Au cœur de la Barkley, l'ultra-trail le plus dur au monde
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Au cœur de la Barkley, l'ultra-trail le plus dur au monde

Unique et fascinante, la Barkley est une course de 60 heures et 200 kilomètres à travers le parc naturel de Frozen Head, dans le Tennessee. Depuis 1986, seuls quinze participants en sont venus à bout. Le photographe Alexis Berg et le journaliste Aurélien Delfosse sont allés à leur rencontre. Ils ont rassemblé leurs histoires dans un très beau livre intitulé «Les finisseurs-La Barkley racontée», paru aux éditions Mons.

«Cette photo, prise en 2017, montre l'échec le plus cruel de l'histoire de la Barkley. Gary Robbins, que l'on voit allongé par terre à côté de sa femme Linda, a échoué pour 6 secondes de retard, après 60 heures de course. On s'attendait à ce qu'il finisse, il bouclait son cinquième tour et tout le monde l'attendait. Sur le parcours, des livres sont disséminés, et chaque coureur doit arracher une page précise pour prouver qu'il a respecté l'itinéraire. Gary Robbins les avait toutes avec lui. Mais il est arrivé du mauvais côté, et en retard, il a donc été disqualifié et n'a pas été considéré comme finisseur... Cette course était une obsession pour lui, le voir échouer alors qu'il était sur le point de finir donne toute sa puissance à cette image. Et tout a aussi commencé ce jour-là pour Aurélien Delfosse et moi. Notre livre est un prolongement de cette histoire. Nous avons eu envie de rencontrer ceux qui ont réussi cette course presque impossible… Cette année-là d'ailleurs, un autre coureur, John Kelly, est arrivé un peu plus tôt. On aperçoit ses gants en bas à gauche de l'image alors qu'il était resté près de la ligne d'arrivée pour encourager Gary Robbins.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«Cette photo, prise en 2017, montre l'échec le plus cruel de l'histoire de la Barkley. Gary Robbins, que l'on voit allongé par terre à côté de sa femme Linda, a échoué pour 6 secondes de retard, après 60 heures de course. On s'attendait à ce qu'il finisse, il bouclait son cinquième tour et tout le monde l'attendait. Sur le parcours, des livres sont disséminés, et chaque coureur doit arracher une page précise pour prouver qu'il a respecté l'itinéraire. Gary Robbins les avait toutes avec lui. Mais il est arrivé du mauvais côté, et en retard, il a donc été disqualifié et n'a pas été considéré comme finisseur... Cette course était une obsession pour lui, le voir échouer alors qu'il était sur le point de finir donne toute sa puissance à cette image. Et tout a aussi commencé ce jour-là pour Aurélien Delfosse et moi. Notre livre est un prolongement de cette histoire. Nous avons eu envie de rencontrer ceux qui ont réussi cette course presque impossible… Cette année-là d'ailleurs, un autre coureur, John Kelly, est arrivé un peu plus tôt. On aperçoit ses gants en bas à gauche de l'image alors qu'il était resté près de la ligne d'arrivée pour encourager Gary Robbins.»

«John Kelly est devenu, en 2017, le quinzième finisseur de la Barkley. Cette course ne se “gagne” pas, elle se “finit”. L'objectif est d'effectuer cinq tours en soixante heures maximum. J'ai pris cette photo sur la ligne d'arrivée, en arrière plan on voit Lazarus Lake, le fondateur (de son vrai nom Gary Cantrell), avec un chapeau qui vérifie le temps avec sa montre. John Kelly est recouvert d'un morceau de plastique qu'il a trouvé sur le parcours pour s'abriter de la pluie. Sur sa tête se trouve un bonnet, également récupéré en route, qui a appartenu à un prisonnier car la Barkley se situe dans une ancienne zone minière reconvertie en prison jusqu'à il y a encore quelques années –c'est notamment là qu'a été détenu l'assassin de Martin Luther King. À son arrivée, John Kelly était très ému car il vient du coin et a réussi à terminer une course que des gens du monde entier viennent tenter.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«John Kelly est devenu, en 2017, le quinzième finisseur de la Barkley. Cette course ne se “gagne” pas, elle se “finit”. L'objectif est d'effectuer cinq tours en soixante heures maximum. J'ai pris cette photo sur la ligne d'arrivée, en arrière plan on voit Lazarus Lake, le fondateur (de son vrai nom Gary Cantrell), avec un chapeau qui vérifie le temps avec sa montre. John Kelly est recouvert d'un morceau de plastique qu'il a trouvé sur le parcours pour s'abriter de la pluie. Sur sa tête se trouve un bonnet, également récupéré en route, qui a appartenu à un prisonnier car la Barkley se situe dans une ancienne zone minière reconvertie en prison jusqu'à il y a encore quelques années –c'est notamment là qu'a été détenu l'assassin de Martin Luther King. À son arrivée, John Kelly était très ému car il vient du coin et a réussi à terminer une course que des gens du monde entier viennent tenter.»

«La boucle est presque toujours la même chaque année, avec quelques évolutions minimes. L'atmosphère y est très lugubre et les conditions du mois d'avril (brouillard, pluie, neige…) sont très dures. Il est facile de se perdre dans ces bois où les arbres n'ont pas encore retrouvé leurs feuilles et leur végétation. Le parcours est extrêmement raide et tracé hors sentier. J'ai pris cette photo de John Kelly dans une descente pleine de boue. Je l'ai vu tomber plusieurs fois et se relever. Cette course est une bataille terrible.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«La boucle est presque toujours la même chaque année, avec quelques évolutions minimes. L'atmosphère y est très lugubre et les conditions du mois d'avril (brouillard, pluie, neige…) sont très dures. Il est facile de se perdre dans ces bois où les arbres n'ont pas encore retrouvé leurs feuilles et leur végétation. Le parcours est extrêmement raide et tracé hors sentier. J'ai pris cette photo de John Kelly dans une descente pleine de boue. Je l'ai vu tomber plusieurs fois et se relever. Cette course est une bataille terrible.»

«La veille de la course, Lazarus Lake révèle une carte officielle du parc sur laquelle est tracé le trajet emprunté par les participants –une quarantaine chaque année. Ils n'ont le droit d'utiliser que cette carte et une boussole. Et doivent se rendre de points en points pour trouver les livres et arracher leur page. La carte comporte des indications sur la place de ces livres et la page que chacun doit prendre (il y a quatorze livres et chacun prend une page différente).»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«La veille de la course, Lazarus Lake révèle une carte officielle du parc sur laquelle est tracé le trajet emprunté par les participants –une quarantaine chaque année. Ils n'ont le droit d'utiliser que cette carte et une boussole. Et doivent se rendre de points en points pour trouver les livres et arracher leur page. La carte comporte des indications sur la place de ces livres et la page que chacun doit prendre (il y a quatorze livres et chacun prend une page différente).»

«Cette course est vraiment unique et toutes ses règles sont un peu des facéties issues d'un seul et même personnage: Lazarus Lake. C'est lui qui l'a inventée en 1986. Son approche du sport est assez littéraire et poétique et au final, sa course est presque un conte, une fable ou une pièce de théâtre. Il ajoute en permanence des subtilités, des règles pour intensifier le défi et rendre la course différente de l'année précédente. À chaque fois, il donne le départ en allumant une cigarette, il a une grosse barbe, ne semble pas sportif donc on pense souvent qu'il est très éloigné de ces gens qu'il fait courir. Mais c'est une illusion! Lazarus Lake est un pionnier de la course d'endurance et de l'ultra-running aux États-Unis, il a beaucoup couru dans les années 1970 et il s'agit de l'une des plumes des magazines historiques sur ce sport...»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«Cette course est vraiment unique et toutes ses règles sont un peu des facéties issues d'un seul et même personnage: Lazarus Lake. C'est lui qui l'a inventée en 1986. Son approche du sport est assez littéraire et poétique et au final, sa course est presque un conte, une fable ou une pièce de théâtre. Il ajoute en permanence des subtilités, des règles pour intensifier le défi et rendre la course différente de l'année précédente. À chaque fois, il donne le départ en allumant une cigarette, il a une grosse barbe, ne semble pas sportif donc on pense souvent qu'il est très éloigné de ces gens qu'il fait courir. Mais c'est une illusion! Lazarus Lake est un pionnier de la course d'endurance et de l'ultra-running aux États-Unis, il a beaucoup couru dans les années 1970 et il s'agit de l'une des plumes des magazines historiques sur ce sport...»

«Il est très dur d'avoir des repères dans cet environnement hostile. Mais il y aussi une part de beauté, les paysages sont assez fascinants et favorisent le côté mental et introspectif de cette course. Elle constitue une expérience en soi, un voyage intime. C'est aussi une course très solitaire, chacun se retrouve assez vite seul. Pour autant il n'est jamais rien arrivé de très grave sur cette course et tous les coureurs sont toujours rentrés par leurs propres moyens sans l'aide de secours. Les journalistes n'ont pas le droit de suivre les coureurs. Seuls de rares endroits sont dégagés et autorisés à la presse, comme ce sommet, le plus haut de la course, où j'ai pu photographier ce coureur, Johann Steene, qui, une boussole à la main, déchire la page d'un livre.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«Il est très dur d'avoir des repères dans cet environnement hostile. Mais il y aussi une part de beauté, les paysages sont assez fascinants et favorisent le côté mental et introspectif de cette course. Elle constitue une expérience en soi, un voyage intime. C'est aussi une course très solitaire, chacun se retrouve assez vite seul. Pour autant il n'est jamais rien arrivé de très grave sur cette course et tous les coureurs sont toujours rentrés par leurs propres moyens sans l'aide de secours. Les journalistes n'ont pas le droit de suivre les coureurs. Seuls de rares endroits sont dégagés et autorisés à la presse, comme ce sommet, le plus haut de la course, où j'ai pu photographier ce coureur, Johann Steene, qui, une boussole à la main, déchire la page d'un livre.»

«La course est essentiellement tracée hors sentier. Il faut se frayer un chemin au milieu de la végétation, des ronces. Seules quinze personnes l'ont terminée depuis 1986. Certaines années, comme en 2019, personne ne la termine. Le destin des concurrents de la Barkley, c'est d'échouer. Aurélien Delfosse et moi avons donc eu envie de nous intéresser à ceux qui avaient réussi à rendre la course possible et à la finir. On s'est aussi rendu compte que personne ne connaissait réellement les quinze finisseurs. Ces gens ne sont pas des champions mais des types ordinaires. Nous avons voulu comprendre qui ils sont en allant les rencontrer. Nous avons donc parcouru de nombreux États (Virginie, New Hampshire, Washington, Oregon, Californie, Nouveau Mexique…) pour aller à la rencontre de ces Américains.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«La course est essentiellement tracée hors sentier. Il faut se frayer un chemin au milieu de la végétation, des ronces. Seules quinze personnes l'ont terminée depuis 1986. Certaines années, comme en 2019, personne ne la termine. Le destin des concurrents de la Barkley, c'est d'échouer. Aurélien Delfosse et moi avons donc eu envie de nous intéresser à ceux qui avaient réussi à rendre la course possible et à la finir. On s'est aussi rendu compte que personne ne connaissait réellement les quinze finisseurs. Ces gens ne sont pas des champions mais des types ordinaires. Nous avons voulu comprendre qui ils sont en allant les rencontrer. Nous avons donc parcouru de nombreux États (Virginie, New Hampshire, Washington, Oregon, Californie, Nouveau Mexique…) pour aller à la rencontre de ces Américains.»

«Laz choisit toujours des livres dont le titre a plusieurs sens ou constitue une provocation pour les coureurs, comme ici le dictionnaire des difficultés, ou des livres intitulés La fin est proche, Trois jours en enfer, etc. Cette course est un défi physique extrêmement dur, il demande de nombreuses compétences, le parcours est très long, et il faut savoir gérer le manque de sommeil, savoir se nourrir, organiser sa logistique, son matériel, être capable techniquement d'évoluer sur un terrain très difficile, s'orienter, garder la lucidité malgrè la fatigue… La liste des compétences est infinie mais elle est aussi très différente de n'importe quel autre événement sportif. C'est ça qui rend les finisseurs si particuliers, ce sont des gens qui a un moment donné ont réussi à réunir tout ça mais qui ne sont pas des athlètes de haut niveau. Ce sont des athlètes bien sûr, mais leurs autres qualités nécessaires sont tout aussi importantes pour une telle course.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«Laz choisit toujours des livres dont le titre a plusieurs sens ou constitue une provocation pour les coureurs, comme ici le dictionnaire des difficultés, ou des livres intitulés La fin est proche, Trois jours en enfer, etc. Cette course est un défi physique extrêmement dur, il demande de nombreuses compétences, le parcours est très long, et il faut savoir gérer le manque de sommeil, savoir se nourrir, organiser sa logistique, son matériel, être capable techniquement d'évoluer sur un terrain très difficile, s'orienter, garder la lucidité malgrè la fatigue… La liste des compétences est infinie mais elle est aussi très différente de n'importe quel autre événement sportif. C'est ça qui rend les finisseurs si particuliers, ce sont des gens qui a un moment donné ont réussi à réunir tout ça mais qui ne sont pas des athlètes de haut niveau. Ce sont des athlètes bien sûr, mais leurs autres qualités nécessaires sont tout aussi importantes pour une telle course.»

«Nous avons rencontré des ingénieurs, des chercheurs, des docteurs en physique, des gens qui avaient appris par cœur la carte et qui étaient capables d'avoir une image mentale 3D du parc en entier avec ses reliefs sans y avoir jamais mis les pieds. Tous nous ont raconté la Barkley comme un grand problème à résoudre, avec de nombreuses données. C’est pour ça que sur les quinze finisseurs, plusieurs sont des ingénieurs, comme Brian Robinson, finisseur en 2008. Cet ingénieur prétend aussi être le premier adolescent de la Silicon Valley a avoir résolu le Rubik's Cube.»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«Nous avons rencontré des ingénieurs, des chercheurs, des docteurs en physique, des gens qui avaient appris par cœur la carte et qui étaient capables d'avoir une image mentale 3D du parc en entier avec ses reliefs sans y avoir jamais mis les pieds. Tous nous ont raconté la Barkley comme un grand problème à résoudre, avec de nombreuses données. C’est pour ça que sur les quinze finisseurs, plusieurs sont des ingénieurs, comme Brian Robinson, finisseur en 2008. Cet ingénieur prétend aussi être le premier adolescent de la Silicon Valley a avoir résolu le Rubik's Cube.»

«Jonathan Basham a fini la course en 2010. Il est menuisier et a bâti entièrement sa maison de ses propres mains et se met régulièrement des objectifs ambitieux. Nous avons rencontré plusieurs personnages comme ce Jonathan qui témoignent d'une capacité à croire en eux, à se mettre un objectif et à tout faire pour aller au bout. Ça nous intéressait de comprendre ce qu'il y avait dans leur tête, quel était leur état d'esprit et leur historique qui ont fait qu'un jour ils ont terminé ce défi surhumain qu'est la Barkley. Nous voulions les rencontrer dans leur quotidien. De quoi leur vie est-elle faite aujourd'hui?»
Les finisseurs - La Barkley racontée. | Alexis Berg

«Jonathan Basham a fini la course en 2010. Il est menuisier et a bâti entièrement sa maison de ses propres mains et se met régulièrement des objectifs ambitieux. Nous avons rencontré plusieurs personnages comme ce Jonathan qui témoignent d'une capacité à croire en eux, à se mettre un objectif et à tout faire pour aller au bout. Ça nous intéressait de comprendre ce qu'il y avait dans leur tête, quel était leur état d'esprit et leur historique qui ont fait qu'un jour ils ont terminé ce défi surhumain qu'est la Barkley. Nous voulions les rencontrer dans leur quotidien. De quoi leur vie est-elle faite aujourd'hui?»

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