Retour en Algérie, la terre de mes origines
Culture / Monde

Retour en Algérie, la terre de mes origines

Le premier voyage de Bruno Boudjelal en Algérie s'inscrit dans une recherche d'identité. Une verticalité. Une famille retrouvée. Un clan. Un retour du père aux origines après quarante-cinq ans d’absence. De ses aller-retours de 1993 à 2003, le photographe extrait un premier livre, paru en 2009, sur l'identité. «J’ai eu besoin de me réapproprier mes racines algériennes pour comprendre certaines choses.»

 

En 2003, la situation sécuritaire lui permet enfin de parcourir l'Algérie d'est en ouest. Pendant cinq semaines il traverse le pays, de la Tunisie au Maroc. «Je sentais que j’arrivais au bout de quelque chose. En même temps je travaillais dans des endroits et des régions que je ne connaissais pas mais les lieux, les paysages, les situations et les gens me semblaient familiers, alors que je n’étais jamais venu. J'ai créé une sorte de relation avec le territoire qui m'a beaucoup perturbé». 

 

Il publie alors un second livre qui interroge le métissage: «Suis-je complétement d'ici ou complètement de là-bas?» se questionne-t-il. Algérie, clos comme on ferme un livre?, est sorti en août aux éditions le bec en l'air


	«Je suis allé en Algérie en mai 1993 pour retrouver ma famille parce que mon père avait coupé les relations avec elle depuis 1945. Quelques jours avant de partir, un ami m’a dit: “Tu devrais essayer de faire de la photo.” Il m’a prêté un appareil mais je n’y connaissais rien.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«Je suis allé en Algérie en mai 1993 pour retrouver ma famille parce que mon père avait coupé les relations avec elle depuis 1945. Quelques jours avant de partir, un ami m’a dit: “Tu devrais essayer de faire de la photo.” Il m’a prêté un appareil mais je n’y connaissais rien.»


	«C’était une période de très grand trouble en Algérie. Il était quasiment impossible de photographier l’espace public. La seule ouverture, c’était au sein de famille retrouvée. Dehors, c’était trop compliqué.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre?

«C’était une période de très grand trouble en Algérie. Il était quasiment impossible de photographier l’espace public. La seule ouverture, c’était au sein de famille retrouvée. Dehors, c’était trop compliqué.»


	«À l’époque, je me suis rendu compte qu’il était plus facile de faire celui qui savait où il allait plutôt que d’être un visiteur, un étranger. Donc, au départ, le mouvement permanent n’est pas du tout un choix esthétique, c’était juste le seul moyen de trouver un petit espace pour photographier l'Algérie et passer les barrages policiers.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«À l’époque, je me suis rendu compte qu’il était plus facile de faire celui qui savait où il allait plutôt que d’être un visiteur, un étranger. Donc, au départ, le mouvement permanent n’est pas du tout un choix esthétique, c’était juste le seul moyen de trouver un petit espace pour photographier l'Algérie et passer les barrages policiers.»


	«Puis la question s’est posée de savoir si un: j’y retournais. Deux: si j’y retournais pour continuer à photographier. Alors j’ai décidé de travailler avec un jouet, avec des appareils photos de rien du tout. Sans cadrer. Sans viser. Être toujours en mouvement.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«Puis la question s’est posée de savoir si un: j’y retournais. Deux: si j’y retournais pour continuer à photographier. Alors j’ai décidé de travailler avec un jouet, avec des appareils photos de rien du tout. Sans cadrer. Sans viser. Être toujours en mouvement.»


	Le dernier livre de Bruno Boudjelal regroupe plusieurs projets. L'un deux est une série sur Frantz Fanon. Sa femme étant martiniquaise, ce travail questionne le rapport à l'intime. «Cette photographie a été prise dans la région d'Aïn-Kerma, près de la frontière tunisienne. On voit le mausolé de Frantz Fanon décédé en 1961. Il voulait être enterré en Algérie, mais les Français ont refusé. Or, en 1965 il y a eu un redécoupage des frontières et cette partie qui appartenait à la Tunisie s'est retrouvée en Algérie...»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

Le dernier livre de Bruno Boudjelal regroupe plusieurs projets. L'un deux est une série sur Frantz Fanon. Sa femme étant martiniquaise, ce travail questionne le rapport à l'intime. «Cette photographie a été prise dans la région d'Aïn-Kerma, près de la frontière tunisienne. On voit le mausolé de Frantz Fanon décédé en 1961. Il voulait être enterré en Algérie, mais les Français ont refusé. Or, en 1965 il y a eu un redécoupage des frontières et cette partie qui appartenait à la Tunisie s'est retrouvée en Algérie...»


	«Pendant la colonisation française, cette maison était le casino d'Alger. Pendant la guerre d'indépendance, elle est devenue un centre de torture. Elle n'a ensuite jamais été réhabilitée et personne ne veut y habiter car les âmes des torturés roderaient encore dans l'édifice. Les Algérois l'appellent la maison hantée.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«Pendant la colonisation française, cette maison était le casino d'Alger. Pendant la guerre d'indépendance, elle est devenue un centre de torture. Elle n'a ensuite jamais été réhabilitée et personne ne veut y habiter car les âmes des torturés roderaient encore dans l'édifice. Les Algérois l'appellent la maison hantée.»


	«Faire un livre est, pour moi, quelque chose d’extrêmement compliqué. Il faut lâcher les images et le récit. Une exposition, on peut ajouter, enlever des choses ou donner une autre forme la fois suivante, mais il y a dans un livre quelque chose de définitif. D'où le titre qui est également un clin d'œil à l'hymne algérien.»
 Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«Faire un livre est, pour moi, quelque chose d’extrêmement compliqué. Il faut lâcher les images et le récit. Une exposition, on peut ajouter, enlever des choses ou donner une autre forme la fois suivante, mais il y a dans un livre quelque chose de définitif. D'où le titre qui est également un clin d'œil à l'hymne algérien


	«Mon premier livre il m’a fallu six ans pour le publier, le second deux ans. J’ai longtemps traîné et encore aujourd’hui, ils sont là ces livres, mais il est compliqué pour moi de les ouvrir, de les feuilleter.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«Mon premier livre il m’a fallu six ans pour le publier, le second deux ans. J’ai longtemps traîné et encore aujourd’hui, ils sont là ces livres, mais il est compliqué pour moi de les ouvrir, de les feuilleter.»


	«Lors de mon premier travail, je n’ai pas pris le bateau dans le sens du retour. En avril 2013, mon travail fini, je me suis dit qu’il fallait faire ce voyage et j’ai pris le bateau d’Alger à Marseille. En fait, pour simplifier certains propos d’Edouard Glissant: depuis vingt ans, ces aller-retours entre la France et l’Algérie n’étaient-ils pas autant de détours pour mieux retourner en France?»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«Lors de mon premier travail, je n’ai pas pris le bateau dans le sens du retour. En avril 2013, mon travail fini, je me suis dit qu’il fallait faire ce voyage et j’ai pris le bateau d’Alger à Marseille. En fait, pour simplifier certains propos d’Edouard Glissant: depuis vingt ans, ces aller-retours entre la France et l’Algérie n’étaient-ils pas autant de détours pour mieux retourner en France?»


	«En Algérie, comme en France, on me dit que je suis un frère mais y il y a toujours un moment où ma légitimité de dire “je suis algérien” ou “je suis français” est questionnée dans un pays ou dans l'autre. C'est la même histoire pour tous les métissages. Au final, je reste dans un entre-deux. Je suis construit des deux, ni complétement de l’un ni complétement de l’autre.»
Bruno Boudjelal / Agence VU' / Algérie, clos comme on ferme un livre? 

«En Algérie, comme en France, on me dit que je suis un frère mais y il y a toujours un moment où ma légitimité de dire “je suis algérien” ou “je suis français” est questionnée dans un pays ou dans l'autre. C'est la même histoire pour tous les métissages. Au final, je reste dans un entre-deux. Je suis construit des deux, ni complétement de l’un ni complétement de l’autre.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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