Municipales 2014France

Il ne reste plus à François Hollande qu'à tenir bon... et à corriger sa présidence

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 31.03.2014 à 14 h 57

Deux ans après son élection, le Président, qui avait déjà dû affronter un «peuple de droite» vent debout, est confronté à une déroute exceptionnelle. S'il n'est pas question pour lui de changer de cap, il doit en revanche d'urgence corriger ce qui peut l'être, et en priorité, construire une relation avec les Français. Enfin.

Une sucrerie «François Hollande», faite par un pâtissier de Tulles, le 22 mars 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Une sucrerie «François Hollande», faite par un pâtissier de Tulles, le 22 mars 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Cette fois nous y sommes: c’est bien une déroute pour le Parti socialiste et donc pour le gouvernement et le président de la République. Au pic historique de 2008, qui avait vu la gauche remporter une soixantaine de villes de plus de 20.000 habitants (une quarantaine de plus de 30.000), et devenir ainsi majoritaire dans la gestion des principales communes du pays, fait suite un pic de plus grande ampleur encore.

Ce mouvement de balancier, d’une amplitude exceptionnelle en effet, désigne un vainqueur: l’UMP. Donc la droite de gouvernement. Ce seul constat suffit à relativiser l’enthousiasme médiatique dont a bénéficié le Front national et les douze villes gagnées par le Rassemblement Bleu Marine (auxquelles on peut ajouter les deux villes Ligue du Sud, Orange et Bollène).

Oui la notabilisation souhaitée par Marine Le Pen, à travers cette bataille municipale, a été engagée. Encore que l’on peut observer qu’il a fallu près de vingt ans à l’extrême droite pour doubler ses gains municipaux (elle avait conquis cinq villes en 1995). Mais non, Marine Le Pen et sa formation ne sont pas au seuil du pouvoir, encore moins en capacité de se substituer à l’UMP.

Cette dernière reste bien, aux yeux des Français, la force principale d’alternance et Jean-François Copé a eu parfaitement raison de proclamer la formation qu’il préside vainqueur du scrutin.

Il est vrai que l’entre-deux-tours, d’ordinaire consacré par ceux qui sont menacés à l’organisation d’un sursaut, a été calamiteux: scandé par l’annonce des mauvais chiffres du chômage du mois de février et par l’annulation partielle, par le Conseil constitutionnel, de la «loi Florange», porte-étendard de la majorité en direction de l’électorat ouvrier. Si l’on y ajoute les indiscrétions très maladroitement organisées, venant de l’Elysée, selon lesquelles le président pourrait garder Jean-Marc Ayrault, on comprend que la démobilisation de l’électorat de la gauche se soit amplifiée au second tour.

L'explication «de droite», fiscale

Il y a une explication simple à ce ressac spectaculaire: c’est le choc fiscal! François Mitterrand, auquel François Hollande fait si souvent référence, professait qu’il fallait le moins possible toucher aux impôts. Il expliquait que, même lorsqu'un gouvernement baisse les prélèvements obligatoires, l’opinion est persuadée du contraire.

Alors que dire des 30 milliards supplémentaires prélevés par l’actuel gouvernement? Rappelons-nous ces déclarations absurdes du Premier ministre selon lesquelles les classes moyennes ne seraient pas touchées! De ce point de vue, le PS a été victime de son idéologie qui lui fait toujours situer la lutte des classes à l’intérieur des classes moyennes. Avec ce mot d’ordre parfaitement démagogique: faire payer les riches!

Que s’est-il passé? Le gouvernement a bien aligné la fiscalité du capital sur celle du travail. La première l’emportant désormais sur la seconde. Il en est résulté un découragement des entrepreneurs et le mécontentement de tous. Si l’on se place d’un point de vue cynique, il eût mieux valu, puisque les caisses étaient vides et qu’il fallait agir, garder le projet de la droite, et le lui imputer, consistant à augmenter fortement la TVA. Celle-ci frappe tout le monde. Elle est le modèle d’un impôt injuste. Mais elle est indolore, en tous cas sans commune mesure avec l’impôt sur le revenu.

Souvenons-nous de ces centaines de personnes surprises et dépitées soit d’avoir à acquitter un impôt, soit de voir celui-ci exploser.

Il est une autre explication à cette catastrophe municipale, «de gauche» celle-là: l’électorat de la gauche a boudé les urnes parce qu’il désapprouve une politique qui serait «favorable aux patrons». Cet électorat-là ne se reconnaît pas dans la politique conduite.

L'explication «de gauche», sociale

Cela renvoie au schéma de départ du quinquennat: ne pas répéter les erreurs habituelles de la gauche qui consistaient à être très généreux dans un premier temps pour se serrer la ceinture ensuite. François Hollande a considéré qu’il fallait d’entrée de jeu s’attaquer aux maux du pays et notamment aux déficits publics. Il avait spéculé sur une reprise qu’il attendait plus tôt afin, dans la deuxième partie du quinquennat, de devenir à son tour généreux.

Il n’est pas exclu que ce schéma voit le jour en 2016 et 2017. Mais, en termes politiques, cela s’est traduit par l’absence de marqueurs à gauche, de gestes ou de réformes symboliques tels que la retraite à 60 ans, en 1981, ou les 35 heures en 1997. Ce qui est un bien pour le pays est objectivement un handicap pour le Président. Lequel n’est pas parvenu à faire comprendre à l’électorat de la gauche le sens des efforts qui étaient demandés, ni à le convaincre que la situation du pays exigeait de la patience, beaucoup de patience.

Pierre Bérégovoy avait repris à son compte la célèbre formule du chancelier Helmut Schmidt: les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain. Problème: la situation du pays nécessite une politique dite social-libérale qu’une partie significative de l’électorat de la gauche récuse en s’abstenant d’aller voter.

Un sondage (BVA pour le Parisien) donne la mesure de la difficulté: 48% des Français pensent qu’il faut poursuivre les réformes engagées (notamment le pacte de responsabilité), 48% pensent le contraire. Il est vrai que cette même enquête montre que près de la moitié des personnes interrogées considère que le gouvernement devrait conduire une politique «plus favorable aux entreprises».

Il est donc clair que pour être bien conduite, une telle politique devrait s’appuyer sur de plus larges soutiens que le seul Parti socialiste. A sa décharge, rappelons qu’à peine élu, François Hollande s’est trouvé face à un «peuple de droite» vent debout. Cette radicalité a été ensuite amplifiée par les leaders de l’opposition.

Encore aujourd’hui, seuls deux anciens Premiers ministres ont le courage d’expliquer que l’opposition ne doit pas «gêner» la majorité dans son travail de remise en ordre des comptes du pays. Mais ni Alain Juppé, ni Jean-Pierre Raffarin n’expriment le point de vue médian de l’UMP.

Il est temps de corriger la présidence

Que peut faire François Hollande? Certainement pas changer de cap alors qu’il vient de définir celui-ci il y a à peine deux mois. Mais certainement corriger ce qui doit l’être: son dispositif et son mode d’exercice de la présidence.

Le dispositif gouvernemental et élyséen doit donc être tourné vers la recherche de la cohérence, de l’efficacité et d’une meilleure maîtrise de l’appareil d’Etat. Quant au Président lui-même, sa faiblesse est la suivante: il ne construit pas sa relation avec les Français. C’est très largement une question d’attitude et de communication.

Prenons un exemple: l’Ukraine. Il s’y passe des choses graves. L’Europe affronte la situation la plus grave depuis la chute du mur de Berlin. Laurent Fabius assure certes un accompagnement de l’opinion. Mais du Président n’est venue aucune adresse directe, à la télévision, sans journaliste, expliquant la gravité de la situation, ce qu’il fait, ce que nous faisons d’un commun accord avec les autres Européens et avec les Etats-Unis. Bref, le B.A-ba de la gestion de crise.

Il paraît qu’à l’Elysée, certains conseillers proclament: «Ça n’intéresse pas les Français.» C’est sans doute vrai, mais c’est un contresens, car on touche là à l’essence même de la fonction présidentielle: en charge de l’essentiel! Donc de la sécurité collective.

Il lui faudra donc accepter de considérer que, deux ans après son élection, sa relation avec les Français reste à construire.

François Mitterrand disait, dans la tourmente:

«Tenir bon!»

Cela vaut aujourd’hui pour François Hollande avec les amendements qui sont à sa portée: un gouvernement de combat, resserré et cohérent; et, comme nous sommes dans une société d’apparence, donner l’impression de la rapidité, de la réactivité, en espérant qu’une part d’efficacité surviendra et surtout lui sera créditée. Comme on dit dans ces cas-là, il est minuit moins cinq!

Jean-Marie Colombani

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