L'Amérique sous acides
Culture

L'Amérique sous acides

Roger Steffens se décrit lui-même –avec un rire sonore qui justifie sa réputation comme voix off– comme un vieux hippie. En plus de sa carrière d’acteur, sur scène ou devant la caméra, c’est un vétéran du Vietnam qui s’est vu attribuer une Bronze Star Medal et un expert reconnu du reggae (on dit qu’il la possède la plus grande collection d’objets liés à Bob Marley).

 

C'est aussi un photographe, qui a commencé à travailler de manière sérieuse à la fin des années 60, quand il a été incorporé dans une unité d’opérations psychologiques en pleine guerre du Vietnam. Steffens a travaillé avec des réfugiés et on lui a demandé de photographier ses missions pendant ses deux dernières années de service, tâche qu’il a prise à cœur, prenant plus de 10.000 clichés. Une fois parti, il a fait son chemin aux Etats-Unis, s’installant à Berkeley (Californie) avec Tim Page, photographe de guerre qui a été sérieusement blessé quatre fois sur le terrain et qui a inspiré le personnage de Dennis Hopper dans Apocalypse Now. Page lui a aussi beaucoup appris en ce qui concerne la photographie.

 

«C’était le maître de la photographie sur le vif», explique Steffens. «Son sens du cadrage était impeccable, peu importe avec quelle rapidité il déclenchait l’obturateur.» Steffens s’est inspiré de cette méthode de prise de vues et a trimballé son appareil partout, photographiant un style de vie contre-culturel où se côtoyaient des Rastas, des beatniks, des artistes et sa propre famille. «A force de passer du temps sur la route, j’ai été exposé à beaucoup d’envies subites qui m’ont poussé à appuyer sur le bouton de mon appareil», explique-t-il en riant.


	Beaucoup des images colorées qui remplissent le livre sont des surimpressions qui reflètent l’impression hallucinatoire laissée par cette période dans l’histoire américaine.

Beaucoup des images colorées qui remplissent le livre sont des surimpressions qui reflètent l’impression hallucinatoire laissée par cette période dans l’histoire américaine.


	Comme c’est souvent le cas en photographie, c’est le résultat d’un heureux hasard –dans le cas présent, l’utilisation par Steffens de pellicules que l’activiste anti-guerre Ron Kovic, auteur du livre Né un 4 juillet, avait déjà utilisée lors d’un voyage au Vietnam et au Cambodge.

	«Je pensais que c’était une pellicule neuve, et quand je l’ai récupérée c’était vraiment bizarre. Kovic avait pris en photo une réfugiée tenant un bébé dans ses bras au Cambodge alors que j’avais pris la majorité de mes photos dans un manoir de style néo-classique à Cincinnati», se souvient Steffens. «J’avais pris en photo de magnifique vitraux colorés et l’un d’eux affichait une paire d’yeux ovales, comme ceux d’insectes, dont semblait sortir cette réfugiée et son bébé. Je me suis dit: mon Dieu, qu’est-ce que j’aimerais pouvoir dire que ceci est mon œuvre. Mais peut-être s’agit-il d’une façon de voir le monde un peu différemment.»

Comme c’est souvent le cas en photographie, c’est le résultat d’un heureux hasard –dans le cas présent, l’utilisation par Steffens de pellicules que l’activiste anti-guerre Ron Kovic, auteur du livre Né un 4 juillet, avait déjà utilisée lors d’un voyage au Vietnam et au Cambodge.

«Je pensais que c’était une pellicule neuve, et quand je l’ai récupérée c’était vraiment bizarre. Kovic avait pris en photo une réfugiée tenant un bébé dans ses bras au Cambodge alors que j’avais pris la majorité de mes photos dans un manoir de style néo-classique à Cincinnati», se souvient Steffens. «J’avais pris en photo de magnifique vitraux colorés et l’un d’eux affichait une paire d’yeux ovales, comme ceux d’insectes, dont semblait sortir cette réfugiée et son bébé. Je me suis dit: mon Dieu, qu’est-ce que j’aimerais pouvoir dire que ceci est mon œuvre. Mais peut-être s’agit-il d’une façon de voir le monde un peu différemment.»


	Steffens explique qu’il a continué à travailler sur des surimpressions pendant environ 30 ans, jusqu’à 2007, quand son appareil s’est cassé et qu’il a commencé, avec réticence, à prendre des photos avec un appareil numérique.

Steffens explique qu’il a continué à travailler sur des surimpressions pendant environ 30 ans, jusqu’à 2007, quand son appareil s’est cassé et qu’il a commencé, avec réticence, à prendre des photos avec un appareil numérique.


	Toute sa famille a contribué à la version finale du livre. Sa femme, Mary, est à l’origine de l’œuvre d’art sur la couverture, qui ornait à l’origine la porte de la Buick de son mari la fois où il s’est livré à une tournée de poésie à travers la campagne.

	C’est sa fille qui a trouvé le titre. «Kate est arrivée avec ce titre, je ne sais pas exactement pourquoi; peut-être parce que ma femme et moi nous sommes rencontrés lors d'un trip aux acides, lors de Memorial Day 1975, dans une forêt naine à Mendocino sous une éclipse totale de lune. C’est vraiment une œuvre collective dans laquelle toute ma famille s’est impliquée, cela me remplit de joie.»

Toute sa famille a contribué à la version finale du livre. Sa femme, Mary, est à l’origine de l’œuvre d’art sur la couverture, qui ornait à l’origine la porte de la Buick de son mari la fois où il s’est livré à une tournée de poésie à travers la campagne.

C’est sa fille qui a trouvé le titre. «Kate est arrivée avec ce titre, je ne sais pas exactement pourquoi; peut-être parce que ma femme et moi nous sommes rencontrés lors d'un trip aux acides, lors de Memorial Day 1975, dans une forêt naine à Mendocino sous une éclipse totale de lune. C’est vraiment une œuvre collective dans laquelle toute ma famille s’est impliquée, cela me remplit de joie.»

Roger Steffens  
Une semaine dans le monde en 7 photos, du 9 au 15 octobre 2021
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos, du 9 au 15 octobre 2021

BD: l'histoire vraie d'un journaliste infiltré pour enquêter sur les bavures policières
Grand Format

BD: l'histoire vraie d'un journaliste infiltré pour enquêter sur les bavures policières

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio