L'Afrique au quotidien: le choc des contrastes
Monde

L'Afrique au quotidien: le choc des contrastes

Flurina Rothenberger avait douze ans d'archives inexploitées lorsque sa sœur lui propose d'en faire un livre. Ce fut «une libération», confie la photographe suisse: «Piocher dans mes archives et en extraire certaines images pour les faire revivre sans devoir être l’esclave d’une certaine histoire comme c'est le cas en journalisme. Il y a aussi tellement d'idées préconçues sur l'Afrique, alors je voulais que ce livre permette de zapper à travers le continent, comme on zappe de chaîne en chaîne. Le découvrir d'une autre façon, dans sa vie de tous les jours.»

 

Son livre, I love to dress like I am coming from somewhere and I have a place to go, vient d'être publié aux éditions Patrick Frey.

 

	Flurina Rothenberger entretient une lien particulier avec l'Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire plus précisément car c'est là qu'elle a grandi. Depuis, elle retourne régulièrement dans différents pays d'Afrique pour son travail de photographe. «Ma sœur a proposé que je lui donne une partie de mes archives, une sélection très grande, pour en faire quelque chose. Ma seule demande a été de penser ce livre en doubles pages pour montrer cette capacité de réconcilier, de fusionner les contrastes. Je voulais que chaque double page soit un petit peu comme une photo.»
Flurina Rothenberger

Flurina Rothenberger entretient une lien particulier avec l'Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire plus précisément car c'est là qu'elle a grandi. Depuis, elle retourne régulièrement dans différents pays d'Afrique pour son travail de photographe. «Ma sœur a proposé que je lui donne une partie de mes archives, une sélection très grande, pour en faire quelque chose. Ma seule demande a été de penser ce livre en doubles pages pour montrer cette capacité de réconcilier, de fusionner les contrastes. Je voulais que chaque double page soit un petit peu comme une photo.»


	«Je collecte souvent les phrases que je trouve à droite à gauche. Au départ j'avais envie d'en mettre beaucoup plus dans le livre, puis j'ai préféré mettre en avant les images et non le texte. Pour une fois que ce n'était pas un travail journalistique, j'avais envie de changement. Au final j'en ai intégré six et je les ai assemblées avec une photo pour créer une nouvelle image.»
Flurina Rothenberger

«Je collecte souvent les phrases que je trouve à droite à gauche. Au départ j'avais envie d'en mettre beaucoup plus dans le livre, puis j'ai préféré mettre en avant les images et non le texte. Pour une fois que ce n'était pas un travail journalistique, j'avais envie de changement. Au final j'en ai intégré six et je les ai assemblées avec une photo pour créer une nouvelle image.»


	«Le nom du livre [I love to dress like I am coming from somewhere and I have a place to go] lui-même est une de ces “quotes”. J’avais fait des recherches parce que je voulais effectuer un travail sur les étudiants originaires de pays africains qui vivent en Chine. Pendant mes recherches, je suis tombée sur un site d’université en Russie. Un Nigérien avait mis sa photo de profil et il avait marqué cette phrase en dessous de sa photo pour décrire sa personnalité. J’aimais beaucoup parce que c’est une attitude, une allure que je remarque souvent chez les gens que je prends en photo en Afrique.»
Flurina Rothenberger

«Le nom du livre [I love to dress like I am coming from somewhere and I have a place to go] lui-même est une de ces “quotes”. J’avais fait des recherches parce que je voulais effectuer un travail sur les étudiants originaires de pays africains qui vivent en Chine. Pendant mes recherches, je suis tombée sur un site d’université en Russie. Un Nigérien avait mis sa photo de profil et il avait marqué cette phrase en dessous de sa photo pour décrire sa personnalité. J’aimais beaucoup parce que c’est une attitude, une allure que je remarque souvent chez les gens que je prends en photo en Afrique.»


	«Ce livre n’est pas l’Afrique. Je suis une photographe comme mille autres et j’ai pris des photos qui m’intéressent moi et j’ai fait un livre avec. Ce n’est pas un livre qui couvre tout le continent. C’est une perspective très personnelle. Si ce livre provoque la curiosité d’un public, je voulais juste faire quelque chose qui montre ces endroits comme n’importe quel endroit, le normal.» 
Flurina Rothenberger

«Ce livre n’est pas l’Afrique. Je suis une photographe comme mille autres et j’ai pris des photos qui m’intéressent moi et j’ai fait un livre avec. Ce n’est pas un livre qui couvre tout le continent. C’est une perspective très personnelle. Si ce livre provoque la curiosité d’un public, je voulais juste faire quelque chose qui montre ces endroits comme n’importe quel endroit, le normal.» 


	«Après, je n'oublie pas que j’ai une responsabilité en tant que photographe car il y a une possibilité infinie d’interprétation pour chaque image. C'est pour cette raison que j'ai censuré par exemple la photo d’une petite fille pauvre que j'aimais beaucoup. Certains l’auraient interprétée comme une photo typique d’humanitaire, une fillette qui a besoin d’aide. Pour moi, cette enfant représentait complètement autre chose. Elle est très indépendante pour quelqu'un de 4 ans, elle va toute seule à l’école en parcourant plusieurs kilomètres. Mais j'ai enlevé cette photo.»
Flurina Rothenberger

«Après, je n'oublie pas que j’ai une responsabilité en tant que photographe car il y a une possibilité infinie d’interprétation pour chaque image. C'est pour cette raison que j'ai censuré par exemple la photo d’une petite fille pauvre que j'aimais beaucoup. Certains l’auraient interprétée comme une photo typique d’humanitaire, une fillette qui a besoin d’aide. Pour moi, cette enfant représentait complètement autre chose. Elle est très indépendante pour quelqu'un de 4 ans, elle va toute seule à l’école en parcourant plusieurs kilomètres. Mais j'ai enlevé cette photo.»


	«Nous avons supprimé beaucoup d'images pour cette raison et essayé de ne pas tomber dans cette façon stéréotypée de regarder l’Afrique. Le problème, c’est que les gens ont l’habitude de ne voir que des images comme ça. Et de toute façon, on ajoute tous aux stéréotypes. C’est important d’en être conscients en tant que photographes. Je n’en suis pas protégée non plus, je construis aussi des stéréotypes, mais j'essaie d'y réfléchir.»
Flurina Rothenberger

«Nous avons supprimé beaucoup d'images pour cette raison et essayé de ne pas tomber dans cette façon stéréotypée de regarder l’Afrique. Le problème, c’est que les gens ont l’habitude de ne voir que des images comme ça. Et de toute façon, on ajoute tous aux stéréotypes. C’est important d’en être conscients en tant que photographes. Je n’en suis pas protégée non plus, je construis aussi des stéréotypes, mais j'essaie d'y réfléchir.»


	«Le second défi quand on photographie à l'étranger, c'est de trouver un équilibre approprié entre le familier et l'exotique, un langage visuel qui remue quelque chose à l'intérieur de celui qui regarde tout en restant sobre. Mais même lorsque l'on tente de montrer les individus dans leur complexité légitime, ma vision des choses sera toujours le résultat d'une perspective teintée de ma propre culture et de mon histoire, de façon consciente ou non.»
Flurina Rothenberger

«Le second défi quand on photographie à l'étranger, c'est de trouver un équilibre approprié entre le familier et l'exotique, un langage visuel qui remue quelque chose à l'intérieur de celui qui regarde tout en restant sobre. Mais même lorsque l'on tente de montrer les individus dans leur complexité légitime, ma vision des choses sera toujours le résultat d'une perspective teintée de ma propre culture et de mon histoire, de façon consciente ou non.»


	«La photographie est un médium d'une grande générosité. Il peut facilement étendre les frontières entre le rêve et la réalité sans pour autant abandonner l'un pour l'autre. 
Flurina Rothenberger

«La photographie est un médium d'une grande générosité. Il peut facilement étendre les frontières entre le rêve et la réalité sans pour autant abandonner l'un pour l'autre. 


	«Quand je prends une photographie, ma présence est évidente. J'adore le moment intime de consentement tacite quand quelqu'un suggère une pose, change le décor avec de petits arrangements ou simplement accepte d'affirmer une présence face à l'appareil photo. La communication en Afrique est très visuelle, elle se fait par le corps, les vêtements, et cela se sent dans comment chacun prend la pose. Les gens ont une idée très forte de l’image qu’ils veulent donner d'eux-mêmes. C’est plus fort qu’en Europe.»
Flurina Rothenberger

«Quand je prends une photographie, ma présence est évidente. J'adore le moment intime de consentement tacite quand quelqu'un suggère une pose, change le décor avec de petits arrangements ou simplement accepte d'affirmer une présence face à l'appareil photo. La communication en Afrique est très visuelle, elle se fait par le corps, les vêtements, et cela se sent dans comment chacun prend la pose. Les gens ont une idée très forte de l’image qu’ils veulent donner d'eux-mêmes. C’est plus fort qu’en Europe.»


	«Le succès du livre me fait plaisir mais ça me choque aussi un peu. Je ne me rendais pas compte du fait qu’aussi peu de gens connaissent des livres sur l’Afrique qui montrent juste la normalité, la vie quotidienne, etc. Alors qu’il y a plein des photographes africains qui ont fait des travaux magnifiques! Quand même, nous sommes en 2015, nous avons tant d’options pour découvrir ces images, s’informer...»
Flurina Rothenberger

«Le succès du livre me fait plaisir mais ça me choque aussi un peu. Je ne me rendais pas compte du fait qu’aussi peu de gens connaissent des livres sur l’Afrique qui montrent juste la normalité, la vie quotidienne, etc. Alors qu’il y a plein des photographes africains qui ont fait des travaux magnifiques! Quand même, nous sommes en 2015, nous avons tant d’options pour découvrir ces images, s’informer...»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

Le jour où ma mère a rapporté des bananes de son voyage à l'Ouest
Grand Format

Le jour où ma mère a rapporté des bananes de son voyage à l'Ouest

Une semaine dans le monde en 7 photos
Grand Format

Une semaine dans le monde en 7 photos

Newsletters