerinage. Check-points, mitrailleuses, hélicoptères de combat, postes de guet, les hommes armés sont omniprésents et dissuasifs puisqu'aucune attaque n'est à déplorer cette année.

L'âge maximal pour participer au pèlerinage est fixé à 75 ans, et la plupart des pèlerins ont entre 30 et 50 ans. Les pentes sont trop abruptes pour beaucoup des hindous qui effectuent le trek sacré. Certains utilisent des chevaux pour parcourir les quatorze kilomètres abrupts qui séparent le camp de Baltal de la grotte, d'autres ont recours aux palanquins: quatre kashmiris portent sur leurs épaules une personnes durant plusieurs heures moyennant, une dizaine d'euros. Cette pratique d'un autre temps est encore très courante durant l'Amarnath Yatra.
Photo Edouard Sudre.

L'âge maximal pour participer au pèlerinage est fixé à 75 ans, et la plupart des pèlerins ont entre 30 et 50 ans. Les pentes sont trop abruptes pour beaucoup des hindous qui effectuent le trek sacré. Certains utilisent des chevaux pour parcourir les quatorze kilomètres abrupts qui séparent le camp de Baltal de la grotte, d'autres ont recours aux palanquins: quatre kashmiris portent sur leurs épaules une personnes durant plusieurs heures moyennant, une dizaine d'euros. Cette pratique d'un autre temps est encore très courante durant l'Amarnath Yatra.

Les routes sinueuses qui conduisent à la grotte sont à flanc de montagne et peu protégées des éboulements.
Cette année, plusieurs personnes sont mortes emportées par des glissements de terrain ou des chutes de pierre par mauvais temps. En conséquence, la route a dû être fermée plusieurs jours, en attendant que le climat se stabilise. Les crises cardiaques et problème de santé sont également monnaie courante malgré l'obligation de passer un examen médical pour participer au trek. Les pèlerins sont peu préparés, mal équipés ou parfois tout simplement trop faibles ou trop âgés pour une telle randonnée à cette altitude. Au total à l'heure actuelle, trente-cinq personnes ont perdu la vie cette année.
Photo Edouard Sudre.

Les routes sinueuses qui conduisent à la grotte sont à flanc de montagne et peu protégées des éboulements.
Cette année, plusieurs personnes sont mortes emportées par des glissements de terrain ou des chutes de pierre par mauvais temps. En conséquence, la route a dû être fermée plusieurs jours, en attendant que le climat se stabilise. Les crises cardiaques et problème de santé sont également monnaie courante malgré l'obligation de passer un examen médical pour participer au trek. Les pèlerins sont peu préparés, mal équipés ou parfois tout simplement trop faibles ou trop âgés pour une telle randonnée à cette altitude. Au total à l'heure actuelle, trente-cinq personnes ont perdu la vie cette année.

Après plusieurs heures d'ascension par le chemin le plus court –il existe aussi un parcours de quarante kilomètres, plus long mais plus facile– des milliers de pèlerins se recueillent dans la grotte d'Amarnath. Des portiques installés quelques centaines de mètres en aval obligent les yatris à se délester de tous leurs bagages, téléphone et appareil photo. Les militaires y sont très vigilants. Des escaliers permettent d'atteindre la grotte, à plus de 3.800 mètres d'altitude. il faut retirer ses chaussures pour y pénétrer. Derrière des grilles en métal, on aperçoit deux colonnes de glace bleutées qui ne se forment que durant l'été. Ce sont des shiva linga, des représentations du dieu Shiva sur Terre. La ferveur est telle que les hindous y déposent des offrandes et d'importantes sommes d'argent en s'y prosternant. En redescendant, de nombreux sadhus et des infirmes demandent l'aumône toute la journée.
Photo Edouard Sudre.

Après plusieurs heures d'ascension par le chemin le plus court –il existe aussi un parcours de quarante kilomètres, plus long mais plus facile– des milliers de pèlerins se recueillent dans la grotte d'Amarnath. Des portiques installés quelques centaines de mètres en aval obligent les yatris à se délester de tous leurs bagages, téléphone et appareil photo. Les militaires y sont très vigilants. Des escaliers permettent d'atteindre la grotte, à plus de 3.800 mètres d'altitude. il faut retirer ses chaussures pour y pénétrer. Derrière des grilles en métal, on aperçoit deux colonnes de glace bleutées qui ne se forment que durant l'été. Ce sont des shiva linga, des représentations du dieu Shiva sur Terre. La ferveur est telle que les hindous y déposent des offrandes et d'importantes sommes d'argent en s'y prosternant. En redescendant, de nombreux sadhus et des infirmes demandent l'aumône toute la journée.

Les Sadhus viennent par centaines participer au pèlerinage. Ils sont souvent vêtus en orange et portent un trident, l'un des symboles de Shiva. Ils mènent des vies ascétiques, à l'image du dieu qu'ils vénèrent. Certains passent les deux mois au pied de la grotte dans des conditions sommaires, pieds nus et sans vêtements chauds. Ils vivent des dons que les pèlerins leur concèdent et passent leurs journée à prier et à fumer le chilum, une pipe en bois souvent utilisée avec du cannabis.
Photo Edouard Sudre.

Les Sadhus viennent par centaines participer au pèlerinage. Ils sont souvent vêtus en orange et portent un trident, l'un des symboles de Shiva. Ils mènent des vies ascétiques, à l'image du dieu qu'ils vénèrent. Certains passent les deux mois au pied de la grotte dans des conditions sommaires, pieds nus et sans vêtements chauds. Ils vivent des dons que les pèlerins leur concèdent et passent leurs journée à prier et à fumer le chilum, une pipe en bois souvent utilisée avec du cannabis.

Au retour de la grotte, des fêtes sont organisées tous les soirs sous les tentes. Des hommes prennent l'apparence du dieu Shiva et entament des danses qui gargarisent les foules. Cette année, plus de 230.000 personnes ont déjà participé à ce pèlerinage sacré pour les hindous. Il se poursuit encore jusqu'à la fin du mois d'août.
Photo Edouard Sudre.

Au retour de la grotte, des fêtes sont organisées tous les soirs sous les tentes. Des hommes prennent l'apparence du dieu Shiva et entament des danses qui gargarisent les foules. Cette année, plus de 230.000 personnes ont déjà participé à ce pèlerinage sacré pour les hindous. Il se poursuit encore jusqu'à la fin du mois d'août.

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

Les vrais chiffres de la start-up nation
Grand Format

Les vrais chiffres de la start-up nation

Newsletters