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Se baigner dans la piscine du Molitor, est-ce plus cher aujourd'hui que dans les années 1930?

Aude Deraedt, mis à jour le 21.05.2014 à 18 h 23

Photo issue du site du Molitor

Photo issue du site du Molitor

La réouverture du Molitor a suscité bien des critiques, notamment sur ses tarifs, jugés «prohibitifs» par les médias et la ville de Paris. Mais cette piscine a-t-elle un jour été populaire? Les tarifs pratiqués sont-ils plus prohibitifs que lorsqu'elle avait ouvert ses portes dans les années 1930? Nous nous sommes penchés sur les archives.

En 1929, une baignade dans les somptueux bassins Art déco coûtait dix francs.

Mais, dix (anciens) francs, on ne sait plus très bien ce que ça vaut. Si on les transforme en euros (en prenant en compte l’inflation), ça nous serait revenu, aujourd’hui, à 5,75 euros. Et déjà, à l’époque, il ne permettait pas aux ouvriers de se baigner.

Dans un article du quotidien Le Populaire datant du 18 septembre 1929, année d’ouverture de la piscine Molitor dans le XVIe arrondissement de Paris, un journaliste alertait ses lecteurs sur le prix prohibitif de la baignade.

«Il faut déchanter: les prix du nouvel établissement –entrée 10 francs, maillot 2 francs sans compter le pourboire– ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Certes dimanche le prix est fixé à cinq francs, ce qui est déjà suffisant. Mais les autres jours, la somme à débourser pour se baigner en éloigne les travailleurs.»

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A titre de comparaison, le prix d’un kilo de pain était en 1929 de 2,15 francs, celui d’un journal, de 0,30 francs. On pouvait même se payer un bon restaurant pour moins de 15 francs à Paris, si l’on en croit les journaux de l’époque.

Les ouvriers, eux, ne gagnaient alors que 3,75 francs par jour. Il leur fallait donc dépenser trois jours de salaire pour piquer une tête dans l'un des deux bassins Art déco de Molitor.

Les tarifs excessifs du nouveau Molitor n’ont donc pas tellement changé. Pour accéder à la piscine, vous avez le choix:

  • Soit vous payez un abonnement à l'année pour faire partie des 1.000 personnes membres du «club»: 1.200 euros de droit d'entrée et 3.300 euros de cotisatisation, soit 4.500 euros, c'est-à-dire plus de trois mois de smic brut (donc davantage en net).
  • Soit vous vous payez une chambre à l'hôtel: à partir de 390 euros pour une personne pour une nuit sur le site du Molitor (ou un peu moins cher en passant par un site prestataire, tel que celui d'Accor Hotel, où on peut trouver un chambre pour 270 euros), soit au smic horaire de 9,53 euros brut, environ 30 heures de travail, c'est-à-dire presque quatre journées de 8 heures.

L'équivalent (ou un peu plus cher) que dans les années 1930, donc.

A l'époque déjà, des conseillers s'étaient élevés contre les tarifs de Molitor dans les bulletins officiels de la ville de Paris. En 1935, plusieurs d’entre eux avaient d’ailleurs demandé une réduction des tarifs pour les personnes membres d’association sportive. Un épisode qui rappelle celui de la ville demandant aujourd'hui que la piscine soit accessible trois demi-journées aux élèves du quartier.

En 1929, la piscine était d'ailleurs surtout un lieu mondain. Expositions et défilés haute couture remplaçaient à la nuit tombée les Parisiens venus se baigner. C'est d'ailleurs là que le premier bikini est né, en 1946. Et quand elle n'accueillait pas les personnalités les plus aisées de Paris, nageurs professionnels et patineurs traversaient le bassin d'hiver lors de compétitions sportives nationales. Exception faite du sport, finalement, l'esprit du Molitor est toujours le même.

A.D.

Aude Deraedt
Aude Deraedt (37 articles)
Journaliste
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