Européennes 2014France

Européennes: comment déterminer les vainqueurs et les vaincus?

Olivier Biffaud, mis à jour le 25.05.2014 à 18 h 16

Selon le parti, dimanche soir, il faudra surveiller le nombre de sièges, l'ordre d'arrivée, l'évolution par rapport à 2009 voire... les scores des partis frères dans les autres pays.

Une bataille de chiffres et de taux commencera, dimanche 25 mai, dès 20 heures: l'heure à laquelle, estimations des instituts de sondage aidant, seront connues les premières tendances des résultats des élections européenne en France –ainsi que dans la plupart des pays de l'Union où le scrutin sera déjà clos.

Les déconvenues vont sans doute se ramasser à la pelle pour les principales formations politiques, celles susceptibles d'envoyer des députés siéger au Parlement européen.

Abstention: le record de 2009 sera-t-il battu?

La première sera la participation: tous les partis ont appelé les électeurs à se déplacer pour conforter leur position, mais sans grand succès, puisque le taux d'abstention devrait s'établir autour de 60%. Ce qui pourrait constituer un nouveau record absolu pour ce type de scrutin, le précédent s'étant établi à 59,37% en 2009.

Un tel désintérêt n'est évidemment pas un très bon signe de vitalité de la démocratie alors même que des centaines de millions de citoyens n'ont pas le «loisir» de s'exprimer librement dans les urnes sur la planète! Il est tout de même paradoxal soit de louer la construction soixantenaire de l'Europe, soit d'accabler Bruxelles de tous les maux et de ne pas se déplacer quand l'occasion se présente de donner son opinion. Cette abstention, tous les partis la redoutent.

FN: la place plus surveillée que le score

Fort de la vague d'euroscepticisme et de la focalisation médiatique sur l'immigration qui sont pain béni pour elle, Marine Le Pen est en passe de multiplier par six ou sept, voire plus peut-être, la représentation européenne de son parti.

Actuellement, le FN à trois eurodéputés –elle-même, son père et Bruno Gollnisch– qui siègent chez les «non inscrits». Avec une représentation qui pourrait osciller entre 18 et 24 élus, le Front national provoquerait un coup de tonnerre dans le ciel politique français... et européen. Ce résultat le placerait comme l'incontestable vainqueur de ce scrutin proportionnel à un seul tour.

Mais c'est moins son nombre d'élus, dont tout le monde s'attend à ce qu'il explose le compteur de 2009, que l'ordre d'arrivée du parti qui va retenir le plus l'attention. Pendant des mois, la présidente du FN et ses lieutenants ont assuré qu'il représentaient le «premier parti de France». Au regard des résultats des élections municipales, cette affirmation ne s'est pas vérifiée, et de très loin, mais la percée frontiste est indubitable.

S'il parvient à sortir gagnant de son coude-à-coude avec l'UMP, le FN sera le double vainqueur du scrutin du 25 mai. Mais si le parti de Jean-François Copé le devançait, ne serait-ce que de quelques dixièmes de point, le résultat serait interprété comme une déconvenue pour Le Pen fille tant elle a investi –politiquement et médiatiquement– sur cette place de «premier parti» français. A n'en pas douter, certains y verraient même un «revers», voire un «échec», par un effet d'exagération mal contrôlé.

Il n'en demeure pas moins qu'un telle configuration ternirait ce qui serait, malgré tout, une «divine surprise» électorale, selon une terminologie qu'affectionne l'extrême droite. Il est vrai que, si Marine Le Pen cherche en premier lieu un résultat qui marque les esprits sur le plan national, elle ne dédaignerait pas de pouvoir se placer comme cheffe de file unique et incontestée des anti-européens vis-à-vis de ses partenaires potentiels... ou de son principal concurrent, l'Anglais de l'Ukip Nigel Farage.

UMP: réduire les pertes et garder la tête

Pour l'UMP, les choses se présentent de façon symétrique. Premier parti d'opposition dans les élections nationales, la formation conservatrice joue aussi une partie de sa crédibilité psychologique dans l'ordre d'arrivée le 25 mai. Gagnante de la consultation en nombre de suffrages exprimés, l'UMP parachèvera sa victoire écrasante des municipales dont chacun a pu constater que son président, Jean-François Copé, n'avait tiré aucun profit politique. Bien au contraire, tout se passerait alors selon une formule cruelle: «A chaque fois, c'est l'UMP qui gagne... et à la fin, c'est Copé qui perd!»

Mais premier ou second des européennes, le parti porte-drapeau de la droite va laisser des plumes en terme d'élus. Associée au Nouveau centre de Hervé Morin et à la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel (ex-PS) en 2009, l'UMP avait obtenu 29 sièges avec près de 28% des voix, puis un siège supplémentaire en 2011 lors de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Pour l'instant, les derniers sondages le créditent plutôt d'un score autour de 21% à 23%, ce qui lui ferait perdre près d'une dizaine d'élus.

EELV: limiter la casse

La configuration pré-électorale est sensiblement de même nature pour les écologistes. Regroupés sous la bannière d'Europe Ecologie, ils avaient bénéficié du charisme de Daniel Cohn-Bendit en 2009, talonnant le PS avec 16,28% des voix. Soit quatorze élus, auxquels Yves Cochet était venu s'ajouter en 2011, toujours en application du traité de Lisbonne.

Privés de leader pour conduire leur campagne en 2014, ils sont crédités, dans les sondages, d'un score plus proche de celui de 2004 (7,4%, 6 sièges) que de celui de 2009. Selon les instituts, les intentions de vote en leur faveur varient de 8,5% à 10%.

Le PS rêve d'être sauvé par Schulz...

A côté du gagnant, dont la victoire pourrait être mitigée, et des deux perdants, au moins en nombre de sièges, qu'en sera-t-il pour le PS, la gauche de la gauche et les centristes? Si la troisième place promise aux socialistes associés aux radicaux de gauche n'est pas très enthousiasmante pour François Hollande, Manuel Valls et la direction du PS, il n'en reste pas moins que cet échec apparaitrait moins comme une catastrophe que le résultat des municipales.

Cette interprétation serait évidemment valable, si et seulement si, le score du PS n'est pas inférieur à 16,5% des suffrages, le score (déjà très mauvais) recueilli par le parti en 2009. Pour tout dire, l'affaire n'est pas gagnée, le score du PS oscillant, selon les instituts, entre 16% et 18%.

S'il reste dans ces eaux là, le PS peut espérer conserver la petite quinzaine de siège qu'il détient dans le Parlement élu en 2009. Et comme il a misé l'essentiel de sa campagne sur Martin Schulz, candidat des socialistes européens pour la présidence de la Commission, il la jouera «international», contrairement au Front national qui a fait une campagne strictement «hexagonale». Gageons que les socialistes matraqueront l'élément de langage qui en découle: «Nous faisons partie du premier (ou plus probablement du deuxième) groupe politique du Parlement.»

... et Mélenchon par Tsípras

Enfin, pour les deux dernières formations (les eurosceptiques rassemblés dans le Front de gauche et les europhiles de l'UDI et du MoDem associés dans L'Alternative), c'est la stabilité qui pourrait l'emporter.

Les premiers, si les sondages se vérifient, resteraient avec cinq eurodéputés dont le co-président du FG, Jean-Luc Mélenchon, et les centristes avec 6 représentants. Si la gauche de la gauche française ne semble pas promise à faire la percée qu'elle espère sur le plan national au détriment du PS, en revanche, elle pourrait se satisfaire de la percée de Syriza, la gauche de la gauche grecque, emmenée par Aléxis Tsípras, candidat à la présidence de la Commission européenne. Ce parti est donné gagnant en Grèce. Pour Mélenchon, un résultat modeste à Paris serait alors compensé par une vraie victoire à Athènes.

Les centristes eux aussi gèrent un petit capital qui ne grossit guère alors que cette consultation aurait pu être le phare de leur combat... si l'euroscepticisme exacerbé n'avait pas été le moteur d'une campagne qui n'aura duré vraiment qu'une grosse semaine.

Olivier Biffaud

Olivier Biffaud
Olivier Biffaud (28 articles)
Journaliste
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