Il y a vingt ans, la France anti-Le Pen était dans la rue
Politique

Il y a vingt ans, la France anti-Le Pen était dans la rue

Le 21 avril 2002, ce qui semblait encore impossible quelques jours plus tôt se produit: l'extrême droite se qualifie pour la première fois pour le second tour de l'élection présidentielle. La France est sous le choc, sonnée. Mais cette vilaine gueule de bois ne la paralyse pas, bien au contraire. Des manifestations massives rassemblent alors Français et partis politiques de tous horizons pendant l'entre-deux-tours, avec un seul objectif: faire barrage à Jean-Marie Le Pen et son Front national. Une mobilisation qui restera comme l'une des plus importantes de l'histoire de France. 

Il y a presque vingt ans, le soir de l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, les visages sont horrifiés. La France découvre au côté de Jacques Chirac l'image du candidat du Front national Jean-Marie le Pen, arrivé second avec 16,86% des votes, déjouant ainsi le duel annoncé entre le président sortant et le socialiste Lionel Jospin, sèchement éliminé. L'extrême droite est aux portes du pouvoir. Paris, le 21 avril 2002.
Joel Saget / AFP

Il y a presque vingt ans, le soir de l'annonce des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, les visages sont horrifiés. La France découvre au côté de Jacques Chirac l'image du candidat du Front national Jean-Marie le Pen, arrivé second avec 16,86% des votes, déjouant ainsi le duel annoncé entre le président sortant et le socialiste Lionel Jospin, sèchement éliminé. L'extrême droite est aux portes du pouvoir. Paris, le 21 avril 2002.

La peur et la honte envahissent alors une majorité de Français, qui ne peuvent se résoudre à voir un parti d'extrême droite au second tour. Dès le lendemain et pendant les deux semaines qui les séparent du vote final, comme ici, le 1er mai à Paris, les Français et Françaises se rassemblent par milliers pour dire «Non». Non à la haine. Non au racisme. Non à l'exclusion. Non à Jean-Marie Le Pen. Non à l'extrême droite en France.
Joël Robine / AFP

La peur et la honte envahissent alors une majorité de Français, qui ne peuvent se résoudre à voir un parti d'extrême droite au second tour. Dès le lendemain et pendant les deux semaines qui les séparent du vote final, comme ici, le 1er mai à Paris, les Français et Françaises se rassemblent par milliers pour dire «Non». Non à la haine. Non au racisme. Non à l'exclusion. Non à Jean-Marie Le Pen. Non à l'extrême droite en France.

De Lille à Rennes, en passant par Lyon, Bordeaux ou Marseille, comme ici le 22 avril 2002, les manifestations «anti-FN» (Front national) balayent la France. Dans les imposants cortèges, les générations se mélangent, tout comme les milieux sociaux et les idéologies politiques. Tout ou presque oppose parfois les manifestants. Mais l'heure est à l'union pour «faire barrage à l'extrême droite», l'empêcher d'accéder au pouvoir et montrer que ses idées radicales n'ont pas leur place en France. 
Gérard Julien / AFP

De Lille à Rennes, en passant par Lyon, Bordeaux ou Marseille, comme ici le 22 avril 2002, les manifestations «anti-FN» (Front national) balayent la France. Dans les imposants cortèges, les générations se mélangent, tout comme les milieux sociaux et les idéologies politiques. Tout ou presque oppose parfois les manifestants. Mais l'heure est à l'union pour «faire barrage à l'extrême droite», l'empêcher d'accéder au pouvoir et montrer que ses idées radicales n'ont pas leur place en France. 

Les manifestations atteignent leur paroxysme le 1er mai, traditionnellement jour de manifestation syndicale, et transformé alors en mobilisation «anti-FN». Quatre jours avant le second tour, près de 400 cortèges sont recensés dans toute la France. Au total, 1,5 million de personnes répondent à l'appel des syndicats, dont 400.000 à Paris. La Bastille à Paris est noire de monde ce jour-là. 
Eric Feferberg / AFP

Les manifestations atteignent leur paroxysme le 1er mai, traditionnellement jour de manifestation syndicale, et transformé alors en mobilisation «anti-FN». Quatre jours avant le second tour, près de 400 cortèges sont recensés dans toute la France. Au total, 1,5 million de personnes répondent à l'appel des syndicats, dont 400.000 à Paris. La Bastille à Paris est noire de monde ce jour-là. 

Sur les pancartes et sur les murs, comme ici, le 22 avril 2002 à Lyon, les slogans hostiles à Jean-Marie le Pen et son parti sont légion. «La honte», «Nous sommes Anti FN», «FN = mort de la république», «Non au racisme», «Le Pen à la benne», «F comme Facho, N comme Nazi», «Au pays des aveugles le borgne ne fera pas führer», «Ne refaites pas les erreurs du passé»… La Une du journal Libération, avec son «NON» historique, est présente partout dans les foules en colère. 
Jean-Philippe Ksiazek / AFP

Sur les pancartes et sur les murs, comme ici, le 22 avril 2002 à Lyon, les slogans hostiles à Jean-Marie le Pen et son parti sont légion. «La honte», «Nous sommes Anti FN», «FN = mort de la république», «Non au racisme», «Le Pen à la benne», «F comme Facho, N comme Nazi», «Au pays des aveugles le borgne ne fera pas führer», «Ne refaites pas les erreurs du passé»… La Une du journal Libération, avec son «NON» historique, est présente partout dans les foules en colère. 

Les étudiants répondent particulièrement présents dans la rue, comme ici, sur la place du Capitole à Toulouse, le 25 avril 2002. Pour beaucoup, faire barrage est loin d'être un signe de soutien apporté à la politique chiraquienne. Mais le combat est ailleurs. Deux mondes s'opposent dans les urnes, et les jeunes ne peuvent laisser ainsi la démocratie face au péril de l'extrême. Dans les cortèges, certains ne manquent pas de viser directement le président sortant. «Votez escroc, pas facho», peut-on lire sur certaines pancartes. «Mais votez!». Au premier tour, l'abstention a atteint des records, avec plus de 58%. 
Éric Cabanis / AFP   

Les étudiants répondent particulièrement présents dans la rue, comme ici, sur la place du Capitole à Toulouse, le 25 avril 2002. Pour beaucoup, faire barrage est loin d'être un signe de soutien apporté à la politique chiraquienne. Mais le combat est ailleurs. Deux mondes s'opposent dans les urnes, et les jeunes ne peuvent laisser ainsi la démocratie face au péril de l'extrême. Dans les cortèges, certains ne manquent pas de viser directement le président sortant. «Votez escroc, pas facho», peut-on lire sur certaines pancartes. «Mais votez!». Au premier tour, l'abstention a atteint des records, avec plus de 58%. 

Les politiques se mobilisent également dans ce climat tendu. La gauche et la plupart des partis d'opposition se dressent pour «faire barrage» et appellent à voter pour le candidat de droite. L'adversaire d'hier devient l'unique alternative contre l'extrême droite. À Tulle, le 1er mai 2002, lors d'une manifestation en présence du premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, le mot d'ordre est résumé sur une pancarte «Le 5 mai chassons Le Pen, le 9 juin battons Chirac». Les élections législatives sont dans le viseur.
Michel Hermans / AFP

Les politiques se mobilisent également dans ce climat tendu. La gauche et la plupart des partis d'opposition se dressent pour «faire barrage» et appellent à voter pour le candidat de droite. L'adversaire d'hier devient l'unique alternative contre l'extrême droite. À Tulle, le 1er mai 2002, lors d'une manifestation en présence du premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande, le mot d'ordre est résumé sur une pancarte «Le 5 mai chassons Le Pen, le 9 juin battons Chirac». Les élections législatives sont dans le viseur.

Dans les foules, de nombreuses familles sont venues avec leurs enfants, qui vivent là leur première manifestation. Toulouse, le 1er mai 2002.
Eric Cabanis / AFP

Dans les foules, de nombreuses familles sont venues avec leurs enfants, qui vivent là leur première manifestation. Toulouse, le 1er mai 2002.

Le monde de la culture fait lui aussi front. Laetitia Casta, Michel Boujenah, Line Renaud et bien d'autres se rassemblent le 30 avril 2002 aux abords du centre Georges-Pompidou, à Paris, avec des lycéens et des artistes, pour appeler à contrer le candidat du Front national. 
Eric Feferberg / AFP

Le monde de la culture fait lui aussi front. Laetitia Casta, Michel Boujenah, Line Renaud et bien d'autres se rassemblent le 30 avril 2002 aux abords du centre Georges-Pompidou, à Paris, avec des lycéens et des artistes, pour appeler à contrer le candidat du Front national. 

La suite appartient à l'Histoire. Le 5 mai, Chirac l'emporte avec un score historique de 82,21%. Battue, l'extrême droite en sort pourtant renforcée et participera le 24 avril 2022 au second tour d'une élection présidentielle pour la troisième fois en vingt ans. À différent nom –Rassemblement National– et différent leader –Marine le Pen– les Français répondent cette fois par une tout autre réaction: celle de l'hésitation et de la tentation des extrêmes. Le temps d'un peuple faisant massivement front face aux idéologies racistes paraît désormais bien loin, et l'extrême droite n'a jamais semblé aussi près du pouvoir. La honte n'a pourtant pas changé de camp. Toulouse, le 21 avril 2002. 
Eric Cabanis / AFP  

La suite appartient à l'Histoire. Le 5 mai, Chirac l'emporte avec un score historique de 82,21%. Battue, l'extrême droite en sort pourtant renforcée et participera le 24 avril 2022 au second tour d'une élection présidentielle pour la troisième fois en vingt ans. À différent nom –Rassemblement National– et différent leader –Marine le Pen– les Français répondent cette fois par une tout autre réaction: celle de l'hésitation et de la tentation des extrêmes. Le temps d'un peuple faisant massivement front face aux idéologies racistes paraît désormais bien loin, et l'extrême droite n'a jamais semblé aussi près du pouvoir. La honte n'a pourtant pas changé de camp. Toulouse, le 21 avril 2002. 

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