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Alain Bauer, le trait d'union entre Manuel Valls et Nicolas Sarkozy

Alain Bauer, Michel Rocard, Manuel Valls et Stéphane Fouks | Extrait du "Complément d'enquête" consacré à Manuel Valls et diffusé sur France 2 le jeudi 12 septembre 2013.

Alain Bauer, Michel Rocard, Manuel Valls et Stéphane Fouks | Extrait du "Complément d'enquête" consacré à Manuel Valls et diffusé sur France 2 le jeudi 12 septembre 2013.

Alain Bauer. C'est l'argument qui conforte tous ceux qui voient en Manuel Valls l'incarnation socialiste de Nicolas Sarkozy. Les médias ne se privent d'ailleurs pas de le présenter comme le trait d'union entre les deux hommes, l'un tout-nouveau Premier ministre, l'autre ancien Président de la République.

Il faut dire qu'Alain Bauer est tout à la fois parrain du deuxième fils de Manuel Valls et ancien proche conseiller de Nicolas Sarkozy sur tous les dossiers touchant à la sécurité –ce n'est pas pour rien que cet expert de la vidéosurveillance et passionné de criminologie a longtemps été présenté comme le «Monsieur Sécurité de Sarkozy».

Or forcément, lorsque l'on campe comme Manuel Valls le rôle du ministre de l'Intérieur au sein d'un gouvernement de gauche appelé à rompre avec la politique précédente, cette proximité avec un conseiller sécurité classé à droite suscite l'intérêt. D'autant plus quand celle-ci est la marque d'une amitié de plus de trente ans. D'autant plus aujourd'hui, alors que le voilà nommé comme successeur de Jean-Marc Ayrault à Matignon.

Manuel Valls n'a d'ailleurs pas attendu pour montrer qu'il prenait de la distance, au moins dans sa vie politique, avec Alain Bauer. Et pour tout faire afin de ne pas apparaître comme l'oreille à laquelle «chuchote un sarkoboy», pour reprendre un titre du Parisien en date d'octobre 2012.

Au lendemain de l'élection de François Hollande, Alain Bauer, à qui Nicolas Sarkozy avait confié bon nombre de charges publiques (administrateur de l’Institut national des hautes études de sécurité, administrateur de l’Institut national des hautes études de défense nationale et même officier de la Légion d’honneur, précise Rue89), «démissionne de ses trois dernières présidences officielles».

L'expert en sécurité, qui «n'a rien perdu de son influence» selon Le Figaro, à droite comme à gauche, s'efface et répète à l'envi:

«Je préfère perdre un poste qu'un ami.»

«Il ne peut pas travailler avec le ministre socialiste que je suis aujourd'hui.»

De son côté, Manuel Valls montre patte blanche. Et se fait catégorique quand on le bouscule en évoquant ses liens avec Alain Bauer. Ainsi dans un passage sur «On n'est pas couché», de France 2, repéré par le Lab d'Europe 1:

«Un ministre de l'Intérieur, c'est le ministre de l'Etat, et notamment de l'Etat de droit, et notamment des libertés, et donc je dois les respecter pleinement.Un ministre de l'Intérieur doit clairement marquer la séparation. Alain Bauer est un ami. Il a travaillé avec Nicolas Sarkozy, donc il ne peut pas travailler avec le ministre socialiste que je suis aujourd'hui.»

Le ministre semble allier la parole aux actes: il se défait ainsi des responsables de la police et de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur) «jugés trop proches de Nicolas Sarkozy», écrit Le Figaro.

Et à en croire Jean-Jacques Urvoas cité par Le Parisien, «rien ne porte la griffe de Bauer dans la politique de Valls. Et Manuel est beaucoup trop intègre pour prendre le risque de voir son action suspectée d'être sous l'influence d'une éminence grise...»

Un schisme politique qui aurait eu lieu dès la veille du second tour de l'élection présidentielle, à en croire L'Express et Le Monde. Les deux journaux se sont ainsi fait l'écho d'une soirée d'initiés, organisée le 5 mai 2012 chez Drouant, un restaurant chic près d'Opéra à Paris. Manuel Valls y était attendu. Il devait y rejoindre, entre autres représentants du gratin, «ses complices de toujours», écrit L'Express: Alain Bauer bien sûr, ou «Baubau» précise le Monde, mais aussi le «pape de la communication, Stéphane Fouks [vice-président de Havas, NDLR]». Sauf que Manuel Valls ne s'y rendra finalement pas: «In extremis, le porte-parole de la campagne du candidat socialiste a séché. Le lendemain, en effet, François Hollande joue sa place à l'Elysée», écrit Le Monde.

Valls et Bauer «à la vie, à la mort» sur les bancs de la fac

Valls, Bauer et Fouks: les trois hommes sont présentés comme inséparables. Et entre les deux premiers, L'Express affirme carrément que «c'est à la vie, à la mort».

Tous se sont rencontrés sur les bancs de la fac à Tolbiac, dans les années 1980. Dans un récent numéro de «Complément d'enquête» consacré à Manuel Valls et diffusé sur France 2 le jeudi 12 septembre 2013 (extrait ci-dessous), Stéphane Fouks et Alain Bauer reviennent d'ailleurs dans un sourire sur les premiers coups d'éclats de Manuel Valls dans les amphi de la fac.

Tous faisaient partie de la gauche rocardienne, «la deuxième gauche la réalité», qui cherchait à «sortir des fantasmes et des illusions», commente encore Alain Bauer sur la vidéo. Et de compléter dans Le Monde:

«On était déjà très sociaux-démocrates, pas très refaiseurs de monde.»

L'amitié dure, de l'université à la politique, en passant par la franc-maçonnerie, raconte L'Express: Bauer est initié à 18 ans, Valls le rejoint en 1989, avant de les quitter en 2002. 

Et si Manuel Valls s'evertue à tracer une démarcation claire entre l'intime et le professionnel, le criminologue lui, s'amuse à brouiller les pistes. Et glisse parfois donner des conseils à ce poids-lourd du gouvernement socialiste. Par touches.

Au moment de son arrivée à l'Intérieur, il concède ainsi du bout des lèvres à L'Express avoir «répondu aux questions posées par Manuel sur les personnalités des uns et des autres au moment de la constitution du cabinet». Il se fait en revanche bien plus affirmatif sur Canal Plus. «De temps en temps, on parle de sujets liés à sa fonction», peut-on lire sur Le Parisien qui rapporte ses propos. Et va même plus loin:

«Concernant les nominations relevant du ministre, il "arrive que Manuel Valls me demande mon avis sur des noms de fonctionnaires que je connais ou que j'ai connus", s'est-il même vanté. "C'est en général plutôt lui qui m'appelle".»

Bien loin donc de la barrière de sécurité soigneusement établie par Manuel Valls, qui confiait tout de même en 2008 être «globalement toujours en phase» sur les questions de sécurité avec son vieil ami, rapporte Le Monde. Qui ajoutait en 2012:

«Aujourd'hui, le ministre précise: "Je lui ai dit que je regrettais qu'il ait travaillé pour Sarko, car je ne peux plus le prendre dans mon cabinet."»

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