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Et si on reparlait de la contraception pour hommes?

Hélène Ferrarini, mis à jour le 23.05.2014 à 15 h 51

Le fait de ne pas avoir d'enfants ne concerne pas que les femmes. Certains hommes en sont conscients et pallient les manques de la médecine actuelle pour répondre à leurs préoccupations.

Un surfeur en février 2013 au Brésil. REUTERS/Ricardo Moraes

Un surfeur en février 2013 au Brésil. REUTERS/Ricardo Moraes

Un nouveau modèle contraceptif se dessinerait-il en France? C'est la question que se pose un récent rapport de l'Ined et de l'Inserm. Depuis les controverses sur les pilules de 3e et 4e génération, une femme sur cinq a changé de contraception: moins de pilule, plus de stérilet. Plus de méthodes contraceptives où l'homme a un rôle à jouer aussi, comme le préservatif (+3,2%) et le retrait (+3,4%).

Autre signe d'une réorganisation de la contraception en France, dont ne parle pas l'enquête Inserm-Ined: un regain d'intérêt pour les autres méthodes de contraception masculine. Ce phénomène –qui reste marginal mais n'est pas dénué de force symbolique– se concrétise par une hausse des consultations chez les rares spécialistes de contraception masculine et la renaissance de l'Ardecom.

L'Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine, active de 1979 à 1986, reliait alors des groupes d'hommes qui souhaitaient prendre en main leur contraception. Or des groupes de ce type se sont récemment remontés à Paris, Lyon, Toulouse, explique Pierre Colin, le président de l'association. Une renaissance qui, selon lui, ne serait pas sans lien avec «la remise en question des pilules féminines».

Alors que l'on a tendance à voir dans la contraception masculine, et notamment la «pilule pour homme», un serpent de mer que l'on nous annonce souvent mais qui n'arrive jamais, des hommes n'ont pas attendu pour mettre au point des méthodes de contraception.

L'option hormonale, thermique...

Dans le contexte des années 1970, propice aux essais en tout genre, des groupes d'hommes se forment pour évoquer sexualité, rapport au corps, fécondité, et de fil en aiguille ils en viennent à expérimenter des contraceptions masculines nouvelles. Cyril Desjeux, auteur d'une thèse sur les pratiques, les représentations et les attentes contraceptives des hommes, recense à la fin des années 1970 et aux débuts des années 1980 des groupes d'hommes en liaison avec l'Ardecom à travers toute la France. Le sociologue écrit:

«Le début des années 1980 est une période très dynamique: on voit rapidement se mettre en place des groupes d'expérimentation de contraception masculine (hormonale ou thermique)... Les médecins et les volontaires qui prennent part aux essais ont le sentiment d'écrire une page de l'histoire en mettant au point le premier contraceptif masculin. Entre 1979 et 1983, la contraception masculine se trouve alors en pleine ébullition et un sentiment d'excitation est encore palpable dans le discours des enquêtés. On voit clairement se dessiner le début de la courbe en "S" qui annonce la possibilité pour une méthode de devenir une innovation.»

La principale méthode développée fut hormonale. Elle consistait en la prise de cachets quotidiens de progestatif associée à l'application cutanée d'un gel à base de testostérone. Mise au point par le Dr Soufir, cette méthode a aujourd'hui évolué en une injection hebdomadaire de testostérone.

L'option radicale

Le groupe de Toulouse qui souhaitait éviter la prise d'hormones explora l'option thermique. Partant du principe que la chaleur stoppe la spermatogénèse, ils mirent au point un slip poétiquement surnommé le «remonte-couille toulousain», ou RCT pour les intimes, qui comme son nom l'indique permet de remonter les testicules contre le corps. Leur température, élevée ainsi de quelques degrés par ce «slip chauffant», entraîne l'arrêt de la production de spermatozoïdes. Cette méthode, sans hormone, a été étudiée par le Dr Mieusset, qui la prescrit toujours au CHU de Toulouse.

Existe aussi une méthode chirurgicale, la vasectomie, qui consiste à sectionner les canaux déférents pour empêcher le passage des spermatozoïdes dans le liquide spermatique. Autorisée en France comme moyen contraceptif à partir de 2001, les hommes souhaitant y avoir recours trouvèrent tout de même des médecins pour la pratiquer avant cette autorisation. Cyril Desjeux raconte:

«Cependant, le nombre d'hommes expérimentant la contraception restera restreint et cette méthode sera finalement une invention socialement sclérosée. En effet, dès 1984, cet élan pour le développement d'une contraception pour les hommes s'essouflera, les essais s'arrêteront progressivement et finiront par basculer dans l'oubli vers la fin des années 1980".»

Des effets secondaires –comme l'augmentation de la pilosité de la partenaire par le gel à la testostérone– mais surtout le contexte des années 1980 avec l'essoufflement de certains mouvements militants et l'arrivée du VIH mirent fin à ces expériences. Le tout-préservatif mit un voile sur ses méthodes alternatives, qui tombèrent dans un oubli qui ne fut toutefois jamais total.

«Il y a eu des hommes qui ont continué à utiliser ces méthodes. Les groupes Ardecom n'ont jamais complément disparu, explique Pierre Colin, le président de l'association. La volonté de certains hommes d'assurer leur contraception a toujours existé.»

Un renouveau?

Et aujourd'hui, on assiste à un regain d'intérêt. Les groupes qui se sont reformés réunissent des membres des années 1980, mais aussi «des jeunes», souligne Pierre Colin.

Un renouveau accompagné par la sortie d'un livre en 2012 sur l'histoire de la contraception masculine réalisé par les deux pontes du sujet, les docteurs Mieusset et Soufir. Et, en 2011, d'un documentaire réalisé par Philippe Lignières, lui-même membre du groupe toulousain dans les années 1980. Vade Retro Spermato retrace les expériences des débuts, mais donnent aussi la parole à des hommes qui utilisent ces méthodes de contraception aujourd'hui. Lors des projections du film, le réalisateur Philippe Lignières constate «un désir très fort. Il y a toujours un mec dans le public pour dire "moi aussi je veux rejoindre un groupe”...».

Pour l'Ardecom, il s'agit aujourd'hui de «faire connaître la possibilité d'un partage de la contraception entre l'homme et la femme. Avec une alternance par exemple, chacun pourrait prendre en charge la contraception pendant un temps». L'association s'est alliée au Planning familial et a rencontré à l'automne 2013 Najat Vallaud-Belkacem pour réfléchir aux moyens de communiquer sur ces contraceptions masculines. Pierre Colin explique:

«Nous cherchons des canaux pour faire connaître ses méthodes, dans les lycées, les collèges, mais aussi en formant les gynécologues, les médecins. Car le personnel médical est aujourd'hui très peu informé.»

Aujourd'hui, ces méthodes, qui ont pourtant fait leur preuve et dont le protocole a été validé par l'OMS, reste de l'ordre du confidentiel, avec seulement deux médecins hospitaliers (Dr Soufir à l'hôpital Cochin de Paris et Dr Mieusset à Paule de Viguier/Purpan à Toulouse) qui prescrivent des contraceptions hormonales masculines en France.  

Hélène Ferrarini

Hélène Ferrarini
Hélène Ferrarini (23 articles)
Journaliste
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