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Tuerie de Bruxelles: les nombreuses similitudes entre Mehdi Nemmouche et Mohamed Merah

Grégoire Fleurot, mis à jour le 01.06.2014 à 16 h 18

Capture d'écran de la vidéo de Mohamed Merah, datée de 2010, diffusée par France 2 le 21 mars 2012.

Capture d'écran de la vidéo de Mohamed Merah, datée de 2010, diffusée par France 2 le 21 mars 2012.

Dès l'annonce de la tuerie dans le musée juif de Bruxelles le 24 mais dernier, et alors qu'on ne connaissait encore rien de l'auteur, les comparaisons avec l'affaire Mohamed Merah, du nom du jeune toulousain qui avait tué trois parachutistes puis trois enfants et un enseignant juifs à Toulouse et Montauban en mars 2012, étaient apparues.

Avec l'annonce ce dimanche 1er juin de l'identité du suspect arrêté en France, les similitudes entre les profils des deux hommes se sont multipliées. Voici une liste de tout ce qui rapproche Mehdi Nemmouche et Mohamed Merah:

1. Des attaques à caractère antisémite

Le 19 mars 2012, Mohamed Merah commet sa troisième et dernière attaque à Toulouse, devant le collège juif Ozar Hatorah, où il abat de sang froid un professeur d’hébreu, ses deux enfants de 2 et 6 ans et la fille du directeur de l'établissement, âgée de 8 ans, parce qu'ils étaient juifs.

Mehdi Nemmouche est suspecté d'avoir effectué la tuerie dans le musée juif de Bruxelles, une attaque dont le caractère antisémite ne fait pas de doute et qui a été qualifiée comme telle par les autorités belges et françaises.  

2. Des casiers judicaires chargés

 Mohamed Merah était un jeune délinquant multirécidiviste.. Adolescent, il a plongé dans la délinquance et comptait 18 faits de violence à son actif, dont 15 en tant que mineur. A la suite d'une conduite sans permis, il avait écopé de 18 mois de prison, une condamnation sévère qui a déclenché sa rébellion contre les institutions.

A 29 ans, Mehdi Nemmouche a lui aussi un casier judiciaire chargé, mais pour des actes plus graves que l'auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, et a déjà passé cinq ans en prison au moment de son arrestation à Marseille. Le Monde écrit à son sujet:

«Il commet plusieurs vols aggravés, et incarcéré de 2007 à 2012 à Grasse (Alpes-Maritimes) et Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). En mai 2009, il est identifié comme étant l'auteur du braquage d’'une supérette de Tourcoing, le Penny Market, commis le 13 août 2006 et est condamné à deux ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Lille

Le procureur de Paris a précisé que Mehdi Nemmouche «a été condamné à sept reprises» et a été «incarcéré à cinq reprises»

3. Radicalisation en prison

Mohamed Merah a commencé à lire le Coran et à se radicaliser en prison. Il a confié aux négociateurs lors du siège de son appartement:

«Je suis algérien, je sais qu’il y a un groupe en Algérie qui opère. Avant même de comprendre ce que c’était l’islam, on va dire que j’appréciais ces gens-là et que je voyais qu’ils ne se laissaient pas faire, mais j’avais aucune science sur ce qu’ils faisaient. Après quand je suis rentré dans l’islam, j’ai étudié le sujet pour voir si ce qu’ils faisaient était vrai, était l’islam. À ce moment-là, c’est là que j’ai compris. Et c’est à partir de là que ma foi s’est décuplée en prison et que je me suis engagé à ce que dès que je sorte de prison, je fasse des recherches immédiatement pour les rejoindre.»

Selon 20Minutes, c'est en prison que Mehdi Nemmouche «aurait été approché par le milieu djihadiste». Pour Le Monde, son départ presque immédiat pour des voyages suspects après sa sortie de prison en décembre 2012 «laisse penser qu'il se serait radicalisé en prison». Le procureur de Paris a confirmé cette thèse dimanche 1er juin:

«En prison, il faisait du prosélytisme extrémiste et fréquentait des détenus radicaux, faisant des appels à la prière.»

4. Voyages à l'étranger

Mohamed Merah a effectué plusieurs voyages à l'étranger, dont un en Afghanistan et l'autre dans un centre d'entraînement djihadiste au Pakistan, au sujet duquel il a confié à l'agent de la DCRI qui tentait de négocier avec lui pendant le siège de son appartement:

 «On m’a proposé de faire les bombes, je n’ai pas voulu. Je leur ai dit que voilà, les produits qu’il faut pour faire les bombes c’est surveillé en France, que je risquais de me faire arrêter avant même d’avoir […] quelque chose. Après voilà moi je leur ai dit "entrainez-moi que avec les pistolets". […]

Y’a des Français, y’a des Chinois, y’a des Tadjiks, des Afghans, des Pakistanais, des Américains, des Allemands, des Espagnols. Il y a de tout. J’ai croisé toutes sortes de personnes. [...]

J’ai mis environ une dizaine de jours pour trouver les frères. Le temps que je les rejoigne, parce que quand je suis arrivé là-bas, je n’avais pas le droit de sortir, je suis resté dans une pièce, je devais attendre. Ils ne savent pas qui je suis, d’où je sors, c’est pas n’importe qui qui rentre dans le groupe d’al-Qaida, j’ai gagné leur confiance, j’ai acheté mon arme, je me suis équipé, et j’ai toutes sortes de frères qui sont venus, des frères qui s’occupent de renvoyer des frères dans d’autres pays. On m’a proposé des attaques en Amérique, au Canada, etc. et moi je leur ai dit que comme j’étais Français, c’est plus facile pour moi et plus simple d’attaquer la France.»

A sa sortie de prison, Mehdi Nemmouche part en Belgique, où il est hébergé chez un ami, puis «part en périple: Grande-BretagneLibanTurquie, et sûrement Syrie» rapporte Le Monde, où il aurait «appris à manier l'armement utilisé au cours de la fusillade du 24 mai» selon 20Minutes.

5. Fichés par les services français

Le suivi de Mohamed Merah par les services de renseignement français a fait l'objet d'une intense polémique. Il a été interrogé par deux fonctionnaires de police, un de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et un autre rattaché à la direction régionale du même service, en novembre 2011, soit plusieurs mois avant son passage à l'acte. A cette époque, Mohamed Merah est suivi par les services de renseignement français depuis un an, et les autorités veulent en savoir plus sur ses récents voyages au Pakistan et en Afghanistan.

Selon le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, il explique alors, «force photos à l'appui, qu'il avait fait un voyage touristique». Les deux agents du renseignement voient en Mohamed Merah un individu «bizarre»,mais dont le profil est plus celui d’un jeune délinquant «de cité» que d'un djihadiste. 

Le journal Le Monde publiera plus tard un article sans appel sur l’«incroyable raté des services secrets» français dans cette affaire. Les documents qu’ont pu consulter les journalistes Laurent Borredon et Emeline Cazi montrent que les services, «qui savaient tout du profil "inquiétant" de Merah, ont inexplicablement arrêté de le surveiller fin 2011».

Comme pour Mohamed Merah, les voyages à l'étranger suspects de Mehdi Nemmouche ont attiré l'attention des services français, qui l'inscrivent au fichier des personnes recherchées (FPR) et au fichier Schenghen. Le Monde écrit:

«Il est ainsi repéré en Allemagne en mars 2014, alors qu'il revient d'Asie du Sud-Est et fait l'objet d'une fiche de suivi de la DGSI.»

Le cas Mehdi Nemmouche ne devrait pas manquer de relancer le débat sur l'efficacité de la surveillance des djihadistes français. Le procureur de Paris a déclaré lors de sa conférence de presse:

«Son radicalisme religieux a été signalé lorsqu'il était en détention, mais son départ à l'étranger en décembre 2012, donc seulement trois semaines après sa sortie de prison, a entravé toute possibilité de surveillance.»

6.Caméra Go Pro

Mohamed Merah a filmé l’intégralité des trois tueries dont il s’est rendu coupable avec une caméra Go Pro qui a été retrouvée par les enquêteurs. Ces derniers, qui ont visionné les images, les ont qualifiées d'«extrêmement explicites». La chaîne de télévision Al-Jazeera, à qui Merah avait envoyé les images, a décidé de ne pas les diffuser. Nicolas Sarkozy avait demandé à toutes les chaînes de télévision de ne pas diffuser ces images si elles les obtenaient.

Dès le lendemain de la fusillade de Bruxelles, les médias belges avaient affirmé que le suspect, dont la police avait diffusés des images tirées de caméras de vidéosurveillance, portait une caméra GoPro sur la poitrine. Le procureur de Paris a confirmé cette hypothèse, parlant de la «découverte d'un fichier caché avec un film de 40 secondes montrant les deux armes saisies et la cagoule. On entend une voix, qui ressemble à celle du suspect, expliquant que cette vidéo a été réalisée car l'enregistrement de la GoPro n'a pas fonctionné pendant la fusillade ».

Grégoire Fleurot

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Journaliste
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