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Comprendre le vote à Paris: une droite complètement à l'ouest [CARTES INTERACTIVES DES BUREAUX DE VOTE]

Joël Gombin, chercheur en science politique et membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès, a analysé le premier tour des municipales bureau de vote par bureau de vote. Il en a tiré des cartes interactives du vote pour chaque liste. Une photographie passionnante de la capitale.

La bataille pour Paris ne constitue pas la campagne la plus trépidante de ce cru 2014 des élections municipales.

N'empêche, cela reste la capitale, sa rive gauche et sa rive droite –des rives qui ne constituent cependant pas totalement une division politique puisque la frontière passe plutôt par une ligne verticale qui débuterait à l'est du XVIIe arrondissement, se courberait encore vers l'est en passant par les IXe, IIe, puis IVe arrondissements, puis repartirait vers l'ouest pour terminer dans le XIVe, formant une sorte d'escargot, comme on peut le voir sur les cartes choroplèthes qui suivent.

1. Le vote Hidalgo (PS)

La candidate du PS (carte ci-dessus et ci-dessous) est hégémonique sur tout l'Est et le Sud parisien, avec pour zones de force les IIIe, XIe et XIXe –moins le XXe, du fait de la concurrence du Parti de gauche.

Le vote Anne Hidalgo au premier tour

 Réalisation: Joël Gombin, Sources: Mairie de Paris, Ministère de l'Intérieur

Sa bonne santé électorale ne bascule qu'à la moitié du XVIIe, arrondissement mixte, populaire à l'est et plus bourgeois à l'ouest. C'est là que ses performances sont les plus contrastées: on y passe en quelques km de bureaux votant Hidalgo à plus de 40% à moins de 20%.

Deux quartiers cartonnent pour la socialiste: le haut du Marais, autour du square du Temple, et le haut du Xe arrondissement, entre l’hôpital Saint-Louis et les métros Colonel Fabien et Belleville. C'est là qu'elle bat son record absolu, avec une pointe à plus de 52% dès le premier tour. La candidate réalise aussi de très bons scores dans tout le XIIIe arrondissement.

Autre zone intéressante à observer, le Ve arrondissement, le seul que la gauche peut faire basculer. Hidalgo y frôle le 40% dans le bureau de vote situé le long de l'université Paris-6, sur le campus de Jussieu.

2. Le vote Najdovski (EELV)

Les écologistes font sans surprise leurs meilleurs scores dans deux bureaux de vote du IIe arrondissement, le seul qu’ils gèrent depuis 2001, avec pour maire Jacques Boutault. Ils réalisent des pointes autour de 40% dans le quartier de Bonne-Nouvelle dans ce qui est aussi l'un des plus petits arrondissements de Paris.

En dehors de cela, à noter une pointe à plus de 20% dans le XIXe autour de la rue de la Mouzaïa, quartier discret et très vert de maisonnettes derrière les Buttes-Chaumont.

Le vote Najdovski au premier tour

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Mairie de Paris, Ministère de l'Intérieur

3. Le vote Simonnet (Parti de gauche)

C'est dans le XXe arrondissement où se présentait sa tête de liste, et plus précisément à proximité de la frontière avec le XIe, que le Parti de gauche réalise ses meilleurs scores. Le PG essaime autour de ce noyau, et apparaît aussi dans quelques zones plus au nord du XVIIIe. A noter par ailleurs que le bureau 65 du XVIe arrondissement se distingue avec un score de… zéro voix pour Danielle Simonnet.

Le vote Simonnet au premier tour

 Réalisation: Joël Gombin, Sources: Mairie de Paris, Ministère de l'Intérieur

4. Le vote Kosciusko-Morizet (UMP)

De l'extrême Ouest parisien du XVIe arrondissement en passant par les VIIIe et XVIIe, on a affaire à une carte classique du vote parisien de droite, avec des percées à 72%-73% dès le premier tour sur le périphérique du XVIe, le long du bois de Boulogne ainsi que sur la partie la plus bourgeoise du XVIIe, la plaine-Monceau.

A noter que, dans les arrondissements susceptibles de rester à gauche, NKM dépasse les 50% dans un bureau du IVe, sur l'île de la Cité, et dans un du IXe, le long de l'Eglise de la Sainte-Trinité.

Le vote Kosciusko-Morizet au premier tour

 Réalisation: Joël Gombin, Sources: Mairie de Paris, Ministère de l'Intérieur

5. Le vote Wallerand de Saint-Just (FN)

Paris vote peu FN, en dépit d’un score du parti doublé par rapport à 2008. La banlieue limitrophe non plus. On découvre pourtant de petits espaces coincés entre les boulevards des Maréchaux et le périphérique, bordures de logements HLM qui donnent au FN des scores entre 15% et 20%, comme à l'est dans le XXe et au sud dans le XIIIe arrondissement. Près de la porte de Montreuil, le parti atteint son maximum, avec plus de 19%.

Le vote Wallerand de Saint-Just au premier tour

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Mairie de Paris, Ministère de l'Intérieur

6. L'abstention

Une carte qui recoupe celle de la pauvreté à Paris, mais pas seulement: en plus de zones frontières avec la banlieue au nord et à l'est (avec un pic autour de la porte d'Aubervilliers, dans le XIXe, où moins de 36% des inscrits ont voté), on observe une abstention assez haute à l'extrême ouest dans le XVIe arrondissement, celui de la capitale où le suspense a été le moins fort cette année avec plus de 63% pour le maire sortant Claude Goasguen.

L'abstention au premier tour

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Mairie de Paris, Ministère de l'Intérieur

Cartes: Joël Gombin (fonds de carte: Mairie de Paris. Données: ministère de l'Intérieur)

Texte: Jean-Laurent Cassely et Jean-Marie Pottier

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