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Manuel Valls cite Pascal: exercice de fact-checking philosophique

Valentin Schmite, mis à jour le 08.04.2014 à 16 h 23

Dans un discours de politique générale, le tout n'est pas d'introduire des phrases de philosophe. Encore faut-il les utiliser à bon escient.

Blaise Pascal via Wikimedia Commons

Blaise Pascal via Wikimedia Commons

«La justice sans la force est impuissante, et la force sans la justice est tyrannique.»

Le nouveau Premier ministre lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale a cité son «ami» Pascal... A l’ère du fact-checking politique et économique, voici un exercice de fact-checking philosophique.

La 103e pensée de Pascal (dans les éditions Lafuma), intitulée «Justice force» doit être interprétée de façon complète pour pouvoir comprendre de quoi il s’agit.

«La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique»

Ce sont ces deux phrases qui ont été citées par Manuel Valls à 15h38 ce mardi 8 avril. Son propos est de «redresser la France en la redressant dans la justice». Manuel Valls promet par la suite de «tout faire» pour que «notre pays soit fort et juste». Pour appuyer son propos, il en vient à l’argument d’autorité en citant Pascal. Mais, si la phrase est bien présente dans les Pensées, elle n’a pas le sens que Valls semble lui donner.

Pour le philosophe, les deux instances que sont la force et la justice sont intrinsèquement liées, et doivent fonctionner ensemble. Toutefois, il existe un ordre de répartition. La justice ne peut pas être première selon Pascal car elle est sujette «à dispute», écrit-il. En revanche, «la force est très reconnaissable et sans dispute».

C’est donc par la force qu’il faut imposer la justice. Et Pascal de continuer:

«Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste.»

La justice ne triomphe pas face à la force et c’est la force qui réussit à imposer sa propre conception de la justice.

«Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste»

C’est par ces mots que se termine la pensée de Pascal.

Deux hypothèses s'offrent ainsi à nous pour comprendre l'usage que fait Manuel Valls de Blaise Pascal. Soit le discours du premier ministre a été écrit sans comprendre la référence à Pascal, soit il a voulu, dans l’optique d’un discours de politique générale, imposer une force plus importante que la justice...

V.S.

Valentin Schmite
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