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La Journée de retrait de l'école mélange pédophilie, «théorie du genre» et éducation sexuelle pour mieux cultiver la confusion

IMG_0164 / Matt Molinari via Flickr CC License By

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Le mouvements de retrait des écoles lance de graves accusation contre une institutrice de maternelle. Pourtant, même les faits évoqués sont sans lien avec la question du genre à l'école.

Les obsédés du genre en remettent une couche. Et on risque d’en entendre parler. Le problème, c’est qu’ils mélangent de prétendues affaires qui relèveraient d'attouchements sexuels et leurs fantasmes sur la «théorie» du genre.

Le mouvement Journée de retrait de l’école (JRE) vient de publier une vidéo qui accuse une professeure des écoles de maternelle de Joué-lès-Tours en Indre-et-Loire d'avoir demandé à deux enfants de se déshabiller en classe et de se toucher les parties génitales.

Le film est présenté comme un témoignage, mais il s’agit davantage d’un récit puisque la parole d’une mère d’élève et les évènements sont rapportés par une autre mère d’élève, Dalila Hassan, responsable des Journées de retrait de l’école de Joué-lès-Tours. Son allocution, tournée face caméra, est diffusée sur leur site et celui d’Egalité et réconciliation d'Alain Soral. Farida Belghoul, présidente du mouvement JRE, s’est même rendue à l’école pour rencontrer les parents et soutenir les éventuelles protestations.

JRE semble déterminée à médiatiser l’affaire. La vidéo a justement été mise en ligne le 29 mars, deux jours avant la journée de retrait des écoles de ce lundi 31 mars. Si on suit leur logique, il est tout à fait possible que d’autres accusations du même genre soit régulièrement lancées, surfant sur la peur, l’ignorance, l’envie d’en découdre et de vider les écoles une journée par mois.

Pas de nouvelles de la professeure des écoles pour l’instant. D’après La Nouvelle République, des plaintes sont en cours, contre l’école du côté de l’association et pour dénonciation calomnieuse du côté des services administratifs de l’Education nationale (Dasen). Le maire de la commune, Philippe Le Breton, accuse quant à lui JRE de manipulation et de diffamation, tandis que le syndicat Sud évoque l’idée inquiétante de lynchage public d’enseignant.

Une seule et bonne question se pose maintenant à l’école, en tant qu’institution mais aussi sur le terrain, établissement par établissement. Comment parler aux parents? Comment montrer que le dialogue est possible quand un problème (et généralement ce sont des problèmes de bagarres, de devoirs, de punition) se pose? La bonne réponse se situera dans la capacité aux acteurs de l’école de montrer que la porte est ouverte aux parents lorsque ceux-ci s’interrogent ou s’inquiètent. Et de ce côté-là il y a encore du boulot.

La méthode de JRE fonctionne avec une grosse, très grosse, ficelle, et plus c’est gros, plus ça passe. Car même en imaginant que des faits comme ceux rapportés se produisent, il ne s'agirait pas d'agissements liés à l'enseignement d'une quelconque «théorie du genre». Aucun programme scolaire ne demande aux enseignants de déshabiller les enfants ou de se toucher le zizi (ou la zezette, le zgeg, le pénis, vous dites comme vous voulez).

Les ABCD de l’égalité sensibilisent les enfants aux stéréotypes masculins et féminins. Imaginer et répandre l’idée qu'ils incluent une incitation à se mettre à poil relève certainement d’un trouble personnel qui déborde la question éducative. Ou d’un grand désir de mettre le bazar à l’école. Ou d’une opposition pure et simple à cette éducation à l’égalité, mais dans ce cas, il faut le dire.

Les histoires d’attouchement (entre enfants mais aussi avec des adultes) sont terribles, mais elles existent. La majorité de ces affaires dramatiques arrivent, rappelons-le, principalement au sein de la famille, même si de très graves agissements de ce type ont déjà été commis dans des écoles, tout le monde le sait. Et dans les écoles religieuses aussi. Sans aucun rapport avec la lutte contre les stéréotypes de genre.

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