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Les classes populaires décrochent depuis 2008 (et tout le monde s’en fout)

Snooze / flattop341 via Flickr CC License By

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«Ce décrochage de la France d’en bas est inédit», lit-on dans une note de l'Observatoire des inégalités, dont le directeur n’est pas content et le fait savoir.

Soit une population, la France. Découpons-la en dix parts égales en fonction des revenus. On obtient dix tranches (déciles). On prend les chiffres de l’Insee de 2008 à 2011 qui étudie le revenu déclaré moins les impôts payés plus les prestations sociales reçues, et on sait de quel montant on dispose en moyenne dans chaque part.

C’est ce qu’a fait l’Observatoire des inégalités en février 2014, qui en rend compte dans une note aussi limpide qu’énergique: «La France populaire décroche, qui s’en soucie?», écrite par Louis Maurin, ancien journaliste à Alternatives Economiques, cofondateur et rédacteur en chef de l’Observatoire des inégalités.

Alors que la première publication de ces chiffres en février dernier avait suscité un intérêt poli, le petit coup de gueule semble avoir été plus relayé. «Depuis 2011, tout porte à croire que les plus pauvres se sont encore appauvris et les plus riches enrichis», écrit Louis Maurin, qui a par ailleurs signé récemment une tribune dans Le Monde critiquant les choix économiques de baisse du coût du travail du gouvernement.

Observatoire des inégalités

3. Chez les 30% des plus riches, on parle de 500 à près de 1.800 euros d’augmentation annuelle. Après 2008 et la crise financière «les cours des actions sont remontés rapidement. Or plus on va vers le haut et plus il s’agit de revenus du patrimoine» ce qui explique cette tendance, nous a précisé Louis Maurin, ajoutant que «les gros salaires augmentent aussi».

2. Chez les classes moyennes «statistiques» (au-delà des 40% les plus pauvres et en-dessous des 30% les plus riches), on oscille entre -120 et +241 euros (toujours par an).

3. Enfin les classes populaires, les 40% du bas de l’échelle, perdent de 300 à 390 euros par catégorie, ce qui est énorme puisqu’elles partaient avec déjà peu (c’est le principe).

Répartition confirmée par l’analyse par catégorie socio-professionnelle: les ouvriers, employés, retraités voient leurs revenus baisser, et pas qu’un peu. Les cadres voient les leurs augmenter et les professions intermédiaires sont dans une situation… intermédiaire, avec un petit gain annuel.

Observatoire des inégalités

Décrochage inédit – tout le monde s’en fout – les médias sont à côté de la plaque

«Ce décrochage de la France d’en bas est inédit», écrit Maurin, qui est assez remonté quand vous l’avez au téléphone. D’abord contre la focalisation médiatique autour du ras-le-bol fiscal: les classes moyennes ne s’effondrent pas, remarque-t-il, elles sont plutôt en stagnation, et «ce sont les classes aisées qui ne veulent pas payer d’impôts» qui tiennent ce discours alarmiste.

Selon lui, après des années de baratin sur la fin des classes sociales, les médias ont renversé la balance et se sont entichés d'un nouveau thème, celui du déclassement des classes intermédiaires. Or on aurait pour lui plutôt affaire à une impression qu’à une réalité statistique, comme il l’écrit dans sa note:

«Les classes moyennes ne sont pas “étranglées”, selon l’adage médiatique, leur situation n’est pas la plus difficile, mais cette stagnation constitue une rupture pour des catégories au cœur d’une société où l’on consomme toujours plus.»

D'accord, même si on pourrait rétorquer que la tendance au rétrécissement des emploi des qualifications moyennes peut être la source d'une inquiétude justifiée.

Pour l'auteur, la sensibilité à ces inégalités reste limitée: «toute une partie des catégories favorisées s'intéresse aux “questions sociétales” comme on dit, au “social business” ou aux sympathiques chartes de la diversité. Cela ne mange pas de pain».

Mais «qui s’inquiète vraiment de cette fracture?» demande l'auteur. La réponse est dans la question.

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