Européennes 2014France

Si la France votait avec le système électoral allemand, trois partis supplémentaires seraient représentés au Parlement européen

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 26.05.2014 à 12 h 57

Nicolas Dupont-Aignan, en 2011.

Nicolas Dupont-Aignan, en 2011.

Environ 15% des Français ne disposeront d'aucune représentation au Parlement européen. À eux six, les partis qui vont envoyer des eurodéputés à Bruxelles (dans l'ordre d'arrivée, FN, UMP, PS, UDI-MoDem, EELV et Front de gauche) représentent en effet environ 85% des suffrages exprimés ce dimanche 25 mai.

Les voix restantes, elles, sont «gâchées» car elles sont allées à des partis qui n'ont dépassé 5% des voix dans aucune circonscription: celui qui passe le plus près de ce seuil est Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, qui fait environ 4,6% des voix dans la circonscription Massif central-Centre.

Chez notre voisin allemand, le système électoral utilisé pour les élections européennes est quelque peu différent. Déjà, car l'élection se fait dans le cadre d'une seule circonscription nationale, et non pas, comme en France, de circonscriptions régionales –les chercheurs en sciences politiques Bernard Dolez et Annie Laurent ont montré, dans une étude publiée en 2010, que ce système hexagonal des grandes régions handicapait les partis «moyens» recueillant entre 5% et 10% des voix, car ceux-ci sont souvent un peu justes pour décrocher un siège dans les plus petites régions.

Mais l'Allemagne innove aussi car, comme dans treize autres pays européens, il n'y a pas de seuil nécessaire pour être admis à la répartition des sièges, depuis une décision récente de la cour constitutionnelle de Karlsruhe (ce seuil était auparavant de 5% puis de 3%). Cela explique que beaucoup plus de partis allemands vont être représentés au Parlement européen: ils seront au total quatorze, dont le Parti pirate, les défenseurs des animaux ou encore les néonazis du NPD.

Voici à quoi ressemblerait la répartition des sièges au sein de la délégation française du Parlement européen si la répartition s'y faisait «à l'allemande», sur une seule circonscription et sans seuil. Elle est calculée au vu des résultats disponibles lundi 26 mai à 12h –il manque donc ceux des Français de l'étranger– avec, entre parenthèses, la différence en nombre de sièges avec le vrai résultat.

  • FN: 25%, 20 sièges (-4 sièges)
  • UMP: 20,8%, 17 sièges (-2 sièges)
  • PS: 14%, 11 sièges (-2 sièges)
  • UDI-MoDem: 9,9%, 8 sièges (stable)
  • EELV: 8,9%, 7 sièges (+1 siège)
  • Front de gauche: 6,6%, 5 sièges (+1 siège)
  • Debout la République: 3,8%, 3 sièges (+3 sièges)
  • Nouvelle Donne: 2,9%, 2 sièges (+2 sièges)
  • Nous Citoyens: 1,4%, 1 siège (+1 siège)

Trois partis supplémentaires auraient donc fait leur entrée au Parlement européen: Debout la République, Nouvelle Donne et Nous Citoyens –sachant par ailleurs que les électeurs français ont voté en connaissant a priori ce seuil de 5%, ce qui a pu les décourager de se prononcer en faveur de plus petits partis.

J.-M.P.

Article actualisé le lundi 26 mai à 13h avec un nouveau calcul de la répartition hypothétique des sièges fondé sur les derniers résultats, qui fait disparaître LO de notre Parlement européen fictif. Par ailleurs, contrairement à ce que nous avions écrit dans une première version, il n'y a pas de seuil minimal de 1% pour accéder à la répartition des sièges en Allemagne (merci à Frédéric Happe de l'AFP-Berlin qui nous a signalé cette erreur).

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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