Municipales 2014 / France

Municipales: la droite devrait gouverner le Grand Paris en 2016

Temps de lecture : 2 min

Grâce à plusieurs mairies prises à la gauche en petite couronne francilienne, elle sera majoritaire pour élire le président de la métropole du Grand Paris.

Paris france eiffel / Moyan_Brenn via Flickr CC License By
Paris france eiffel / Moyan_Brenn via Flickr CC License By

Selon l'avis d’un spécialiste cité dans Libération, ce serait «le plus beau poste d’opposition en France». Alors que, dès l’entre-deux-tours, la gauche s’inquiétait de perdre la majorité nécessaire pour présider la future métropole du Grand Paris, ses craintes se confirment au lendemain du second tour.

Non seulement la droite a renforcé sa domination sur les Hauts-de-Seine en prenant les mairies d’Asnières, de Colombes et de Clamart (au premier tour) au PS, mais en Seine-Saint-Denis, elle parvient à faire basculer une mairie PS (Aulnay-sous-Bois) et à arracher des mairies au PCF à Bobigny, Saint-Ouen, Villepinte et au Blanc-Mesnil.

Autre emblème du «communisme municipal» qui s’effondre, dans le Val-de-Marne, Villejuif est prise par une alliance étrange entre UMP, divers gauche, EELV et UDI, alors qu’à L'Haÿ-les-Roses, le maire sortant (PS) est battu par la droite.

Nouvel échelon territorial prévu par la loi du 19 décembre 2013, la métropole du Grand Paris verra le jour le 1er janvier 2016. Sa création répond à la volonté de centraliser la gestion des problèmes de l’aire la plus peuplée de France: aménagement du territoire et en premier lieu, logement, politique de la ville, développement durable. L’économie et les transports resteront donc du ressort de la Région.

La future métropole inclut de plein droit 124 communes regroupant 6,7 millions d’habitants: ses membres sont les 123 communes des trois arrondissements limitrophes de Paris (Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine) et la capitale.

Le président de la structure sera élu par 337 conseillers métropolitains, issus des conseils municipaux avec une prime à la liste majoritaire. En perdant son emprise sur les communes de la petite couronne francilienne, la gauche risque donc de perdre la métropole qu’une loi de son gouvernement a instituée…

Selon les premiers calculs effectués par Pierre Mansat, adjoint (PC) de la majorité sortante à Paris et auteur d'un blog sur la métropole, la droite l'emporterait confortablement avec 188 sièges contre 149 (55,79% contre 44,21%).

Source: Pierre Mansat

Et encore cette projection se fait elle a minima. Car les pro- et anti-métropoles se retrouvent au sein de chaque camp politique: le PC s'est opposé à la loi instituant la métropole. Roger Karoutchi, vice-président de l'UMP et sénateur des Hauts-de-Seine, ne s'est pas fait prier pour le rappeler sur son blog au lendemain des résultats du second tour:

«Les opposants à la Métropole, à droite, au centre ou au PC, représentent aujourd'hui les deux tiers des sièges de la future Métropole.»

Par ailleurs, comme le montre cette carte publiée par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile de France (IAU), les communes limitrophes de la petite couronne pourront s’intégrer à la métropole, fournissant autant de potentiels conseillers pouvant modifier l’équilibre des forces politiques. Une quarantaine de communes de la deuxième couronne sont concernées, regroupant environ 1 million d'habitants. À Argenteuil, l’une de ces communes, le maire sortant Philippe Doucet (PS) a été battu.

Cliquez sur la carte (ou ici) pour accéder à la version interactive. Source: IAU

Cette nouvelle donne est loin de ne concerner que la métropole du Grand Paris: les futures métropoles d'Aix-Marseille, Bordeaux, Lille, Toulouse, Nice sont aussi promises à la droite, la situation lyonnaise étant incertaine, note le Parisien. Le site Cadre de ville a publié le 31 mars une carte des projections dans les quatorze futures métropoles, qui seront créées au 1er janvier 2015 –sauf Paris et Aix-Marseille, en 2016.

Source: Cadre de Ville

Jean-Marc Ayrault s’était prononcé en janvier en faveur d’une disparition des trois départements de petite couronne (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine) et de leur fusion dans la métropole pour éviter la création d'un mille-feuilles administratif avec la coexistence d'une métropole et de trois conseils généraux. Là encore ce serait une perte à gauche, où le conseil général du Val-de-Marne est présidé par le PCF et celui de Seine-Saint-Denis par le PS.

Reste la question des candidats au poste de maire du Grand Paris. On aurait du mal à imaginer que Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a perdu à Paris contre Anne Hidalgo, ne sera pas tentée de prendre sa revanche, le moment venu. Comme un troisième tour décalé de la bataille de Paris.

Jean-Laurent Cassely

Jean-Laurent Cassely Journaliste

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