Municipales 2014France

J'ai revu le documentaire sur la victoire de Delanoë à Paris en 2001

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.03.2014 à 18 h 00

Et voici sept choses qu'il nous dit de la campagne municipale de 2014.

Bertrand Delanoë, le 18 mars 2001, au soir du second tour.

Bertrand Delanoë, le 18 mars 2001, au soir du second tour.

Il y a dix jours, la Compagnie des phares et balises, une société de production de documentaires, a mis en ligne l'intégralité du film Paris à tout prix, signé du documentariste Yves Jeuland –également auteur d'un Delanoë libéré à l'automne dernier– et de la journaliste politique Pascale Sauvage.

Tourné entre juin 1999 et mars 2001, ce film d'un peu plus de deux heures et quart, en quatre épisodes, chronique la première campagne victorieuse de la gauche dans la capitale, de la lutte entre Bertrand Delanoë et Jack Lang pour l'investiture socialistes à la dissidence de Jean Tibéri à droite, des ambitions de Françoise de Panafieu au parachutage raté de Philippe Séguin.

Le revoir aujourd'hui, treize ans après, dans le contexte d'une possible troisième campagne victorieuse consécutive pour le PS parisien, s'avère instructif. Certains personnages se sont mis en retrait, d'autres sont apparus, des alliances se sont dénouées, mais des tendances demeurent. Voici sept séquences ou aspects du films qui éclairent la campagne de Paris 2014.

1. «Les mecs, ils veulent du fun, ils veulent de la rigolade»

La revision du documentaire est éclairante sur la perception de l'électorat parisien par les deux camps. Alors que les candidats ne sont pas encore désignés, Jean-Paul Huchon, élu président de la région Île-de-France en 1998, juge ainsi risqué le choix éventuel de Philippe Séguin «appliqué à la sociologie de Paris, à la volonté de Paris de devenir plus une capitale intellectuelle, rattraper un peu le Londres branché des grandes années, le Barcelone de la Movida. Séguin, la Movida, même s'il a maigri...»

Dans une autre séquence, Delanoë dit à son équipe «comprendre que des Parisiens modérés, des modérés bourgeois, ont une demande de changement radical dans un certain nombre de domaines. C'est pour ça que j'ai une petite chance de gagner». Pendant que Séguin, lui, dénonce en meeting «le capitaliste de gauche, libertaire et jouisseur». Réplique de Huchon, encore lui:

«Les mecs, ils veulent du fun, ils veulent de la rigolade, ils sont sortis de la crise et ils veulent que Paris, ça vive, qu'il y ait des repas de quartier, qu'on s'embrasse à la sortie des bouches de métros, qu'il y ait des gays et des lesbiennes et que tout ça aille bien dans l'harmonie et la sérénité.»

2. Xavière et Bernadette, ennemies (pas) pour la vie

La campagne de 2001 était marquée par le «lâchage» par l'Elysée du maire sortant, Jean Tibéri, installé par Jacques Chirac dans son fauteuil six ans plus tôt. Le conflit entre les deux camps est par exemple perceptible lors de la cérémonie commémorative de la mort du général de Gaulle, le 9 novembre 2000, où Bernadette Chirac semble se demander ce qu'elle fait là.

Treize ans après, les rancunes se sont apaisées. Une des scènes les plus mémorables de la campagne municipale de 2014 a vu Bernadette Chirac chanter les louanges de Xavière Tibéri devant une Nathalie Kosciusko-Morizet interloquée:

«Xavière était une militante de campagne électorale tout à fait exceptionnelle. Tout ce que j’ai appris en politique du terrain, que ce soit à la campagne ou en ville, dans les escaliers et dans les cours, c’est Xavière qui me l’a appris.»

3. La bataille du Ve, déjà

Une des scènes les plus mémorables du documentaire montre Jean Tibéri et Lyne Cohen-Solal, sa première opposante dans le Ve arrondissement, s'apostropher dans les couloirs de l'hôtel de ville. En 2001, déloger Tibéri dans son fief était un objectif symbolique pour la gauche, qui échouera avec environ 46,5% des voix.

Treize ans plus tard, elle pourrait accomplir cet objectif cette année, mais les deux protagonistes principaux ont pris du champ. Condamné en appel dans l'appel des faux électeurs (l'affaire est en cassation), Jean Tibéri a laissé la place à son fils Dominique; Lyne Cohen-Solal s'est effacée devant l'universitaire Marie-Christine Lemardeley, non encartée au PS.

4. Les débuts de Roxane Decorte

2001 marque la première apparition médiatique nationale de Roxane Decorte, propulsée par Philippe Séguin en tête de la liste RPR dans le XVIIIe arrondissement alors que lui-même ne s'y plaçait qu'en quatrième position (ce qui le forçait à gagner l'arrondissement pour être élu conseiller de Paris). Elle sera ensuite évincée de la tête de la liste en cours de campagne.

Largement battue par Daniel Vaillant en 2008, elle a encore vécu une campagne difficile cette année. Écartée de la liste UMP en raison d'une condamnation, elle a recueilli 3,63% des voix au premier tour en candidate dissidente, avant d'appeler à voter au second pour... la gauche.

5. La «mithridatisation» des électeurs

Au lendemain des résultats du premier tour, qui ont vu les listes Tibéri devancer les siennes dans six arrondissements sur vingt, Philippe Séguin pointait en 2001 la «mithridatisation» (l'insensibilité) croissante des électeurs aux affaires:

«Aujourd'hui, avoir un problème judiciaire ne paraît plus être un handicap, et on en arrive même à se demander si, dans certains lieux, [...] cela ne devient pas un atout.»

Treize ans après, la droite parisienne n'en a pas tout à fait fini avec les affaires. NKM, qui a fait campagne sur la rupture avec cette époque, est ainsi forcée d'en passer par une fusion au second tour avec la liste de Dominique Tibéri dans le Ve, qui a recueilli le meilleur score chez les dissidents de droite (plus de 19%).

6. «On n'a rien à Paris, c'est impossible»

Le soir des résultats du second tour, le 18 mars 2001, Bertrand Delanoë affiche un visage pessimiste quand les premières défaites de la gauche –Strasbourg, Évreux...– sont annoncées. On le voit esquisser une moue incrédule en apprenant la défaite à Blois de son ex-rival Jack Lang, puis prendre au téléphone «Martine» (Aubry), qu'il félicite de «sauver l'honneur» de la gauche avec sa victoire à Lille.

«C'est une vraie Bérézina! Comment veux-tu qu'on gagne Paris qui est de droite?» À ce moment-là, le candidat semble persuadé que la gauche ne peut pas prendre Paris en essuyant une défaite nationale. Treize ans plus tard, le fait que Paris puisse aller contre la tendance globale n'étonne presque plus.

7. La discrète Anne Hidalgo

Tête de liste, déjà, cette année-là dans le XVe arrondissement (où elle avait créé la surprise en remportant l'investiture face à la fabiusienne Pervenche Bérès), la probable future maire de Paris est peu (pas?) présente dans le documentaire d'Yves Jeuland. D'autres figures socialistes parisiennes (Tony Dreyfus, Patrick Bloche, Michel Charzat, Christophe Caresche...) apparaissent plus régulièrement dans le champ ou au micro.

Tout juste la voit-on au soir du premier tour, quand les télévisions annoncent les premières fourchettes dans son arrondissement (elle crée la surprise en sortant en tête devant les deux listes de droite) puis lors de la fête de victoire au soir du second.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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