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Il y a 70 ans, les Françaises obtenaient le droit de vote. Huit d'entre elles témoignent

Camille Jourdan, mis à jour le 04.04.2014 à 12 h 05

Capture d'écran d'un reportage de l'Ina sur les municipales de 1945.

Capture d'écran d'un reportage de l'Ina sur les municipales de 1945.

C’est un autre 21 avril de la vie politique française: il y a 70 ans, le 21 avril 1944, le droit de vote était enfin accordé aux Françaises par une ordonnance du gouvernement provisoire installé à Alger. Le 29 avril 1945, elles votaient pour la première fois lors des élections municipales.

A l’occasion de cet anniversaire, la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) diffuse des témoignages de femmes qui ont participé à ce vote historique, enregistrés à l'été 2009. Au total, huit vidéos seront diffusées sur le site de la fondation.

On y retrouve déjà les témoignages d’Odette Roux et d’Etiennette Clauzure. La première avait 28 ans en 1945, la seconde 24.

«On l’a gagné, le droit de vote!»

Voilà ce que soutient Odette. Et elle n’est pas la seule. Toutes rappellent que les femmes ont remplacé les hommes pendant la guerre. Etiennette ajoute:

«Elles s’étaient manifestées dans la Résistance autant que les hommes, alors elles avaient droit au chapitre!»

Pourtant, certaines avouent qu’avant que ce droit ne leur soit accordé, elles n’y avaient jamais vraiment pensé. C’est par exemple le cas de Françoise Rogier, dont le témoignage sera diffusé dans les jours qui viennent:

«Je n’ai jamais pensé à faire une action pour obtenir ce droit de vote […] C’est après coup que j’ai trouvé les choses anormales, mais sur le moment, j’étais trop occupée par mon quotidien.»

A droite comme à gauche, très peu de femmes étaient alors engagées en politique. Rolande Trempé et Odette Roux, au PC, Etiennette Clauzure, au Parti radical, et Henriette Eliseche, qui avait tenté de battre le maire de sa commune, faisaient donc partie de ces «rares femmes». Odette raconte:

«Une femme qui s’occupait de politique, dans l’esprit des gens bornés, c’était fatalement une femme dont la vie n’était pas correcte.»

Les hommes s’efforçaient donc de les maintenir à l’écart. De manière «subtile», précise Rolande, en les empêchant par exemple d’assister aux réunions. Une division droite-gauche existait à ce niveau-là, comme l’explique Pierrette Ewald:

«Il y avait beaucoup de gens à gauche qui étaient pour […] et la droite avait un peu peur. Moi, j’étais de droite mais je n’avais pas peur.»

Peur de quoi? Que les femmes prennent leur place, selon Rolande. Car qui dit droit de vote, dit droit d’être élue. Mais c’est bien au PC que Rolande raconte avoir retrouvé les pneus de sa voiture dégonflés après avoir tenu une réunion.

Le 29 avril 1945 apparaît donc comme un jour historique pour les femmes françaises. Odette en avait conscience. Françoise raconte qu’elle était «heureuse d’y participer, de pouvoir enfin dire [son] mot». Mais Henriette ajoute un bémol:

«Nous étions très minoritaires […] Je ne sais pas si toutes les femmes ont profité de ce vote à ce moment-là. Il y en a qui n’y sont peut-être pas allées.»

Elle n’a pas tort. Paulette avoue qu’elle ne s’était pas rendue aux urnes:

«Tout le monde disait que les femmes n’avaient pas besoin d’aller voter.»

Malgré une progression des droits, les mentalités n’avaient donc pas encore totalement intégré ces changements. Odette, qui s’est éteinte début février, confiait en 2009 qu’elle se rendait souvent dans les collèges et les lycées pour dire aux jeunes, garçons et filles, de s’engager:

 «Ça donne un sens à la vie. Exercez votre esprit critique. Et si vous l’exercez bien […], il n’y aura peut-être pas 60% d’abstention à des élections, et vous serez des électeurs conscients de ce que vous faites.»

Camille Jourdan
Camille Jourdan (139 articles)
Journaliste
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