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Manuel Valls, de Barcelone à Matignon: le parcours du nouveau Premier ministre en cinq étapes

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 31.03.2014 à 20 h 08

Manuel Valls à l'Assemblée, le 12 novembre 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Manuel Valls à l'Assemblée, le 12 novembre 2013. REUTERS/Charles Platiau.

De la liste des prétendants à Matignon qui étaient cités ces derniers jours (Laurent Fabius, Jean-Yves Le Drian...), Manuel Valls est le seul qui n’a pas pu voter François Mitterrand au second tour de l’élection présidentielle de 1981: celui qui vient d'être nommé Premier ministre par François Hollande n’avait alors que la nationalité espagnole –il a été naturalisé français en 1982. Il devient ainsi le premier chef de gouvernement né étranger.

Il est en effet né en 1962 à Barcelone de Xavier Valls, artiste-peintre, et de Luisa Galfetti, une Suisse italienne.

Etape 1: le militant étudiant

En 1980, alors qu’il étudie l’histoire à la faculté de Tolbiac à Paris, il adhère au PS pour soutenir Michel Rocard, ainsi qu’au syndicat étudiant Unef-ID. En 1983, il devient l’attaché parlementaire du député de l’Ardèche Robert Chapuis, poste qu’il occupera jusqu’à la fin de la législature en 1986.

Il décroche alors son premier mandat, celui de conseiller régional d’Ile-de-France, qu’il occupera jusqu’en 2002 en étant premier vice-président chargé des finances durant les quatre dernières années. Puis, en 1989, son premier mandat municipal en devenant adjoint au maire d’Argenteuil (Val d’Oise), conseil municipal où il siégera jusqu’en 2000.

En parallèle, il commence sa carrière au sein du gouvernement en devenant chargé de mission au cabinet de Michel Rocard à Matignon jusqu’en 1991, puis délégué adjoint interministériel aux JO d’Albertville de 1991 à 1993.

Etape 2: député-maire et conseiller de haut rang

En 1995, il devient secrétaire national du PS à la communication, et fait partie à ce titre des communicants en chef de la campagne législative de 1997, aux côtés de Jacques Séguéla et de son ami Stéphane Fouks. Il s’y engage lui-même en étant candidat à Argenteuil face au député sortant RPR Georges Mothron et à Robert Hue, qu’il critique avec virulence, mais ne termine que quatrième au premier tour avec 17,32% des voix, en étant même devancé par le FN. Il intègre alors le cabinet du Premier ministre Lionel Jospin en tant que chargé de la communication et de la presse.

Un poste qu’il quitte en 2000 pour préparer son implantation à Evry (Essonne) en vue des élections municipales. Avec succès: face à l’ancien secrétaire d’Etat RPR Jean de Boishue et au dissident socialiste et ancien maire Pierre-Jean Banuls, qui dénonce un «parachuté matignonesque», il l’emporte avec plus de 44% des voix dans une triangulaire.

L’année suivante, il est élu député de la 1re circonscription de l’Essonne face au maire de Corbeil-Essonnes Serge Dassault, avec près de 53% des voix. Puis est facilement réélu maire d’Evry dès le premier tour en 2008 avec plus de 70% des voix, avant de prendre la présidence de la communauté de communes grâce au ralliement d’un élu UMP. Ce poste de maire lui vaut notamment d’intervenir dans des dossiers médiatiques comme l’affaire d’un Franprix halal ou les émeutes en banlieues de 2005.

Etape 3: hiérarque rebelle du PS

Il devient secrétaire national du PS chargé de la coordination et de l'organisation après le congrès de Dijon, en 2003, puis doit affronter la difficile séquence du référendum sur le traité constitutionnel européen. Favorable au non (il qualifie la position de son ancien supérieur Lionel Jospin de «oui de résignation»), il est mis en minorité par les militants lors du référendum interne de décembre 2004 et écarté du secrétariat national. Avant d’y être réintégré en juin 2005 au moment de l’exclusion des fabiusiens, après avoir fait campagne pour le oui en estimant dans une tribune dans Le Monde qu’un non constituerait un désaveu pour le PS («Désormais, un "non" au référendum ne serait plus celui de la social-démocratie»).

En juillet 2006, il fait partie des responsables socialistes qui lancent un appel à une candidature de Lionel Jospin, puis, après la défection de celui-ci, rejoint le camp de Ségolène Royal lors de la primaire. Ce qui ne l’empêche pas de se montrer critique, après la défaite de 2007, sur le couple formé par la candidate avec le premier secrétaire François Hollande:

«J’en ai assez que mon parti soit pris en otage par un couple.»

Il continue néanmoins de soutenir Ségolène Royal en interne lors du congrès de Reims en 2008, avec des interventions médiatiques musclées lors de la victoire de justesse de Martine Aubry.

Etape 4: le poil à gratter libéral de la primaire

Après la présidentielle de 2007, il est approché par Nicolas Sarkozy pour faire partie du gouvernement d’ouverture mais refuse. Connu pour ses positions iconoclastes en interne (sur le nom du PS, la sécurité, la réforme des régimes spéciaux, la laïcité, l'Europe, la question des alliances avec le centre, les 35 heures…), il essuie une sévère réprimande de Martine Aubry en juillet 2009, celle-ci l’enjoignant dans une lettre de cesser de «s’affranchir» du parti «pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle».

Un mois plus tôt, le 13 juin, il avait annoncé dans une interview au Journal du dimanche son intention d’être candidat à l’investiture socialiste en 2011:

«Si on ne me prouve pas qu'un autre socialiste peut mieux que moi porter le renouvellement –et pour l'instant je ne vois pas– je porterai ces idées moi-même.»

Il nuance néanmoins cette position en mars 2011 en s’affirmant prêt à se ranger derrière Dominique Strauss-Kahn:

«S'il est candidat, alors je pense que tous les candidats socialistes, moi parmi d'autres, devront se poser la question de l'utilité de leur candidature.»

Après la mise en retrait de l’ex-directeur général du FMI, il confirme sa candidature à la primaire le 7 juin 2011 sous le slogan «L’énergie du changement». Avec Arnaud Montebourg, Manuel Valls est le candidat à la primaire socialiste le plus jeune et qui présente la ligne idéologique la plus affirmée, notamment sur les questions de sécurité et d'endettement. Au point que l'hebdomadaire britannique The Economist salue sa vision jugée «moderne et rafraîchissante» de la gauche.

Etape 5: le premier flic de Hollande

La primaire –et ses trois débats d'avant-premier tour– lui permet de se faire connaître du grand public. Au final, il talonne Ségolène Royal avec 5,7% des voix mais termine cinquième du premier tour, ne devançant que le candidat PRG Jean-Michel Baylet.

Le 9 octobre, au soir même du premier tour, il annonce son soutien à François Hollande pour le second tour, soulignant la «cohérence dans sa démarche». Un soutien rapide qui vaut au maire d’Evry la responsabilité de la communication du candidat Hollande pour la campagne présidentielle, dans lequel la presse souligne son efficacité à verrouiller, puis le poste de ministre de l'Intérieur après la victoire du candidat socialiste.

Une fonction dans laquelle il s'impose rapidement comme le ministre le plus populaire du gouvernement avec une «cote d'avenir» régulièrement située au-dessus des 40%. Mais aussi comme un des plus clivants pour son propre camp, avec une politique migratoire jugée trop proche de sa précédente majorité ou une position très prudente sur le droit de vote des étrangers, sans oublier les tourments de l'affaire Leonarda.

Ce qui n'a pas empêché François Hollande de faire appel à lui pour Matignon au lendemain de l'une des plus graves défaites électorales de la gauche sous la Ve République.

Jean-Marie Pottier

Cet article a été publié dans un premier temps à l'automne 2011 sur Wikipol.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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