Chômage, diplômes, immigration: le portrait-robot des 12 villes FN

A Fréjus le 18 mars 2014, REUTERS/Eric Gaillard

A Fréjus le 18 mars 2014, REUTERS/Eric Gaillard

Les données de l'Insee sur les villes conquises par le parti de Marine Le Pen confirment certaines caractéristiques souvent associées au vote FN.

Le Front national a largement battu son record historique en remportant dimanche 30 mars 12 villes lors des élections municipales. A Beaucaire, Cogolin, Fréjus, Hayange, Hénin-Beaumont, Le Luc, Le Pontet, Mantes-la-Ville, le 7e secteur de Marseille (qui regroupe les XIIIe et XIVe arrondissements) et Villers-Cotterets, son candidat l'a emporté, tandis que Robert Ménard à Béziers et Philippe de Beauregard de la Ligue du Sud à Camaret-sur-Aigues étaient soutenus par le parti de Marine le Pen sans en faire partie (Jacques et Marie-Claude Bompard, anciens du FN désormais à la Ligue du Sud, ont conservé les mairies de Bollène et Orange, mais n'étaient pas soutenus par le parti de Marine Le Pen).

Existe-t-il des points communs à ces 12 villes?

Pour le savoir, nous avons rassemblé quelques données et indicateurs fournis par l'Insee, en les comparant quand c'est possible à la moyenne nationale et aux quatre villes gagnées par le FN dans les années 1990 (Toulon, Orange et Marignane aux municipales de 1995 et Vitrolles, lors d'une partielle en 1997). Le portrait-robot qui en ressort montre que la sociologie de ces villes correspond plutôt à celle traditionnellement associée au vote FN.

1. Géographie: le sud-est et le nord

Les villes gagnées par le FN se regroupent dans les deux grandes zones géographiques de la France où le parti de Marine Le Pen est implanté depuis longtemps: le sud-est et le grand nord-est de la France:

Municipales 2014

Le FN gagne ainsi deux villes dans le Var et deux dans le Vaucluse, deux départements où il est solidemment implanté depuis de nombreuses années. Pareil pour Beaucaire dans le Gard, département où Marine Le Pen était arrivée en tête au premier tour de la présidentielle de 2012. La ville de Béziers dans l'Hérault représente une avancée vers le sud-ouest pour le parti, dont les quatre villes de 1995 étaient encore plus regroupées qu'aujourd'hui, et tenaient dans une zone de 150 kilomètres entre Orange et Toulon:

Municipales 1995

Les quatre villes du nord se répartissent dans quatre départements différents (Moselle, Aisne, Yvelines et Pas-de-Calais). La victoire à Hénin-Beaumont reflète le statut particulier de la ville depuis que Marine Le Pen y a été conseillère municipale de 2008 à 2010.

2. Démographie: une grande ville, trois moyennes, huit petites

Les 12 villes gagnées par le FN peuvent se répartir en 3 catégories: le 7e secteur de Marseille, qui recouvre les quartiers nord de la ville et qui peut être considéré comme une «grande ville» à lui tout seul en termes purement démographiques avec plus de 150.000 habitants; trois villes «moyennes», c'est-à-dire comprises entre 20.000 et 100.000 habitants (Béziers, Hénin-Beaumont et Fréjus), et les huit villes restantes qui peuvent être classés comme des «petites villes» avec moins de 20.000 habitants.

En suivant ces critères de taille, on peut conclure que le FN n'a gagné «que» des petites villes par rapport à son succès de 1995, où il avait déjà remporté une grande ville (Toulon) et trois villes moyennes (Orange, Marignane et Vitrolles).

Si l'on additionne les populations officielles des villes de 1995 (chiffre du recensement de 1990) et celles des villes de 2014 (chiffres du recensement de 2009) en revanche, on voit que le FN a largement augmenté son nombre d'administrés, passant de 262.000 à 402.000.

3. Des populations peu diplômées

La proportion de la population non-scolarisée âgée de plus de 15 ans est plus élevée que la moyenne nationale dans 11 des 12 villes FN selon les derniers chiffres de l'Insee disponibles (seule Camaret-sur-Aigues est au-dessus), avec un record à près de 32% dans le 7e secteur de Marseille, contre une moyenne nationale de 17,9%:

L'existence d'un lien entre vote Front national et le niveau de diplôme est un sujet d'étude depuis de nombreuses années. Dans l'ouvrage collectif Des Votes et des Voix paru en 2013, la chercheuse spécialiste de l'extrême droite Nonna Mayer écrivait:

«Les attitudes ethnocentristes sont très liées au niveau d’instructionFaire des études ouvre sur du monde, apprend à raisonner de manière autonome, à refuser les simplifications et les préjugés. Inversement, dans une société où l’éducation a de plus en plus d’importance, où l’objectif affiché est d’amener au bac 80% d’une classe d’âge, échouer à cet examen ou être orienté au préalable vers des filières courtes condamne aux petits boulots ou au chômage, et génère un ressentiment auquel les immigrés servent d’exutoire. De 1988 à 2007, la probabilité de voter pour Le Pen diminue à mesure que le niveau d’études s’élève. Il en va de même pour sa fille. En 2012, le vote en sa faveur est multiplié par deux quand on passe des personnes qui ont au moins le bac à celles qui ne l’ont pas, et il bat des records chez les titulaires d’un diplôme professionnel (certificat d’aptitude professionnelle ou brevet) où il dépasse les 30%, alors que chez les diplômées du supérieur il tombe à 7%.»

4. Un taux de chômage élevé

Camaret-sur-Aigues est la seule des 12 villes gagnées par le Front national qui avait un taux de chômage inférieur à la moyenne nationale en 2010. Toutes les autres sont au-dessus, avec des chiffres parfois spectaculaires comme dans le 7e secteur de Marseille (21,7%) et à Béziers (21,3%).

Le constat vient encore confirmer un phénomène déjà observé lors de plusieurs scrutins dont la dernière élection présidentielle: le Front national tend à bien réussir dans les zones où le chômage est plus important.

5. Des revenus moins élevés que la moyenne nationale

La tendance est encore plus marquante que pour le chômage: aucune des villes gagnées par le FN ne dépasse la moyenne nationale de revenu net déclaré moyen, comme on peut le voir sur ce graphique. Encore une fois, le 7e secteur de Marseille est l'endroit où le revenu moyen est le moins élevé, tandis que Camaret-sur-Aigues est la ville qui se rapproche le plus de la moyenne nationale:

Là encore, le constat rejoint une observation faite à maintes reprises sur différents scrutins: depuis les années 1990, le FN fait ses meilleurs scores parmi les classes populaires, les plus touchées par le chômage. Marine Le Pen a ainsi remporté le vote des ouvriers lors du premier tour des dernières élections présidentielles.

6. Généralement plus d'immigrés qu'ailleurs

Les discours anti-immigration font partie de l'ADN du Front national depuis ses débuts. Le graphique ci-dessous montre que la grande majorité des villes ayant élu un maire FN ou soutenu par le parti de Marine Le Pen ont une proportion d'immigrés (toute personne née étrangère à l'étranger et résidant en France selon l'Insee) supérieure à la moyenne nationale, même si les situations des communes FN vis-à-vis de cet indicateur sont bien plus diverses qu'en ce qui concerne le chômage ou le revenu.

La différence entre le nombre d'immigrés à Hénin-Beaumont (3,3% de la population) et Beaucaire, où ils dépassent 16%, est très importante.   

Grégoire Fleurot

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