Plongée dans l'univers cruel de l'élevage industriel

Plongée dans l'univers cruel de l'élevage industriel

Depuis près de dix ans, aidé par des militants de l'association Essere AnimaliFrancesco Pistilli documente les conditions de vie au sein des fermes industrielles du nord de l'Italie. Entassés par milliers, dopés aux hormones, ces animaux ne voient bien souvent jamais la lumière du jour. «Parler de la nourriture et documenter l'industrie de la viande dans mon pays, l'une des nations les plus célèbres pour l’alimentation, me semblait être une clé importante», explique le photographe

«Lorsque j'ai rejoint Essere Animali en 2012, l'association portait le nom de Nemesi Animale et les enquêtes à cette époque étaient plus risquées que jamais car l'Europe avait classé les militants pour la cause animale comme des écoterroristes. J'ai commencé à travailler sur ce sujet pour un petit magazine italien dans lequel j'ai commencé ma carrière. J'ai pris cette photo dans des entrepôts qui peuvent contenir jusqu'à 30.000 poulets, ce qui équivaut à vingt poulets par mètre carré. Ils n'ont pas d'accès vers l'extérieur et sont abattus au bout de six semaines, alors qu'ils peuvent vivre des années en milieu naturel. Grâce à des mutations génétiques et à des injections d'hormones, ces animaux atteignent la puberté bien plus tôt que naturellement.»

«Lorsque j'ai rejoint Essere Animali en 2012, l'association portait le nom de Nemesi Animale et les enquêtes à cette époque étaient plus risquées que jamais car l'Europe avait classé les militants pour la cause animale comme des écoterroristes. J'ai commencé à travailler sur ce sujet pour un petit magazine italien dans lequel j'ai commencé ma carrière. J'ai pris cette photo dans des entrepôts qui peuvent contenir jusqu'à 30.000 poulets, ce qui équivaut à vingt poulets par mètre carré. Ils n'ont pas d'accès vers l'extérieur et sont abattus au bout de six semaines, alors qu'ils peuvent vivre des années en milieu naturel. Grâce à des mutations génétiques et à des injections d'hormones, ces animaux atteignent la puberté bien plus tôt que naturellement.»

«Je ne peux pas dire où exactement j'ai pris ces photos, mais toutes les fermes se situent dans le nord de l'Italie. Je ne peux pas non plus divulguer les marques de viande impliquées. Sur cette photo, par exemple, on voit le corps d'un porcelet mort, abandonné sur le sol. Garder des animaux décédés à l'intérieur d'une usine sans être stockés légalement est absolument interdit par la réglementation sanitaire de l'Union européenne et présente un risque pour la santé publique.»

«Je ne peux pas dire où exactement j'ai pris ces photos, mais toutes les fermes se situent dans le nord de l'Italie. Je ne peux pas non plus divulguer les marques de viande impliquées. Sur cette photo, par exemple, on voit le corps d'un porcelet mort, abandonné sur le sol. Garder des animaux décédés à l'intérieur d'une usine sans être stockés légalement est absolument interdit par la réglementation sanitaire de l'Union européenne et présente un risque pour la santé publique.»

«L'abus et l'exploitation des animaux sont communs à toutes les fermes photographiées. Elles font partie du circuit international de la viande de production industrielle. Le nom des marques change mais le fonctionnement reste toujours le même: c'est une sorte d'ingénierie de la mort. Cette usine de poulets de chair, par exemple, est construite sur trois étages et des dizaines de milliers de poussins se trouvent sur chacun d'eux. L'Italie élève environ 450 millions de poulets par an et produit plus qu'elle ne consomme. Les excréments et l'urine ne sont pas souvent nettoyés dans les hangars comme celui-ci. Les poulets vivent donc dans leur propre saleté. Les bactéries et virus qui se développent à partir des excréments et des urines infectent les poulets et constituent une menace très dangereuse pour la santé publique. Ce type d'industrie constitue un paradis pour les zoonoses [maladies infectieuses qui sont transmises d'un animal à l'homme et vice versa, ndlr] et une menace pour la santé mondiale. En raison de l'impossibilité de soins individuels, l'utilisation de médicaments et d'antibiotiques sur tous les animaux hébergés est une pratique qui assure leur propre survie.»

«L'abus et l'exploitation des animaux sont communs à toutes les fermes photographiées. Elles font partie du circuit international de la viande de production industrielle. Le nom des marques change mais le fonctionnement reste toujours le même: c'est une sorte d'ingénierie de la mort. Cette usine de poulets de chair, par exemple, est construite sur trois étages et des dizaines de milliers de poussins se trouvent sur chacun d'eux. L'Italie élève environ 450 millions de poulets par an et produit plus qu'elle ne consomme. Les excréments et l'urine ne sont pas souvent nettoyés dans les hangars comme celui-ci. Les poulets vivent donc dans leur propre saleté. Les bactéries et virus qui se développent à partir des excréments et des urines infectent les poulets et constituent une menace très dangereuse pour la santé publique. Ce type d'industrie constitue un paradis pour les zoonoses [maladies infectieuses qui sont transmises d'un animal à l'homme et vice versa, ndlr] et une menace pour la santé mondiale. En raison de l'impossibilité de soins individuels, l'utilisation de médicaments et d'antibiotiques sur tous les animaux hébergés est une pratique qui assure leur propre survie.»

«Ce sont les activistes qui m'orientent vers les fermes à photographier. Ils surveillent constamment et secrètement le travail des agriculteurs. Nous avons toujours essayé de documenter les établissements qui commettent le plus d'abus et qui sont les plus dangereux pour la santé publique. Visiter et photographier l'intérieur est difficile. C'est illégal. Les missions sont donc prévues du jour pour le lendemain et nécessitent une bonne organisation, beaucoup de prudence et des outils de sécurité. Cette photo montre des vers sur le sol d'une usine de viande porcine. Les conditions sanitaires de ces usines à grande échelle sont extrêmes. Les porcelets élevés pour la viande sont souvent mutilés, sans anesthésie, notamment pour les castrer.»

«Ce sont les activistes qui m'orientent vers les fermes à photographier. Ils surveillent constamment et secrètement le travail des agriculteurs. Nous avons toujours essayé de documenter les établissements qui commettent le plus d'abus et qui sont les plus dangereux pour la santé publique. Visiter et photographier l'intérieur est difficile. C'est illégal. Les missions sont donc prévues du jour pour le lendemain et nécessitent une bonne organisation, beaucoup de prudence et des outils de sécurité. Cette photo montre des vers sur le sol d'une usine de viande porcine. Les conditions sanitaires de ces usines à grande échelle sont extrêmes. Les porcelets élevés pour la viande sont souvent mutilés, sans anesthésie, notamment pour les castrer.»

«Ce type d'agriculture s’apparente à un enfer sur terre. Les abus sur les animaux sont souvent les mêmes: peu d'espace de vie par individu, nourriture malsaine et pleine de produits chimiques, absence de lumière naturelle de leur naissance à leur mort. Ils vivent dans l'obscurité où ils sont régulés par des cycles d'éveil et de sommeil donnés par des lumières artificielles ou des lampes infrarouges utilisées pour une croissance rapide, comme sur cette photo. La quantité d'antibiotiques administrée est presque directement proportionnelle à la taille de l'établissement: plus il y a d'animaux dans de petits espaces et maintenus dans des conditions inhumaines, plus ils auront besoin d'antibiotiques pour ne pas qu'ils tombent malades et ne pas propager d'épidémies au sein de la ferme. Après les missions, l'odeur nauséabonde de ces lieux m' accompagne pendant des jours, malgré de nombreuses douches.»

«Ce type d'agriculture s’apparente à un enfer sur terre. Les abus sur les animaux sont souvent les mêmes: peu d'espace de vie par individu, nourriture malsaine et pleine de produits chimiques, absence de lumière naturelle de leur naissance à leur mort. Ils vivent dans l'obscurité où ils sont régulés par des cycles d'éveil et de sommeil donnés par des lumières artificielles ou des lampes infrarouges utilisées pour une croissance rapide, comme sur cette photo. La quantité d'antibiotiques administrée est presque directement proportionnelle à la taille de l'établissement: plus il y a d'animaux dans de petits espaces et maintenus dans des conditions inhumaines, plus ils auront besoin d'antibiotiques pour ne pas qu'ils tombent malades et ne pas propager d'épidémies au sein de la ferme. Après les missions, l'odeur nauséabonde de ces lieux m' accompagne pendant des jours, malgré de nombreuses douches.»

«Au fil des années, j'ai photographié des élevages de porcs, des élevages de poulets de chair, de dindes, de poules pondeuses, de veaux, de lapins et des abattoirs. Comme l'Italie produit le très apprécié Parmigiano et le Grana, j'ai rendu visite à des fermes de vaches et de veaux. Avec l'Espagne, l'Italie est aussi le pays le plus célèbre au monde pour le prosciutto (jambon), d'où mon vif intérêt pour les élevages de porcs. Après le sevrage, les porcs restent dans la même cage surpeuplée pendant quatre à six mois, avant d'être divisés en deux groupes: ceux qui vont être engraissés ou ceux qui seront utilisés pour la reproduction. Les porcs des élevages intensifs peuvent atteindre 150 à 160 kg en un an. En Italie, en 2019, 11 millions de porcs ont été abattus, près de la moitié à destination du Prosciutto di Parma, et 30% sont distribués à l'étranger.»

«Au fil des années, j'ai photographié des élevages de porcs, des élevages de poulets de chair, de dindes, de poules pondeuses, de veaux, de lapins et des abattoirs. Comme l'Italie produit le très apprécié Parmigiano et le Grana, j'ai rendu visite à des fermes de vaches et de veaux. Avec l'Espagne, l'Italie est aussi le pays le plus célèbre au monde pour le prosciutto (jambon), d'où mon vif intérêt pour les élevages de porcs. Après le sevrage, les porcs restent dans la même cage surpeuplée pendant quatre à six mois, avant d'être divisés en deux groupes: ceux qui vont être engraissés ou ceux qui seront utilisés pour la reproduction. Les porcs des élevages intensifs peuvent atteindre 150 à 160 kg en un an. En Italie, en 2019, 11 millions de porcs ont été abattus, près de la moitié à destination du Prosciutto di Parma, et 30% sont distribués à l'étranger.»

«L'après-midi même, nous choisissons les sites industriels et planifions la logistique à l'aide d'informations satellitaires. Nous partons généralement en équipes de trois personnes, voire quatre ou cinq, dont au moins une contrôlera les mouvements de l'extérieur et informera les personnes en mission à l'intérieur avec des radios. Nous portons des combinaisons jetables (comme les médecins pour le Covid-19) et des masques FFP2 pour nous protéger de l'environnement malsain à l'intérieur des hangars. Sur cette photo, des poules pondeuses sont entassées, jusqu'à six à huit individus dans une cage. Les poules pondeuses vivent en moyenne deux ans et produisent environ 600 œufs avant d'être abattues. Si vous entrez dans un élevage intensif de poules pondeuses la nuit, vous entendrez d'abord un silence de mort, mais au moment où vous allumez une lumière LED et la faites briller dans ces longs couloirs, vous verrez les poules se réveiller dans leurs cages surpeuplées. Vous les verrez commencer à manger, bruyamment et hystériquement. Pour ces animaux, les cycles vitaux entre le jour et la nuit ne sont régulés qu'avec de la lumière artificielle. Ils ne vivront pas un seul jour de leur vie sous la lumière du jour.»

«L'après-midi même, nous choisissons les sites industriels et planifions la logistique à l'aide d'informations satellitaires. Nous partons généralement en équipes de trois personnes, voire quatre ou cinq, dont au moins une contrôlera les mouvements de l'extérieur et informera les personnes en mission à l'intérieur avec des radios. Nous portons des combinaisons jetables (comme les médecins pour le Covid-19) et des masques FFP2 pour nous protéger de l'environnement malsain à l'intérieur des hangars. Sur cette photo, des poules pondeuses sont entassées, jusqu'à six à huit individus dans une cage. Les poules pondeuses vivent en moyenne deux ans et produisent environ 600 œufs avant d'être abattues. Si vous entrez dans un élevage intensif de poules pondeuses la nuit, vous entendrez d'abord un silence de mort, mais au moment où vous allumez une lumière LED et la faites briller dans ces longs couloirs, vous verrez les poules se réveiller dans leurs cages surpeuplées. Vous les verrez commencer à manger, bruyamment et hystériquement. Pour ces animaux, les cycles vitaux entre le jour et la nuit ne sont régulés qu'avec de la lumière artificielle. Ils ne vivront pas un seul jour de leur vie sous la lumière du jour.»

«Une fois que nous avons identifié les entrepôts à visiter, le point d'entrée, j'y pénètre avec au moins un membre de l'équipe de Essere Animali pour prendre des photos. Une fois que nous avons rassemblé suffisamment de matériel et vérifié les conditions dans lesquelles les animaux et les installations sont maintenues, nous partons rapidement. Pour empêcher les intrusions, il y a souvent des caméras de vidéosurveillance ou des alarmes. Parfois, les hangars sont assez grands pour que j'utilise une lampe de poche; d'autres fois, lorsque nous sommes trop près des fenêtres des gardiens ou des propriétaires, je ne peux pas utiliser de flash ou allumer les lumières intérieures. J'utilise alors de petites lampes LED. Sur cette photo un activiste récupère des cartes mémoire SD dans une caméra cachée au sein d'une grande entreprise de viande. Ces vidéos servent à informer les gens sur la vie réelle des animaux dans ces fermes industrielles, ces abattoirs ou autres, mais elles servent aussi d'outil pour forcer la fermeture de certaines installations.»

«Une fois que nous avons identifié les entrepôts à visiter, le point d'entrée, j'y pénètre avec au moins un membre de l'équipe de Essere Animali pour prendre des photos. Une fois que nous avons rassemblé suffisamment de matériel et vérifié les conditions dans lesquelles les animaux et les installations sont maintenues, nous partons rapidement. Pour empêcher les intrusions, il y a souvent des caméras de vidéosurveillance ou des alarmes. Parfois, les hangars sont assez grands pour que j'utilise une lampe de poche; d'autres fois, lorsque nous sommes trop près des fenêtres des gardiens ou des propriétaires, je ne peux pas utiliser de flash ou allumer les lumières intérieures. J'utilise alors de petites lampes LED. Sur cette photo un activiste récupère des cartes mémoire SD dans une caméra cachée au sein d'une grande entreprise de viande. Ces vidéos servent à informer les gens sur la vie réelle des animaux dans ces fermes industrielles, ces abattoirs ou autres, mais elles servent aussi d'outil pour forcer la fermeture de certaines installations.»

«Aujourd'hui, Essere Animali est l'une des organisations les plus importantes du genre, positionnée en première ligne de la lutte pour que les hommes et les animaux aient un avenir meilleur. Nous avons construit une relation de confiance et de respect absolus au fil des ans. L'équipage d'Essere Animali m'a aidé à mieux comprendre le monde animal, les abus qu'ils subissent avant d'arriver dans nos supermarchés et les effets dévastateurs qu’a l’industrie de la viande sur l'environnement et la santé publique. Sur cette photo, le corps d'un lapin mort gît sur le sol d'un élevage intensif rempli d'excréments. Je me souviens que l'odeur des excréments et de l'ammoniaque était si forte et l'air si rare que je me suis senti mal. J'ai commencé à voir double et les membres d'Essere Animali qui étaient avec moi ont dû me porter pour sortir.»

«Aujourd'hui, Essere Animali est l'une des organisations les plus importantes du genre, positionnée en première ligne de la lutte pour que les hommes et les animaux aient un avenir meilleur. Nous avons construit une relation de confiance et de respect absolus au fil des ans. L'équipage d'Essere Animali m'a aidé à mieux comprendre le monde animal, les abus qu'ils subissent avant d'arriver dans nos supermarchés et les effets dévastateurs qu’a l’industrie de la viande sur l'environnement et la santé publique. Sur cette photo, le corps d'un lapin mort gît sur le sol d'un élevage intensif rempli d'excréments. Je me souviens que l'odeur des excréments et de l'ammoniaque était si forte et l'air si rare que je me suis senti mal. J'ai commencé à voir double et les membres d'Essere Animali qui étaient avec moi ont dû me porter pour sortir.»

«Je pense qu'actuellement il est d'une importance vitale d'informer les gens sur les processus de production des aliments, en particulier de la viande et du poisson. Cela ne me surprend pas du tout de savoir que la pandémie dont souffre actuellement le monde vient d'un virus qui est passé des animaux aux êtres humains. Nous détruisons l'environnement et bousculons les habitudes des animaux sauvages en brûlant les forêts pour cultiver du soja transgénique. Nous prenons ce soja pour nourrir des animaux enfermés dans des hangars sans soleil, sans oxygène et sans hygiène. Nous les intoxiquons avec des antibiotiques qui font que les êtres humains qui consomment ce type d'aliments risquent de plus en plus de contracter des maladies résistantes aux antibiotiques.»

«Je pense qu'actuellement il est d'une importance vitale d'informer les gens sur les processus de production des aliments, en particulier de la viande et du poisson. Cela ne me surprend pas du tout de savoir que la pandémie dont souffre actuellement le monde vient d'un virus qui est passé des animaux aux êtres humains. Nous détruisons l'environnement et bousculons les habitudes des animaux sauvages en brûlant les forêts pour cultiver du soja transgénique. Nous prenons ce soja pour nourrir des animaux enfermés dans des hangars sans soleil, sans oxygène et sans hygiène. Nous les intoxiquons avec des antibiotiques qui font que les êtres humains qui consomment ce type d'aliments risquent de plus en plus de contracter des maladies résistantes aux antibiotiques.»

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 16 au 22 octobre 2021
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