Européennes 2014 / France

Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de cette élection un succès pour les Verts, sauf un: Cohn-Bendit

Temps de lecture : 2 min

Europe Ecologie-les Verts voit son score presque divisé par deux pour ces européennes par rapport à celles de 2009. Le parti n’a pas su compenser l’absence de Daniel Cohn-Bendit.

Fontenay-sous-Bois, dans la région parisienne, le 25 mai. REUTERS/Charles Platiau
Fontenay-sous-Bois, dans la région parisienne, le 25 mai. REUTERS/Charles Platiau

«On fait Rocky 2 sans Rocky.» Au moment de la désignation des candidats du parti pour les élections européennes, en décembre dernier, Jean-Vincent Placé avait raillé la bande des «Bruxellois», ces députés européens élus en 2009 qui étaient parvenus à verrouiller les têtes de liste en vue du scrutin de dimanche.

Le sénateur moquait alors leur ambition de réitérer le score historique obtenu par les Verts il y a cinq ans —16,28%— sans leur emblématique chef de file, Daniel Cohn-Bendit. A 70 ans, l’ancien héraut de Mai-68 a décidé de passer la main, après avoir siégé pendant vingt ans sur les bancs du Parlement européen. Et son ombre n’a cessé de planer sur la campagne d’EELV pour ces européennes.

Les Verts ont convoqué ces dernières semaines les mânes de la campagne «mythique» de 2009: retour de l’appellation «Europe Ecologie»; meeting-procès en l’honneur de Daniel Cohn-Bendit à trois jours du scrutin; médaillon photo «avec le soutien de Daniel-Cohn Bendit» apposé sur les affiches… Rien n’y a fait. L’alliance originale entre la société civile et un parti politique n’a, cette fois-ci, pas convaincu.

France 2 n’a de plus pas diffusé un film à fibre écolo le vendredi précédant le scrutin, comme ce fut le cas avec le «Home» de Yann Arthus-Bertrand il y a cinq ans. Le parti échoue aujourd’hui à un peu moins de 9% des voix. Cécile Duflot s’est félicitée de «la très bonne résistance des écologistes». Mais dans un contexte d’effondrement du Parti socialiste, EELV pouvait légitimement espérer récupérer les déçus de la gauche. Sans doute la présence sur la grille de départ du parti de Pierre Larrouturou, Nouvelle Donne, qui a obtenu 3% des voix, a-t-elle aussi joué.

Les européennes représentent traditionnellement une élection importante pour les Verts, parti «europhile» profitant du mode de scrutin proportionnel pour obtenir des élus. Ils surpassent cette année leur score de 2004 (7,41%), mais restent en-dessous de celui de 1999 (9,72%), époque où Daniel Cohn-Bendit menait déjà la liste écologiste. Un semi-échec donc, au lendemain d’élections municipales réussies, qui ont vu le parti emporter de grandes villes comme Grenoble et obtenir en moyenne 12% des suffrages.

José Bové a tenté, en vain, de reprendre le flambeau laissé par Cohn-Bendit, allant jusqu’à s’afficher sur scène avec Bertrand Cantat pour un meeting-concert à Bordeaux la semaine dernière. Mais des seize députés sortants estampillés Europe-Ecologie, il ne devrait en rester que six ou sept dans la prochaine assemblée.

Les écologistes ont eu beau jeu de dénoncer une campagne trop courte – huit semaines – dans la foulée des municipales qui se sont tenues fin mars. «La dernière fois, on avait huit mois de campagne et le talent de pédagogie de Dany», s’est désolé Pascal Durand, nouveau député européen d’Ile-de-France. L’objectif de dépasser les 10% et de concurrencer le centre pour la quatrième place est venu s’écraser sur cette réalité : la campagne, transformée en tournée d’adieu de Daniel Cohn-Bendit, qui s’est affiché à la une des magazines, n’a jamais réussi à décoller.

«Dany», parti pour le Brésil réaliser un documentaire dans le cadre de la Coupe du Monde de foot, a promis de revenir en 2019 si le président de la Commission européenne devait être élu au suffrage universel direct. De quoi laisser espérer du côté des Verts un scénario à la Rocky 3.

Olivier Faye

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