Municipales 2014France

Anne Hidalgo, patronne de Paris mais pas de son arrondissement

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 31.03.2014 à 8 h 14

Pour la première fois, la capitale est dirigée par une maire minoritaire dans son arrondissement. Le PS a perdu le IXe, a sauvé le IVe et n'a pas réussi à conquérir le Ve.

Anne Hidalgo vote dans le XVe arrondissement de Paris, le 30 mars 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

Anne Hidalgo vote dans le XVe arrondissement de Paris, le 30 mars 2014. REUTERS/Philippe Wojazer.

C'est à une mini-cohabitation que se prépare Anne Hidalgo, nouvelle maire de Paris. Victorieuse face à Nathalie Kosciusko-Morizet, dimanche 30 mars, la tête de liste socialiste s'est en effet, et sans surprise, très largement inclinée dans le XVe arrondissement, où elle était tête de liste, face au maire sortant Philippe Goujon, qui a recueilli plus de 63% des voix. La gauche a perdu de justesse le IXe, qu'elle contrôlait depuis 2001, a conservé de très peu le IVe et n'a pas réussi à conquérir le Ve.

C'est la première fois que le maire de Paris n'est pas majoritaire dans son propre arrondissement. Maire de 1977 à 1995, Jacques Chirac était systématiquement candidat dans le Ve arrondissement sur la liste de Jean Tiberi, qui lui a succédé. Élu maire en 2001, Bertrand Delanoë était lui candidat dans le XVIIIe arrondissement, qui est aujourd'hui l'un des arrondissements les plus ancrés à gauche.

«Comment quelqu’un pourrait-il devenir maire de Paris alors qu’il n’a jamais été majoritaire dans son propre arrondissement?», glissait un bon camarade socialiste à Libération en 2010. À la décharge d'Anne Hidalgo, le XVe est un arrondissement très compliqué pour la gauche: en 2012, Nicolas Sarkozy y recueillait près de 55% des voix, soit le même score que François Hollande sur l'ensemble de la capitale.

La candidate PS s'est installée dans cet arrondissement, le plus peuplé de Paris, en 1984 alors qu'elle venait d'être nommée inspectrice du travail dans le Val-de-Marne. Elle y a adhéré au PS en 1994, avant d'y décrocher, à la surprise quasi-générale, l'investiture pour les municipales de 2001 face à la fabiusienne Pervenche Bérès, soutien de la candidature Lang pour la mairie de Paris. C'est là qu'elle a été élue pour la première fois avant de devenir première adjointe de Delanoë.

«Elle est toujours en résidence dans ces parages proprets, où la droite Cyrillus reste majoritaire. Avec le volontarisme coutumier aux enracinés de hasard, elle imagine ses terres de mission en phase de mutation, de métissage, ce qui reste à prouver», écrivait Libération dans un portrait publié en octobre 2012.

Il y a un mois encore, Anne Hidalgo défendait dans Le Parisien ce choix de rester dans le XVe. «C'est un choix résolu de me présenter dans l'arrondissement où je vis, où je suis élue et où j'ai contribué à faire progresser la gauche», expliquait-elle, affirmant espérer qu'un jour «le XV e [l']aimera autant [qu'elle] l'aime».

Effectivement, la nouvelle maire de Paris a réalisé plusieurs bonnes performances dans cet arrondissement. Si elle y a recueilli 41% des voix en 2001 (après qu'un sondage trompeur l'avait donnée victorieuse durant la campagne) et 43% aux législatives de 2007, dans une circonscription couvrant deux quartiers de l'arrondissement, elle y a réalisé deux percées plus notables, à plus de 47% lors des municipales 2008 et à plus de 46% lors des régionales 2010, où elle était tête de liste à Paris.

Au final, son résultat de 2014 s'y sera donc avéré décevant, puisque la gauche perd onze points dans le XVe et, au passage, un siège au conseil de Paris –une contre-performance qu'elle a attribuée entre les deux tours au maintien dans leurs fiefs des «barons de la droite archaïque», dans la foulée des mobilisations anti-mariage pour tous, et au siphonnage des voix du FN par la droite.

Les relations entre celle qui est désormais maire de Paris et celui qui reste maire du XVe s'annoncent sportives, Philippe Goujon ayant dénoncé pendant la campagne «une héritière désignée par le chef sans aucun débat» ou utilisant de manière «dévoyée des moyens publics qu’elle contrôle».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte