Au Salvador, «les médecins et infirmières sont formées pour espionner les utérus des femmes»
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Au Salvador, «les médecins et infirmières sont formées pour espionner les utérus des femmes»

«J'ai commencé à travailler sur ce projet il y a deux ans et demi, raconte la photographe Nadia Shira Cohen. On était en pleine crise du virus Zika en Amérique latine et j'avais envie de me concentrer sur ce sujet au Savlador car je savais que les femmes n'y ont pas la possibilité d'avorter. Finalement, je me suis rendu compte que la plus grande menace pour les droits des femmes n'était pas du tout Zika, mais de loin l'interdiction pénale de l'avortement par l'État.» Nadia Shira Cohen a reçu le prix Getty Images Women Photograph pour cette série intitulée «Yo No Di a Luz».

«Ce que j'ai découvert à mon arrivée, c'est que Zika était la dernière inquiétude des femmes et que beaucoup de femmes et de filles vivent dans un monde de violence, d'emprisonnement pour fausse-couche et d'absence flagrante de leurs droits fondamentaux. Elles sont envoyées en prison pour de simples échecs de leur propre corps et beaucoup ont déjà des enfants qu’elles auraient dû élever mais qui finalement grandissent chez leurs grands-parents. Sur cette photo, une fresque murale pro-life orne le mur d'une rue latérale de la route principale reliant Chalatenango à San Salvador. Au fil du temps, la société a fini par adhérer à l'interdiction de l'avortement.»
San Salvador, Salvador, mai 2016 | Nadia Shira Cohen

«Ce que j'ai découvert à mon arrivée, c'est que Zika était la dernière inquiétude des femmes et que beaucoup de femmes et de filles vivent dans un monde de violence, d'emprisonnement pour fausse-couche et d'absence flagrante de leurs droits fondamentaux. Elles sont envoyées en prison pour de simples échecs de leur propre corps et beaucoup ont déjà des enfants qu’elles auraient dû élever mais qui finalement grandissent chez leurs grands-parents. Sur cette photo, une fresque murale pro-life orne le mur d'une rue latérale de la route principale reliant Chalatenango à San Salvador. Au fil du temps, la société a fini par adhérer à l'interdiction de l'avortement.»

«Certains groupes de défense des droits des femmes m’ont aidée à parler à ces femmes. J’en ai aussi rencontrées en allant simplement dans les maisons d'attente maternelle dans tout le pays, ou lors d'événements culturels ordinaires comme les fêtes de mères. Sur cette photo, des femmes de la communauté portent la Vierge Marie sur leurs dos lors d'une procession à travers la ville de Panchimalco. Le Palms and Flowers Festival présente chaque année une procession de la Vierge Marie à travers les rues étroites de la ville et attire des personnes de tout le pays ainsi que des étrangers qui viennent l'idolâtrer.»
Panchmalco, Salvador, mai 2016 | Nadia Shira Cohen

«Certains groupes de défense des droits des femmes m’ont aidée à parler à ces femmes. J’en ai aussi rencontrées en allant simplement dans les maisons d'attente maternelle dans tout le pays, ou lors d'événements culturels ordinaires comme les fêtes de mères. Sur cette photo, des femmes de la communauté portent la Vierge Marie sur leurs dos lors d'une procession à travers la ville de Panchimalco. Le Palms and Flowers Festival présente chaque année une procession de la Vierge Marie à travers les rues étroites de la ville et attire des personnes de tout le pays ainsi que des étrangers qui viennent l'idolâtrer.»

«Abigail Sanches de San Luis Stalpa la Paz attend d'être examinée à la maison d'attente maternelle. Cette structure aide les femmes qui arrivent de zones qui n'ont pas accès aux soins et les prennent en charge à la fin des grossesses afin qu'elles soient à proximité d'un hôpital et ainsi éviter les complications. Les femmes enceintes du Salvador sont aujourd’hui confrontées à toute une série de défis, comme la menace constante de la violence des gangs, de viols et le virus Zika. Transmis par les moustiques, il provoque de graves microcéphalies chez les nouveau-nés.»
Planes de Renderos, Salvador, mai 2016 | Nadia Shira Cohen

«Abigail Sanches de San Luis Stalpa la Paz attend d'être examinée à la maison d'attente maternelle. Cette structure aide les femmes qui arrivent de zones qui n'ont pas accès aux soins et les prennent en charge à la fin des grossesses afin qu'elles soient à proximité d'un hôpital et ainsi éviter les complications. Les femmes enceintes du Salvador sont aujourd’hui confrontées à toute une série de défis, comme la menace constante de la violence des gangs, de viols et le virus Zika. Transmis par les moustiques, il provoque de graves microcéphalies chez les nouveau-nés.»

«Norma Guttierez, 25 ans, change son bébé de deux mois, appelée aussi Norma et atteinte de microcéphalie. Selon les médecins, elle a contracté Zika pendant son premier trimestre de grossesse. Norma et son mari ont deux autres petites filles et sont assez pauvres. Ils ont déjà payé 120 dollars pour des tests et des médicaments, ce qui est beaucoup pour eux, et les hôpitaux dans lesquels ils doivent se rendre régulièrement sont très loins. Ils s'inquiètent pour l'avenir de leur bébé et ne peuvent pas croire que cela leur est arrivé. Norma utilisait une moustiquaire pour dormir mais ne pouvait pas se permettre d'acheter des insecticides.»
Santa Elena, Salvador, août 2016 | Nadia Shira Cohen

«Norma Guttierez, 25 ans, change son bébé de deux mois, appelée aussi Norma et atteinte de microcéphalie. Selon les médecins, elle a contracté Zika pendant son premier trimestre de grossesse. Norma et son mari ont deux autres petites filles et sont assez pauvres. Ils ont déjà payé 120 dollars pour des tests et des médicaments, ce qui est beaucoup pour eux, et les hôpitaux dans lesquels ils doivent se rendre régulièrement sont très loins. Ils s'inquiètent pour l'avenir de leur bébé et ne peuvent pas croire que cela leur est arrivé. Norma utilisait une moustiquaire pour dormir mais ne pouvait pas se permettre d'acheter des insecticides.»

«Cependant, la plus grande menace pour les droits des femmes n'est pas du tout Zika, mais de loin l'interdiction pénale de l'avortement par l'État. Les médecins et les infirmières sont formées pour espionner les utérus des femmes dans les hôpitaux publics, signaler toute modification suspecte aux autorités et provoquer des poursuites pénales pouvant mener à des peines allant de six mois à sept ans. Ce sont les femmes les plus pauvres qui en souffrent le plus, car les médecins des hôpitaux privés ne sont, eux, pas tenus de les signaler. Environ vingt-cinq femmes purgent des peines de trente à quarante ans pour homicide, pour avoir prétendument tué leurs nouveau-nés. Cependant, les récits de femmes ressemblent à des naissances prématurées ou à des erreurs de traitement tardifs. J'ai photographié Idalia Alverado Sanchez et son mari Alex dans un moment d'intimité en attendant l'arrivée de leur premier enfant ensemble. Pour Idalia, il s’agit de son troisième enfant. Âgée de 21 ans, elle a eu son premier enfant quand elle avait 13 ans.»
Planes de Renderos, Salvador, mai 2016 | Nadia Shira Cohen

«Cependant, la plus grande menace pour les droits des femmes n'est pas du tout Zika, mais de loin l'interdiction pénale de l'avortement par l'État. Les médecins et les infirmières sont formées pour espionner les utérus des femmes dans les hôpitaux publics, signaler toute modification suspecte aux autorités et provoquer des poursuites pénales pouvant mener à des peines allant de six mois à sept ans. Ce sont les femmes les plus pauvres qui en souffrent le plus, car les médecins des hôpitaux privés ne sont, eux, pas tenus de les signaler. Environ vingt-cinq femmes purgent des peines de trente à quarante ans pour homicide, pour avoir prétendument tué leurs nouveau-nés. Cependant, les récits de femmes ressemblent à des naissances prématurées ou à des erreurs de traitement tardifs. J'ai photographié Idalia Alverado Sanchez et son mari Alex dans un moment d'intimité en attendant l'arrivée de leur premier enfant ensemble. Pour Idalia, il s’agit de son troisième enfant. Âgée de 21 ans, elle a eu son premier enfant quand elle avait 13 ans.»

«Les sages-femmes Tomasa Torres et Lolita examinent Maria Laura Linares, 24 ans et enceinte de dix-huit semaines, dans la communauté de Mazatepeque. L'association de sages-femmes, connue sous le nom de Rosa Andrades, a été créée en 1992, immédiatement après la fin de la guerre civile. Les sages-femmes fondatrices sont d'anciennes guérilleros qui ont commencé à aider les naissances par nécessité, parfois en se cachant dans des régions montagneuses isolées et/ou dans des camps de réfugiés au Honduras. Vingt-huit personnes travaillent dans quarante-et-une communautés et municipalités de la région de Suchitoto. Elles aident encore les femmes qui accouchent à la maison, bien que la loi l'interdise. Les sages-femmes concentrent leurs efforts sur les bilans prénatals dans les zones difficiles d'accès aux centres de santé et proposent des méthodes de contraception à un tarif réduit. Cette association n'est ni soutenue ni reconnue par le ministère de la Santé.»
Suchitoto, Salvador, août 2016 | Nadia Shira Cohen

«Les sages-femmes Tomasa Torres et Lolita examinent Maria Laura Linares, 24 ans et enceinte de dix-huit semaines, dans la communauté de Mazatepeque. L'association de sages-femmes, connue sous le nom de Rosa Andrades, a été créée en 1992, immédiatement après la fin de la guerre civile. Les sages-femmes fondatrices sont d'anciennes guérilleros qui ont commencé à aider les naissances par nécessité, parfois en se cachant dans des régions montagneuses isolées et/ou dans des camps de réfugiés au Honduras. Vingt-huit personnes travaillent dans quarante-et-une communautés et municipalités de la région de Suchitoto. Elles aident encore les femmes qui accouchent à la maison, bien que la loi l'interdise. Les sages-femmes concentrent leurs efforts sur les bilans prénatals dans les zones difficiles d'accès aux centres de santé et proposent des méthodes de contraception à un tarif réduit. Cette association n'est ni soutenue ni reconnue par le ministère de la Santé.»

«Sur cette photo, Maria Teresa Rivera vient d'apprendre l'annulation de sa peine devant la Cour fédérale. Elle crie "Dieu existe" avec une photo de son fils Oscar à la main. La Cour suprême a annulé sa peine de quarante ans de prison pour homicide aggravé. On l'accuse d'avoir tué son enfant prématuré. Elle a déjà passé quatre ans en prison et n'a eu que très peu la possibilité de voir son fils, pris en charge par sa grand-mère malade dans un quartier contrôlé par des gangs violents. Après un examen des preuves médicales et de tous les faits, le juge a déclaré qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves attestant qu'elle avait tué intentionnellement son enfant et a ordonné que des réparations lui soient accordées pour le temps qu'elle a passé en prison. Cette image est l’une des mes préférées. J’ai pu être témoin de sa liberté, et c’est quelque chose que je n'oublierai jamais. Elle a été accusée à tort d’homicide après avoir fait une fausse couche et raté quatre ans de sa vie avec son fils Oscar. Bien qu’elle ait été libérée, l’accusation a fait appel et elle est de nouveau menacée d’emprisonnement. Elle s’est donc réfugiée en Suède et a obtenu l’asile l’année dernière avec son fils.»
San Salvador, Salvador, mai 2016 | Nadia Shira Cohen

«Sur cette photo, Maria Teresa Rivera vient d'apprendre l'annulation de sa peine devant la Cour fédérale. Elle crie "Dieu existe" avec une photo de son fils Oscar à la main. La Cour suprême a annulé sa peine de quarante ans de prison pour homicide aggravé. On l'accuse d'avoir tué son enfant prématuré. Elle a déjà passé quatre ans en prison et n'a eu que très peu la possibilité de voir son fils, pris en charge par sa grand-mère malade dans un quartier contrôlé par des gangs violents. Après un examen des preuves médicales et de tous les faits, le juge a déclaré qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves attestant qu'elle avait tué intentionnellement son enfant et a ordonné que des réparations lui soient accordées pour le temps qu'elle a passé en prison. Cette image est l’une des mes préférées. J’ai pu être témoin de sa liberté, et c’est quelque chose que je n'oublierai jamais. Elle a été accusée à tort d’homicide après avoir fait une fausse couche et raté quatre ans de sa vie avec son fils Oscar. Bien qu’elle ait été libérée, l’accusation a fait appel et elle est de nouveau menacée d’emprisonnement. Elle s’est donc réfugiée en Suède et a obtenu l’asile l’année dernière avec son fils.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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