Municipales 2014France

Municipales: à gauche, le roi est nu

Laurent Bouvet, mis à jour le 28.03.2014 à 18 h 32

Ni les erreurs des sondages, ni les préférences des médias ni même les errements de la droite sarkozyste sur les terres du FN ne peuvent expliquer les résultats du premier tour. Les responsables sont bien à gauche, et ils sont trois: le président, la majorité et le PS.

François Hollande et Jean-Marc Ayrault attendent le président chinois Xi Jinping au château de Versailles, le 27 mars 2014. REUTERS/Michel Euler/Pool

François Hollande et Jean-Marc Ayrault attendent le président chinois Xi Jinping au château de Versailles, le 27 mars 2014. REUTERS/Michel Euler/Pool

En politique, les actes ont des conséquences. Qu’on ait pu, au gouvernement et dans la majorité, imaginer un seul instant que les élections municipales pourraient «ne pas trop mal se passer» ou que le président de la République pourrait les «enjamber» témoigne, a minima, d’un aveuglement face à la réalité.

Ce n’est en tout cas pas bon signe, au-delà des élections elles-mêmes, quant à la capacité de discernement politique des principaux responsables politiques du pays.

Nul besoin d’ailleurs d’attendre le second tour pour pouvoir tirer les premiers enseignements de ce scrutin. Le premier tour possède en effet sa propre signification politique, et ce même en cas de correction de tendance. En effet, une élection ne se résume pas au processus visant à la désignation d’élus, elle est aussi une photographie précise (bien plus que n’importe quel sondage ou enquête d’opinion) de l’état politique de la société et du rapport de force en son sein.

Le président et la majorité responsables...

Ce «21 avril municipal» a des causes et des responsables. Et ce ne sont ni les erreurs des sondages ni les préférences des médias ni même les errements de la droite sarkozyste sur les terres du FN (une droite touchée d’ailleurs par des affaires en cascade...) qui peuvent expliquer un tel résultat. De ce point de vue, la récitation automatique des mantras socialistes visant à se dégager de la responsabilité de la défaite ou à minimiser les effets du scrutin ne peut donc que tomber à plat.

Le premier responsable de la défaite, c’est bien évidemment le président de la République. Le roi est nu et désormais tout le monde le voit. Rien ni personne ne pourra sauver François Hollande de lui-même: ni un nouveau Premier ministre ni des «inflexions» de la politique qu’il a choisi de mener pendant son quinquennat –sous le titre désormais du «pacte de responsabilité».

Ce sont ses choix (et ses non-choix) ainsi que sa méthode de «gouvernance» qui ont été profondément désavoués par les Français. Ce sont avant tout les électeurs qui ont voté pour lui en mai 2012 qui ne se sont pas déplacés dimanche dernier.

La responsabilité du résultat incombe aussi à la majorité dans son ensemble. On l’a vu dans les tractations qui ont suivi le premier tour. Les écologistes en particulier continuent leur jeu du «un pied dehors, un pied dedans», de la participation sans soutien à un gouvernement…  auquel ils appartiennent pourtant!

...le PS aussi

Ce jeu double et trouble depuis le début du quinquennat participe au brouillage général d’un message gouvernemental déjà à peine audible. Le pacte initial conclu entre le PS et EELV à l’automne 2011 continue donc de produire ses effets délétères, mais toujours au profit des Verts, qui vont à nouveau engranger des mandats sur le dos de la bête socialiste. Si on peut admirer l’habileté tactique de la manœuvre, on peut aussi s’étonner de la complaisance avec laquelle elle est accueillie chez les principaux responsables du gouvernement et de la rue de Solférino.

Le PS lui-même, en tant que parti et socle de la majorité, porte également une importante part de responsabilité dans ce résultat. Son effacement total comme lieu de réflexion et d’élaboration programmatique, voire d’aiguillon du gouvernement, a contribué à le transformer, aux yeux des Français, en une coquille vide, et donc inutile.

Pas tout à fait tout de même, car il est réduit à une unique fonction: celle de syndicat d’élus, et de leurs collaborateurs et affidés. On notera ici toute l’ironie de la situation. Ce parti, devenu un simple instrument de gestion des carrières, est coresponsable de la perte de milliers de mandats et d’emplois qui y sont liés dans les collectivités locales.

Ce dernier point pourrait pourtant, paradoxalement, être une chance pour le PS. En touchant, durement, son «cœur de métier», ces résultats électoraux défavorables (ceux des municipales bien sûr, mais aussi demain ceux des européennes en mai, et surtout des régionales et cantonales l’an prochain) pourraient créer l’électrochoc indispensable pour réveiller le mort-vivant qu’est devenu ce parti.

Laurent Bouvet

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