FranceMunicipales 2014

Abstention: pourquoi il ne faut pas tirer de conclusions hâtives

Grégoire Fleurot, mis à jour le 30.03.2014 à 20 h 43

Des panneaux électoraux à Paris, le 9 avril 2012. REUTERS/John Schults

Des panneaux électoraux à Paris, le 9 avril 2012. REUTERS/John Schults

Selon les calculs de l'institut Ipsos/Steria, le chiffre de l'abstention du second tour des élections municipales s'élève à 38%. Comme le souligne Le Monde, il s'agit d'un record historique, le précédent ayant été établi en 2008 à hauteur de 34,8%:

Pourtant, il y a au moins deux raisons de ne pas tirer de conclusions hâtives du chiffre diffusé ce dimanche soir.

1. Un chiffre susceptible de changer

On a pu le vérifier dimanche dernier lors du premier tour, il faut se méfier des estimations de l'abstention par les instituts de sondage, même ceux publiés tard dans la soirée (et donc a priori plus proches de la vérité) ou le lundi matin. La plupart des instituts avaient évoqué des chiffres tournant autour de 38%, et allant même jusqu'à 39,5% chez Ipsos, lors du premier tour.

Deux jours après le vote, et alors que tous les observateurs avaient fondé leurs analyses sur ces chiffres provisoires, le score définitif communiqué par le ministère de l'Intérieur était dévoilé: 36,45%, soit près de trois points d'écart avec les estimations les plus hautes.

2. Un record, mais pas un chiffre exceptionnel

Nous l'expliquions à l'issue du premier tour, c'est encore vrai aujourd'hui: record d'abstention ne signifie pas abstention exceptionnelle, ni même forcément crise démocratique. Si le chiffre de 38% n'est pas définitif, l'abstention devrait quoi qu'il arrive battre le record de 2008 pour un second tour des municipales.

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, mis au point par le chercheur Vincent Tiberj et qui montre les scores de l'abstention à tous les scrutins en France depuis le début de la Ve République, l'abstention des municipales de 2014 n'est pas exceptionnelle, et s'insère dans une tendance à l'augmentation à tous les types d'élections, à part les présidentielles:

Source: Vincent Tiberj. Cliquer sur l'image pour l'agrandir

Comme nous l'expliquait le chargé de recherches du Centre d'études européennes (CEE) de Sciences Po au lendemain du premier tour, le score ne fait que confirmer un phénomène bien particulier: les électeurs français, qui votaient au début de la Ve République par devoir et donc de manière systématique à toutes les élections, se déplacent aujourd'hui beaucoup plus en fonction de l'enjeu:

 «Au début de la Ve République, les électeurs se mobilisaient pour toutes les élections et à des niveaux comparables. Mais on voit progressivement monter un vote conjoncturel, et les électeurs ont tendance désormais à plus se mobiliser quand il y a de l'enjeu. La ligne de tendance de l'élection présidentielle, même s'il y a des hauts et des bas, est plate alors qu'elle est à la hausse pour toutes les autres élections. Cela montre qu'on n'est pas sur une crise de la citoyenneté, mais simplement que les gens vont voter quand qu'ils pensent qu'il y a un intérêt. Le vote est devenu un droit et non plus un devoir.»

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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