Les cabinets de curiosités, ode à l'étrangeté
Société / Culture

Les cabinets de curiosités, ode à l'étrangeté

À la fin de la Renaissance sont nés d'étonnants lieux dans lesquels étaient entassées, du mur au plafond, toutes sortes de bizarreries. «Le point commun de tous les objets qui y sont rassemblés est leur rareté ou leur caractère surprenant», explique Patrick Mauriès, commissaire associé d'une exposition qui rassemble 1.500 objets exposés sur 1.000 mètres carré. Intitulée «Cabinets de curiosités», elle se tient jusqu'au 3 novembre au Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la Culture à Landerneau.

«Le point de départ de cette exposition est un livre que j’ai publié en 2002 intitulé Cabinets de curiosités et qui a été traduit en plusieurs langues. À l'époque déjà, j’avais constaté qu'ils n’avaient jamais complètement disparus après la popularité qu'ils ont connu au XVIe siècle à la fin du XVIIe. À cette époque, quelques princes et des aristocrates commes les Médicis ou les Habsbourg en abritaient dans leurs résidences privées. Ces cabinets avaient aussi du succès chez des médecins, des apothicaires, des personnalités liées à la culture, des scientifiques et des littéraires qui se connaissaient. Les propriétaires se rendaient visite d’un bout à l’autre de l’Europe et s'échangaient ou se revendaient des objets. Ces lieux étaient mi-publics, mi-privés et étaient ouverts aux personnes qui s'y connaissaient.»
Domenico Remps, «Scarabattolo», seconde moitié du XVIIe siècle, huile sur toile. | Avec l'autorisation du ministère pour les Biens et les Activités culturelles / Museo dell'Opificio delle Pietre Dure di Firenze, Florence.

«Le point de départ de cette exposition est un livre que j’ai publié en 2002 intitulé Cabinets de curiosités et qui a été traduit en plusieurs langues. À l'époque déjà, j’avais constaté qu'ils n’avaient jamais complètement disparus après la popularité qu'ils ont connu au XVIe siècle à la fin du XVIIe. À cette époque, quelques princes et des aristocrates commes les Médicis ou les Habsbourg en abritaient dans leurs résidences privées. Ces cabinets avaient aussi du succès chez des médecins, des apothicaires, des personnalités liées à la culture, des scientifiques et des littéraires qui se connaissaient. Les propriétaires se rendaient visite d’un bout à l’autre de l’Europe et s'échangaient ou se revendaient des objets. Ces lieux étaient mi-publics, mi-privés et étaient ouverts aux personnes qui s'y connaissaient.»

«J'ai retrouvé l'esprit de ces lieux chez certains individus. Je me suis demandé pourquoi ce type de décors revenaient sur le devant de la scène après avoir passé des siècles dans l’oubli. Ce genre de sensibilité a continué à se développer au point de devenir une tendance et même une rubrique des journaux de décoration. On en retrouve l’ambiance chez les artistes contemporains dans leurs intérieurs et dans leurs œuvres.»
Horloge à automate figurant un dromadaire monté, Augsbourg, vers 1595-1605. | Collection Kugel

«J'ai retrouvé l'esprit de ces lieux chez certains individus. Je me suis demandé pourquoi ce type de décors revenaient sur le devant de la scène après avoir passé des siècles dans l’oubli. Ce genre de sensibilité a continué à se développer au point de devenir une tendance et même une rubrique des journaux de décoration. On en retrouve l’ambiance chez les artistes contemporains dans leurs intérieurs et dans leurs œuvres.»

«La concrétisation de l’exposition s’est faite grâce à Laurent le Bon, son commissaire, qui m’a demandé de voir avec lui quelles formes avaient pris ces nouveaux cabinets depuis le début du XIXe siècle. Nous avons exposé dix-sept collections privées ou institutions que nous avons sélectionnées chacun de notre côté, comme le musée de la Chasse, le Muséum d’histoire naturelle à Paris ou le musée de la Médecine de Montpellier.»
Maquette du Saint-Sépulcre de Jérusalem, fin XVIIe siècle. | Cabinet photographique de la Galerie des Offices, Florence. / Francesco del Vecchio

«La concrétisation de l’exposition s’est faite grâce à Laurent le Bon, son commissaire, qui m’a demandé de voir avec lui quelles formes avaient pris ces nouveaux cabinets depuis le début du XIXe siècle. Nous avons exposé dix-sept collections privées ou institutions que nous avons sélectionnées chacun de notre côté, comme le musée de la Chasse, le Muséum d’histoire naturelle à Paris ou le musée de la Médecine de Montpellier

«L’une des caractéristiques du cabinet de curiosités consiste à mélanger des objets artistiques ou artisanaux et des objets naturels. La rareté, la virtuosité de l’objet ou son caractère merveilleux étant les points communs permettant de les distinguer. S'ils nous surprennent, c'est que la composition de chacun n'est semblable à aucune autre. Leur curiosité naît du de mélange l'artificialia et du naturalia.»
Œil humain agrandi démontable, XIXe siècle. | Collection Pierre Spitzner à la Faculté de médecine de l'université de Montpellier / Université de Montpellier

«L’une des caractéristiques du cabinet de curiosités consiste à mélanger des objets artistiques ou artisanaux et des objets naturels. La rareté, la virtuosité de l’objet ou son caractère merveilleux étant les points communs permettant de les distinguer. S'ils nous surprennent, c'est que la composition de chacun n'est semblable à aucune autre. Leur curiosité naît du de mélange l'artificialia et du naturalia

«Nous avons cherché à mélanger les espaces privés et publics. Il s’agit de montrer comment les courants de sensibilité se diffusent d’une personne qui collectionne à l'autre. Les quinze salles sont ouvertes comme des cases dont les angles ont été coupés: dans l'une, on voit les prochaines mais la scénographie laisse de la liberté aux personnes qui visitent, n'étant pas fléchée. On a tout loisir de s'y perdre.»
Collection Patrick Mauriès. | Del Moral / FHEL 2019

«Nous avons cherché à mélanger les espaces privés et publics. Il s’agit de montrer comment les courants de sensibilité se diffusent d’une personne qui collectionne à l'autre. Les quinze salles sont ouvertes comme des cases dont les angles ont été coupés: dans l'une, on voit les prochaines mais la scénographie laisse de la liberté aux personnes qui visitent, n'étant pas fléchée. On a tout loisir de s'y perdre.»

«Les deux premières salles reviennent sur l’origine historique des ces cabinets si particuliers. Il ne nous reste que les gravures qui servaient de frontispices aux catalogues de ces expositions. La nôtre s'ouvre sur un tableau en trompe-l’œil de l'époque des Médicis, prêté par le musée des Offices de Florence. Étrangement, ces lieux ont complétement disparus avec les Lumières au XVIIIe siècle. Jusqu'alors on mélangeait objets naturels et scientifiques. La rationalité de ce nouveau courant de pensée y a mis fin. Dans cet esprit, discriminer valait mieux que rassembler. Dès lors, on réserve aux muséums les objets scientifiques et aux musées les œuvres artistiques.»
Vénus anatomique XIXe siècle. | Collection Pierre Spitznerà la Faculté de médecine de l'Université de Montpellier / Université de Montpellier

«Les deux premières salles reviennent sur l’origine historique des ces cabinets si particuliers. Il ne nous reste que les gravures qui servaient de frontispices aux catalogues de ces expositions. La nôtre s'ouvre sur un tableau en trompe-l’œil de l'époque des Médicis, prêté par le musée des Offices de Florence. Étrangement, ces lieux ont complétement disparus avec les Lumières au XVIIIe siècle. Jusqu'alors on mélangeait objets naturels et scientifiques. La rationalité de ce nouveau courant de pensée y a mis fin. Dans cet esprit, discriminer valait mieux que rassembler. Dès lors, on réserve aux muséums les objets scientifiques et aux musées les œuvres artistiques.»

«Nous avons demandé à chaque personne qui nous a prêté des œuvres de choisir les objets et leurs présentations. Des lignes de force et des éléments communs s'en sont dégagés. Leurs assemblages et mélanges étranges peut rebuter certaines personnes pour leur juxtaposition d'objets vivants et morts. De nombreux specimen sont conservés dans des liquides, dans des boîtes ou sont momifiés. Le catalogue de cette exposition nous a demandé un travail important. Nous avons accompagné les œuvres de photographies et de textes explicatifs écrits par chacun des intervenant·es ainsi que d’une anthologie de textes sur chacun des thèmes qui se sont dégagés au fur et à mesure que l’on montait l’exposition.»
L'écureuil, 1969, Meret Oppenheim, collection Antoine de Galbert. | Célia Pernot

«Nous avons demandé à chaque personne qui nous a prêté des œuvres de choisir les objets et leurs présentations. Des lignes de force et des éléments communs s'en sont dégagés. Leurs assemblages et mélanges étranges peut rebuter certaines personnes pour leur juxtaposition d'objets vivants et morts. De nombreux specimen sont conservés dans des liquides, dans des boîtes ou sont momifiés. Le catalogue de cette exposition nous a demandé un travail important. Nous avons accompagné les œuvres de photographies et de textes explicatifs écrits par chacun des intervenant·es ainsi que d’une anthologie de textes sur chacun des thèmes qui se sont dégagés au fur et à mesure que l’on montait l’exposition.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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