Seul sur la montagne
Politique / Société

Seul sur la montagne

En juin, en août et en octobre 2018, Jeff Pachoud a suivi une partie de la transhumance d'un berger français près de Saint-Colomban-Des-Villards, en Savoie. Ce photographe de l'AFP raconte pour Slate le quotidien de Gaëtan Même, berger de 24 ans, et de ses 1.300 brebis.

«La rédaction en chef de l'AFP à Paris souhaitait réaliser un sujet sur une saison d’alpage. Nous avons contacté le ministère de l’Agriculture, qui nous a remis une liste avec les noms de cinq ou six bergers sortis récemment d’école. Ce que nous voulions faire, c'était traiter le sujet par le biais de jeunes bergers.»
Le 13 octobre 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«La rédaction en chef de l'AFP à Paris souhaitait réaliser un sujet sur une saison d’alpage. Nous avons contacté le ministère de l’Agriculture, qui nous a remis une liste avec les noms de cinq ou six bergers sortis récemment d’école. Ce que nous voulions faire, c'était traiter le sujet par le biais de jeunes bergers.»

«J’ai appelé tous ces bergers et j’ai discuté avec chacun d’eux. J'ai fini par bien sympathiser avec Gaëtan Même. J'étais intéressé par son jeune âge, 24 ans, mais aussi par le fait qu’il n’a pas grandi en Savoie ou dans un coin montagneux: il est d’Angers! C’est un garçon qui a choisi ce métier par passion et qui fait le choix de se déraciner pour passer six mois seul en montagne. D'aussi loin qu'il se souvienne, il a toujours voulu faire ça. C’est pour lui la réalisation d’un rêve.»
Le 21 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«J’ai appelé tous ces bergers et j’ai discuté avec chacun d’eux. J'ai fini par bien sympathiser avec Gaëtan Même. J'étais intéressé par son jeune âge, 24 ans, mais aussi par le fait qu’il n’a pas grandi en Savoie ou dans un coin montagneux: il est d’Angers! C’est un garçon qui a choisi ce métier par passion et qui fait le choix de se déraciner pour passer six mois seul en montagne. D'aussi loin qu'il se souvienne, il a toujours voulu faire ça. C’est pour lui la réalisation d’un rêve.»

«Cette année était sa troisième saison. Il était compliqué pour moi de la passer entièrement avec lui, du mois de juin au mois d’octobre. On s’est dit que le plus intéressant serait de passer le voir à des moments-clés de la saison. Elle commence au plus bas de l’alpage, le but du jeu étant que les brebis montent tout au long de la saison, pour trouver la meilleure herbe.»
Le 21 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«Cette année était sa troisième saison. Il était compliqué pour moi de la passer entièrement avec lui, du mois de juin au mois d’octobre. On s’est dit que le plus intéressant serait de passer le voir à des moments-clés de la saison. Elle commence au plus bas de l’alpage, le but du jeu étant que les brebis montent tout au long de la saison, pour trouver la meilleure herbe.»

«J’y suis allé deux fois fin juin, au tout début de la saison, pour faire des images en bas, puis en août, lorsque Gaëtan Même était au point culminant de sa saison. J’y suis ensuite retourné fin octobre. Au total, cela représentait plus d’une dizaine de jours avec lui. L’idée était d’arriver à ce qu’il m’oublie et qu’il passe ses journées comme s'il était seul. C’est le genre de reportage que j'aime vraiment faire. Travailler sur du plus long terme que l'actualité à laquelle on répond chaque jour à l’AFP, en ayant vraiment le temps de passer du temps avec mon personnage, ne pas être dans la précipitation. On ne raconte alors pas les choses de la même manière.»
Le 21 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«J’y suis allé deux fois fin juin, au tout début de la saison, pour faire des images en bas, puis en août, lorsque Gaëtan Même était au point culminant de sa saison. J’y suis ensuite retourné fin octobre. Au total, cela représentait plus d’une dizaine de jours avec lui. L’idée était d’arriver à ce qu’il m’oublie et qu’il passe ses journées comme s'il était seul. C’est le genre de reportage que j'aime vraiment faire. Travailler sur du plus long terme que l'actualité à laquelle on répond chaque jour à l’AFP, en ayant vraiment le temps de passer du temps avec mon personnage, ne pas être dans la précipitation. On ne raconte alors pas les choses de la même manière.»

«Dans ce projet, le lien est important. Si la personne n’a pas envie d’être prise en photo, le sujet ne marche pas. Il faut être deux dans la démarche. Gaëtan, je pense, avait vraiment à cœur de transmettre sa passion. C’est ça qui était agréable: il avait très envie de raconter sa vie de berger.»
Le 21 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«Dans ce projet, le lien est important. Si la personne n’a pas envie d’être prise en photo, le sujet ne marche pas. Il faut être deux dans la démarche. Gaëtan, je pense, avait vraiment à cœur de transmettre sa passion. C’est ça qui était agréable: il avait très envie de raconter sa vie de berger.»

«Le travail de Gaëtan consiste à guider son troupeau vers des endroits où l’herbe est fraîche, et à le protéger avec des chiens contre les loups et les autres prédateurs. Mais ce qui est le plus représentatif de son travail, c’est l’attente. Son travail demande beaucoup de patience. Quand les brebis se nourrissent, lui attend, observe. Il y a parfois des sessions de trois ou quatre heures pendant lesquelles il ne se passe rien. Ce temps très long est parfois difficile à gérer. On arrive presque à l’ennui, et je trouvais cela extrêmement intéressant.»
Le 20 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«Le travail de Gaëtan consiste à guider son troupeau vers des endroits où l’herbe est fraîche, et à le protéger avec des chiens contre les loups et les autres prédateurs. Mais ce qui est le plus représentatif de son travail, c’est l’attente. Son travail demande beaucoup de patience. Quand les brebis se nourrissent, lui attend, observe. Il y a parfois des sessions de trois ou quatre heures pendant lesquelles il ne se passe rien. Ce temps très long est parfois difficile à gérer. On arrive presque à l’ennui, et je trouvais cela extrêmement intéressant.»

«J’ai également apprécié l’aspect contemplatif de son travail. Gaëtan aime ça et peut rester des heures ainsi. Là-haut, il a toujours un petit transistor avec lui et il écoute France Inter toute la journée. Seul dans sa montagne, il garde un lien quotidien avec la société, et j’ai trouvé cela assez drôle.»  
Le 14 octobre 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«J’ai également apprécié l’aspect contemplatif de son travail. Gaëtan aime ça et peut rester des heures ainsi. Là-haut, il a toujours un petit transistor avec lui et il écoute France Inter toute la journée. Seul dans sa montagne, il garde un lien quotidien avec la société, et j’ai trouvé cela assez drôle.»  

«En plus de guider et de protéger le troupeau, Gaëtan soigne également les bêtes. Il repère les “boiteuses” et les soigne. J’ai été marqué par une fois où une brebis du troupeau s’est fracturé une patte dans un pierrier. Il lui a prodigué les soins que l’on aurait donné à un être humain. Il lui a d’abord fabriqué une attelle avec ce qu’il trouvait sur place, puis est revenu plus tard avec de quoi lui faire un véritable plâtre.»
Le 20 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«En plus de guider et de protéger le troupeau, Gaëtan soigne également les bêtes. Il repère les “boiteuses” et les soigne. J’ai été marqué par une fois où une brebis du troupeau s’est fracturé une patte dans un pierrier. Il lui a prodigué les soins que l’on aurait donné à un être humain. Il lui a d’abord fabriqué une attelle avec ce qu’il trouvait sur place, puis est revenu plus tard avec de quoi lui faire un véritable plâtre.»

«Gaëtan m’a raconté que pendant sa première saison de berger, il a eu “un loup au bout de son bâton” –ce sont ses propres mots. Il a été attaqué en pleine journée et a réussi à le faire fuir. La nuit, les bêtes sont parquées dans un endroit entouré de clôtures électrifiées. Il a également un patou, un chien qui a été élevé avec un troupeau et qui est dressé pour le défendre.»
Le 20 août 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«Gaëtan m’a raconté que pendant sa première saison de berger, il a eu “un loup au bout de son bâton” –ce sont ses propres mots. Il a été attaqué en pleine journée et a réussi à le faire fuir. La nuit, les bêtes sont parquées dans un endroit entouré de clôtures électrifiées. Il a également un patou, un chien qui a été élevé avec un troupeau et qui est dressé pour le défendre.»

«Ce qui m’a impressionné, c’est que lors d'une soirée dans son chalet d'alpage, Gaëtan a fait la cuisine. Il a préparé une tarte aux myrtilles, avec celles qu’il avait cueillies dans la journée. Je me suis demandé comment il allait la faire cuire, le chalet étant assez sommaire. Je me suis rendu compte qu’il avait construit un four de ses propres mains, ça m’a à la fois amusé et impressionné. Je me suis dit qu’il était vraiment débrouillard. Fabriquer un four en montagne n’est pas forcément la chose la plus facile qui soit, mais Gaëtan sait trouver des solutions concrètes à des problèmes concrets.»
Le 14 juin 2018 | Jeff Pachoud / AFP

«Ce qui m’a impressionné, c’est que lors d'une soirée dans son chalet d'alpage, Gaëtan a fait la cuisine. Il a préparé une tarte aux myrtilles, avec celles qu’il avait cueillies dans la journée. Je me suis demandé comment il allait la faire cuire, le chalet étant assez sommaire. Je me suis rendu compte qu’il avait construit un four de ses propres mains, ça m’a à la fois amusé et impressionné. Je me suis dit qu’il était vraiment débrouillard. Fabriquer un four en montagne n’est pas forcément la chose la plus facile qui soit, mais Gaëtan sait trouver des solutions concrètes à des problèmes concrets.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

La Grande Motte, icône des sixties
Grand Format

La Grande Motte, icône des sixties

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

Newsletters