Parents & enfants / France

Prérentrée décalée: les profs sont contents, mais qui pense aux parents?

Temps de lecture : 3 min

Une école à Nice, le jour de la rentrée, le 3 septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard
Une école à Nice, le jour de la rentrée, le 3 septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard

La rentrée est décalée. Voilà une info inattendue et un scénario étrange comme les acteurs de l’Education nationale savent les écrire: une revendication salariale –justifiée si on compare le salaire des profs français à celui de leurs homologues européens, et partagée par de nombreux autres métiers– qui débouche sur une annonce du décalage de la prérentrée. Une histoire qui reflète surtout le fonctionnement en vase clos de l’institution.

Le Snes-FSU se satisfait que le ministère accède à une de ses demandes: décaler la prérentrée.

Selon le syndicat (majoritaire), la prérentrée en août était très mal perçue dans les salles de classe, une mesure vexatoire pour ainsi dire, et une désorganisation des vacances des enseignants. De plus, les enseignants qui changeaient d’académie se trouvaient dans un trou noir administratif car légalement les «transferts» auraient toujours eu lieu le 1er septembre. Bref, la prérentrée en août n’avait pas été bien préparée du côté de l'Éducation nationale.

Supprimer la prérentrée est impossible. Et même impensable pour Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN (syndicat majoritaire des personnels de direction):

«Cette journée est essentielle pour accueillir les nouveaux, régler les problèmes d’emploi du temps, vérifier la composition des classes, parler des élèves, faire quelques photocopies, donner les clés des salles, vérifier la bonne mise en route de l’organisation de l’année. Et puis ministère nous propose un nouveau référentiel dans lequel il nous incite fortement à favoriser le travail en équipe et la prérentrée sert justement à jeter les bases de ce travail pour une année. La supprimer serait absurde.»

Certains profs, beaucoup d’instituteurs (professeurs des écoles), étaient catastrophés à l’idée d’une suppression:

Oui c’est possible!

Cette journée est essentielle, dont acte, Benoît Hamon a décalé la rentrée des élèves au 2 septembre. Fin de l’histoire?

Personne n’a parlé des familles! Notamment parce que les journalistes spécialistes de l’éducation manient le corps professoral avec des pincettes et sont très enseignants-centrés (je crois même que c’est aussi un peu mon cas!). Pourtant, cette prérentrée constitue un problème pour nombre de parents.

En effet, dans les entreprises, les services publics, etc, le premier lundi de septembre est aussi le jour où les équipes de retrouvent au complet, un jour de réunion, de retrouvailles, d’organisation, bref un jour de rentrée. Certains et souvent certaines ne peuvent pas y participer parce qu’ils ont leurs enfants sur les bras. Les centres de loisirs, qui occupent les écoles, sont fermés ce jour-là puisque les locaux sont pris (c’est le cas à Paris). Et on n’a pas tous quelqu’un sous la main pour garder nos enfants ni la possibilité d’emmener nos enfants au travail. Nous avions publié un article à ce sujet

En septembre 2014, une fois encore, les familles s’arrangeront pour s’organiser. Mais quand un tel report est annoncé, si on résume, pour des raisons de vacances (l'argument du SNES) et d’organisation (impossible de se passer de cette journée) il pourrait être intéressant, habile même, de se soucier, au moins verbalement, de ces familles.

Idem quand l’Education nationale réquisitionne les collèges comme centre d’examen mi-juin, que l’année s’arrête trois semaines avant la fin théorique des cours, et qu’il revient aux parents de se débrouiller pour surveiller leurs ados qui sont censés avoir classe.

Faire comme si tous ces problèmes n’existaient pas donne simplement le sentiment que l'institution y est indifférente.

Alors, cher Monsieur le ministre de l’Education nationale, vous avez l’air d’être à l’écoute si l’on en juge par vos dernières décisions, nous avons un conseil à vous donner: adressez-vous également aux familles. Cela permettrait de faire passer un message important, même pour les profs qui ont bien besoin du soutien éducatif des parents: l’école est autant l’affaire des 12 millions d’élèves qui la fréquentent et de leurs parents que celle des enseignants.

Chers lecteurs, j’attends vos commentaires.

L.T.

Louise Tourret Journaliste

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