«Ce qui m'a frappée, c'est la grandeur des lieux destinés à loger des préfets seuls»
Politique / Culture

«Ce qui m'a frappée, c'est la grandeur des lieux destinés à loger des préfets seuls»

«Le territoire de la Drac Basse-Normandie est à l'origine de la commande, raconte la photographe Céline ClanetLe but de la mission était de réaliser une série photographique sur les logements de fonction des trois préfets de Basse-Normandie. [...] Je devais faire un état des lieux de ces logements, situés pour la plupart dans d'anciens hôtels particuliers classés, et donner à voir ces bâtiments appartenant à l'État, mais dont l'accès est interdit au public.»  Son travail est exposé à Beauvais jusqu'au 31 décembre au festival Photaumnales.

«En 2012, j'ai été missionnée par la Drac Basse-Normandie et l'Ardi (Association régionale pour la diffusion de l'image) afin de réaliser une série photographique sur les logements de fonction des trois préfets de Basse-Normandie. Il s'agissait donc au départ d'une commande plutôt patrimoniale.»
Couloir menant au grenier, hôtel du préfet de la Manche, Saint-Lô. | Céline Clanet

«En 2012, j'ai été missionnée par la Drac Basse-Normandie et l'Ardi (Association régionale pour la diffusion de l'image) afin de réaliser une série photographique sur les logements de fonction des trois préfets de Basse-Normandie. Il s'agissait donc au départ d'une commande plutôt patrimoniale.»

«J'ai proposé de travailler sur les intérieurs, mais également sur leurs occupants, en faisant poser les préfets eux-même chez eux, ainsi que leurs employés: intendants, cuisiniers… qui se trouvent être à mes yeux les véritables habitants de ces lieux, certains travaillant là depuis plusieurs décennies.»
Adolphe Colrat, préfet de la Manche de 2011 à 2013, dans les salons privés, hôtel du préfet de la Manche, Saint-Lô. | Céline Clanet

«J'ai proposé de travailler sur les intérieurs, mais également sur leurs occupants, en faisant poser les préfets eux-même chez eux, ainsi que leurs employés: intendants, cuisiniers… qui se trouvent être à mes yeux les véritables habitants de ces lieux, certains travaillant là depuis plusieurs décennies.»

«J'ai travaillé deux ans sur ce projet, cela peut sembler long mais certains préfets n'étaient pas toujours disponibles et les autorisations prenaient du temps. J'ai même dû attendre que l'un d'entre eux, qui refusait catégoriquement que je vienne chez lui, se fasse muter (je jure qu'il n'a pas été muté sous ma pression!). J'ai passé plusieurs jours dans chacun des trois logements.»
Dans le grenier, hôtel du préfet de la Manche, Saint-Lô. | Céline Clanet

«J'ai travaillé deux ans sur ce projet, cela peut sembler long mais certains préfets n'étaient pas toujours disponibles et les autorisations prenaient du temps. J'ai même dû attendre que l'un d'entre eux, qui refusait catégoriquement que je vienne chez lui, se fasse muter (je jure qu'il n'a pas été muté sous ma pression!). J'ai passé plusieurs jours dans chacun des trois logements.»

«Ce qui m'a immédiatement frappée, c'est la grandeur des lieux, destinés à loger des préfets qui y habitaient seuls, sans leur famille (qui n'était pas installée avec eux dans les trois cas). Il n'y avait d'ailleurs aucun objet personnel, aucune photo… J'ai vite compris que ces logements, aussi somptueux soient-ils, n'étaient que des lieux de passage.»
Salle à manger, hôtel du préfet du Calvados, Caen. | Céline Clanet

«Ce qui m'a immédiatement frappée, c'est la grandeur des lieux, destinés à loger des préfets qui y habitaient seuls, sans leur famille (qui n'était pas installée avec eux dans les trois cas). Il n'y avait d'ailleurs aucun objet personnel, aucune photo… J'ai vite compris que ces logements, aussi somptueux soient-ils, n'étaient que des lieux de passage.»

«Les préfets travaillent tôt le matin, rentrent parfois très tard, et n'ont pas vraiment le temps d'investir ces logements, qui ne sont finalement que des dortoirs. Leur présence dans ces lieux est comme fantomatique… ça se voit, je pense, dans les photographies.»
Petite salle à manger, hôtel du préfet du Calvados, Caen. | Céline Clanet

«Les préfets travaillent tôt le matin, rentrent parfois très tard, et n'ont pas vraiment le temps d'investir ces logements, qui ne sont finalement que des dortoirs. Leur présence dans ces lieux est comme fantomatique… ça se voit, je pense, dans les photographies.»

«J'ai aussi été étonnée par le “palimpseste mobilier” qui compose et décore les intérieurs, sans forcément respecter le style architectural du lieu. Chaque préfet met sa touche, et peut piocher dans ce que l'on appelle le Mobilier national, vaste fonds de tableaux, objets et meubles appartenant à l'État et destiné notamment à intégrer les bâtiments de la République. Il y a parfois des fautes de goût, ou des objets d'un autre temps, comme cette «lampe-nègre» dont l'existence même est discutable. Cette forme d'anachronisme, on la retrouve aussi dans la fonction obsolète de chambres destinées à accueillir des ministres de passage ou le président… qui évidemment n'y dorment plus depuis longtemps. Et pourtant, ces chambres sont entretenues, et les plis des couvre-lits y sont impeccables.»
Lampadaire, salon privé, hôtel du préfet du Calvados, Caen. | Céline Clanet

«J'ai aussi été étonnée par le “palimpseste mobilier” qui compose et décore les intérieurs, sans forcément respecter le style architectural du lieu. Chaque préfet met sa touche, et peut piocher dans ce que l'on appelle le Mobilier national, vaste fonds de tableaux, objets et meubles appartenant à l'État et destiné notamment à intégrer les bâtiments de la République. Il y a parfois des fautes de goût, ou des objets d'un autre temps, comme cette «lampe-nègre» dont l'existence même est discutable. Cette forme d'anachronisme, on la retrouve aussi dans la fonction obsolète de chambres destinées à accueillir des ministres de passage ou le président… qui évidemment n'y dorment plus depuis longtemps. Et pourtant, ces chambres sont entretenues, et les plis des couvre-lits y sont impeccables.»

«La vie y est rythmée par les allées et venues du préfet, s'il déjeune ici ou non, s'il y a une réception, ou une personnalité locale invitée à dîner. Il faut aussi entretenir les espaces verts, nettoyer en permanence les intérieurs… J'imagine cela comme un mini-Élysée.»
Lustre, hôtel du préfet du Calvados, Caen. | Céline Clanet

«La vie y est rythmée par les allées et venues du préfet, s'il déjeune ici ou non, s'il y a une réception, ou une personnalité locale invitée à dîner. Il faut aussi entretenir les espaces verts, nettoyer en permanence les intérieurs… J'imagine cela comme un mini-Élysée.»

«Deux des préfets ont été très accueillants, ont compris l'intérêt de cette commande photographique, notamment sa portée documentaire, et semblaient être sincèrement curieux de ma démarche. Un seul n'a pas montré d'intérêt, même s'il a finalement accepté de poser.»
Nappe, grenier, hôtel du préfet de la Manche, Saint-Lô. | Céline Clanet

«Deux des préfets ont été très accueillants, ont compris l'intérêt de cette commande photographique, notamment sa portée documentaire, et semblaient être sincèrement curieux de ma démarche. Un seul n'a pas montré d'intérêt, même s'il a finalement accepté de poser.»

«J'ai souhaité passer plusieurs jours dans chaque lieu. À chaque fois, je voulais tout voir, et je demandais à l'intendant de me montrer toutes les pièces, de la cave au grenier (ce qui a donné les photographies de la statue de Marianne dans la cave et de la nappe séchant dans un grenier, ou du portrait du général de Gaulle), en passant par la chambre du préfet. Je voulais ne rien omettre, connaître les lieux totalement. Finalement, il y a plusieurs photos de ces pièces qui ne faisaient pas partie de la commande initiale, au même titre que les portraits des préfets.»
Statue de Marianne, cave, hôtel du préfet de l’Orne, Alençon. | Céline Clanet

«J'ai souhaité passer plusieurs jours dans chaque lieu. À chaque fois, je voulais tout voir, et je demandais à l'intendant de me montrer toutes les pièces, de la cave au grenier (ce qui a donné les photographies de la statue de Marianne dans la cave et de la nappe séchant dans un grenier, ou du portrait du général de Gaulle), en passant par la chambre du préfet. Je voulais ne rien omettre, connaître les lieux totalement. Finalement, il y a plusieurs photos de ces pièces qui ne faisaient pas partie de la commande initiale, au même titre que les portraits des préfets.»

«C'est l'une des commandes les plus inattendues que l'on m'ait confiées... Mais comme souvent, la surprise de son objet et la manière dont je vais me l'approprier font, à mes yeux, tout le sel d'une commande photographique.»
Porte, Salon des Abeilles, hôtel du préfet du Calvados, Caen. | Céline Clanet

«C'est l'une des commandes les plus inattendues que l'on m'ait confiées... Mais comme souvent, la surprise de son objet et la manière dont je vais me l'approprier font, à mes yeux, tout le sel d'une commande photographique.»

Fanny Arlandis

Fanny Arlandis Journaliste à Beyrouth (Liban). Elle écrit principalement sur la photographie et le Moyen-Orient.

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