Santé / France

Cancer du col de l’utérus: se dépister toute seule, c'est bientôt possible

Temps de lecture : 3 min

Une étude française démontre que l’autodépistage peut être aussi efficace que le frottis réalisé par un médecin. Une manière de pallier les failles du programme actuel de prévention.

REUTERS/Alessandro Garofalo
REUTERS/Alessandro Garofalo

Il suffisait d’y penser… puis d’en démontrer l’efficacité. Les femmes peuvent, sans difficulté, apprendre à réaliser un autodépistage du cancer du col de l’utérus. Les preuves en sont apportées dans le dernier numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’Institut de veille sanitaire, par une équipe de médecins et virologues français dirigée par le professeur Alain Goudeau et le docteur Ken Haguenoer. Cette démonstration ouvre de nouvelles perspectives dans l'élaboration, en France comme dans les pays en développement, d’un geste essentiel.

Le dépistage du cancer du col de l’utérus a permis de réduire de manière importante la mortalité et la fréquence de cette maladie, mais demeure insuffisamment pratiqué, y compris en France. Il se fait à partir du frottis cervico-utérin, qui consiste à prélever au fond du vagin, au niveau du col de l’utérus, quelques cellules à l'aide d'une petite brosse ou d'une spatule. Elles sont ensuite examinées pour vérifier l’absence (ou la présence) de lésions précancéreuses. On peut aussi effectuer la recherche de virus responsables à terme de ces lésions cellulaires, les papillomavirus humains (HPV). Si le diagnostic est confirmé, on procède à l’ablation des lésions, un traitement simple et efficace.

Ce dépistage est recommandé tous les trois ans chez les femmes de 25 à 65 ans. C’est un geste simple, rapide et non douloureux pratiqué par un médecin généraliste ou un gynécologue. Mais le travail publié dans le BEH démontre qu'il peut aussi être pratiqué par la femme elle-même, dès lors qu’il s’agit de réaliser un autoprélèvement vaginal pour la recherche des HPV.

«Il s’agissait moins ici d’une volonté de priver le médecin d’un geste dont il a l’exclusivité que de mettre au point une technique efficace pour augmenter la participation au dépistage pour les femmes qui ne sont jamais ou rarement dépistées», explique Alain Goudeau. En France, le dépistage par frottis existe depuis plus de soixante ans, mais seules 60% des femmes en bénéficient réellement. Ainsi, une grande variété de dispositifs d’autoprélèvement (écouvillons, brosses, tampons, serviettes et lavages cervico-vaginaux) avait déjà été testée. Ces dispositifs étaient généralement placés dans un milieu de transport liquide lors du prélèvement. Mais il s’agissait là de procédures malaisées et relativement coûteuses.

L’expérience relatée récemment dans le BEH a elle été réalisée à partir d’un «écouvillon sec», d’un maniement simple et peu coûteux, et pouvant être adressé aux femmes et renvoyé à un laboratoire par la poste. L’expérience a été menée dans quatre centres: un centre d’orthogénie et un centre de consultation de gynécologie d’un CHU, ainsi que deux centres d’examens de santé.

Différents prélèvements génitaux étaient réalisés pendant la consultation. Un kit d’autoprélèvement était ensuite remis aux volontaires, comportant des écouvillons et une notice explicative. Les femmes réalisaient les autoprélèvements dans le bureau du médecin ou à proximité (toilettes, vestiaires), avant l’examen gynécologique.

Plus de 700 femmes ont participé à cette expérience. Parmi elles, 14% disent avoir rencontré quelques difficultés, notamment pour évaluer la profondeur préconisée ou la façon d'introduire l’écouvillon. Près de 9% ont fait état d’une douleur ou d’une sensation désagréable. Après vérification et comparaison des résultats virologiques obtenus, l'équipe dirigée par Alain Goudeau et Ken Haguenoer a conclu à une efficacité comparable à celle des prélèvements effectués par des médecins.

«Cet autoprélèvement vaginal nous semble une méthode performante et efficace, estime le professeur Goudeau. Elle pourrait permettre de faire bénéficier du dépistage de ce cancer des femmes qui, aujourd’hui, sont de fait exclues des programmes existants.»

Il existe également deux vaccins recommandés par les autorités sanitaires contre le cancer contre l’utérus, le Gardasil® et le Cervarix®. Mais leur injection ne permet pas de faire l’économie de ce dépistage, et leur coût ainsi que leur véritable intérêt en termes de santé publique font toujours l’objet d’une polémique.

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau Journaliste

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