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Diarrhée mortelle: plus d'exportations de porcs américains et canadiens vers la France

Jean-Yves Nau, mis à jour le 06.05.2014 à 22 h 17

Les Etats-Unis ont entendu les menaces françaises. Les animaux sont mis en quarantaine.

Des porcs dans l'Indiana, en 2012. REUTERS/John Gress

Des porcs dans l'Indiana, en 2012. REUTERS/John Gress

Pas d’embargo de la France mais, en retour, des concessions sanitaires des Etats-Unis et du Canada. Un accord a pu être trouvé in extremis, mardi 6 mai, entre la Commission européenne et les gouvernements américain et canadien sur le dossier de la diarrhée épidémique porcine (DEP) qui décime actuellement les élevages nord américains.

«A Bruxelles nous sommes en définitive parvenus à un premier compromis qui permet de maintenir une protection sanitaire des élevages français et européens, a déclaré à Slate.fr Jean-Luc Angot, directeur général adjoint de Direction générale de l'alimentation (DGAL) et chef des services vétérinaires du ministère de l’Agriculture. Ce compromis fait suite à la décision de Paris de prendre des mesures d’interdiction des importations à risque si des mesures sanitaires n’étaient pas prises.»

La France avait annoncé vendredi 2 mai qu’elle décrèterait un embargo dès le lendemain sur les porcs et les produits bovins américains et canadiens pour prévenir le risque d’importation du virus de la DEP sur le sol français. «Quand on voit les chiffres, il y a de quoi être inquiet. Il y a peu de maladies qui provoquent une si forte mortalité à une si grande échelle, expliquait alors Jean-Luc Angot. Si la diarrhée épidémique porcine apparaissait dans des régions comme la Bretagne, qui concentre l’essentiel de la production porcine, cela serait dramatique.»

Puis le gouvernement français décidait de suspendre la publication d’un arrêté initialement programmé pour le Journal Officiel du 3 mai.

En dépit des menaces sanitaires manifestes, Paris n’avait pas été suivi sur ce terrain. Ni le Danemark, ni les Pays Bas ni l’Allemagne (trois pays gros producteurs) n’avaient jugé nécessaire de se protéger de la menace infectieuse nord-américaine. «Il faut savoir que ces pays ont soit peur des représailles soit des intérêts économiques croisés avec les élevages porcins des Etats-Unis et du Canada», explique à Slate.fr un bon connaisseur de ce secteur.  

«Pour l’heure, les termes de l’accord trouvé nous semblent constructifs, précise Jean-Luc Angot. Les Etats-Unis et le Canada ont pris l’engagement de ne plus exporter de porcs vivants qui sont mis en quarantaine. La question sera revue lors de la prochaine session de l’Organisation de la santé animale (OIE) prévue à Paris. Une solution technique a d’autre part être trouvée. Elle concerne une nouvelle méthode de chauffage des plasmas sanguins porcins qui sont utilisés comme matière première pour aliments destinés aux porcs mais aussi aux pet foods des animaux domestiques. La nouvelle méthode de chauffage du sang porcin permet une inactivation du virus pathogène et prévient ainsi son recyclage et sa dissémination.» 

Les derniers éléments scientifiques disponibles convergent pour dire que le virus de la DEP est arrivé il y a un an aux Etats-Unis en provenance de Chine et selon toute vraisemblance par l’intermédiaire d’aliments dont les matières premières porcines avaient été insuffisamment désinfectées.

La maladie a déjà tué plus de sept millions de porcelets aux Etats-Unis, où le prix de la viande de porc atteint des records. La Chine et le Japon ont déjà imposé des restrictions contre les importations de porcs et de sous-produits porcins américains.

L’épidémie a atteint le Mexique et menace le Brésil. Indirectement, elle menace aujourd’hui l’approvisionnement en porcs de la Russie. Ce pays assurait en effet l’essentiel de ses importation depuis le continent américain après avoir décrété fin janvier un embargo sur l’ensemble des productions porcines de l’Union européenne; productions qu’elle tient pour suspectes d’être infectées par l’agent de la peste porcine africaine. Estimant cet argument disproportionné, la Commission européenne a engagé en avril et devant l’OMC une action contre Moscou.

J-Y.N.

Jean-Yves Nau
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Journaliste
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