Municipales 2014France

Le FN est en tête dans 17 villes. Il n'en gagnera que trois si...

Olivier Biffaud, mis à jour le 29.03.2014 à 22 h 36

Les logiques mathématiques peuvent être contrecarrées par les alliances et les fusions de listes qui ne se feraient pas et augmenteraient le nombre de villes aux mains de l'extrême droite.

Siège du FN à Nanterre, le 23 mars 2014. REUTERS/Benoit Tessier

Siège du FN à Nanterre, le 23 mars 2014. REUTERS/Benoit Tessier

La liste définitive des villes où s’opposeront plus de deux listes sera connue avec certitude mardi 25 mars après 18 heures. D’ici là, les concurrents en présence pour le second tour des municipales, dimanche 30 mars, peuvent en effet fusionner, se maintenir ou annoncer leur désistement. En deçà de 5% au premier tour, c’est l’élimination directe sans possibilité de fusionner avec une autre liste; entre 5% et 10%, c’est la possibilité ouverte pour fusionner avec une autre liste, sans pouvoir se maintenir à l’identique du premier tour; au-dessus de 10%, c’est se trouver en ballotage et donc de pouvoir se maintenir, de chercher la fusion avec une autre liste ou encore de se retirer.

Les résultats du 23 avril donne un nombre record de 430 joutes, autres que des duels, dans les villes de plus de 10.000 habitants. Il s’agit de triangulaires, de quadrangulaire, de quinquangulaire et même, au moins, d’une sexangulaire à Mantes-la-Ville (Yvelines). Dans les communes de cette taille, le Front national est en mesure de se maintenir dans 229 d’entre elles. L’intention de Marine Le Pen est de rester en lice partout où cela est possible.

Fort de sa percée, le FN est même arrivé en tête dans 17 villes de plus de 10.000 habitants. Ses chances sont inégales de parvenir à gagner au second tour pour avoir des édiles qui accompagneront Steeve Briois, élu au premier tour à Hénin-Beaumont avec 50,54% des voix et une autre maire d’extrême droite, Jacques Bompard, réélu à Orange (Vaucluse) avec 59,82% des suffrages.

Béziers, Saint-Gilles et Fréjus, les chances les plus sérieuses

Dans trois villes du sud-est de la France, la liste d’extrême droite a dépassé 40% des voix au premier tour. Et elle dispose d’une bonne avance sur son poursuivant immédiat. Voire une avance considérable. Le candidat le mieux placé est Robert Ménard, ancien patron de Reporters sans frontières qui achève sa trajectoire dans une mouvance où on veut les rétablir: il brigue la mairie de Béziers (Hérault) et il aborde le second tour avec 44,88% des suffrages.

Il devance l’UMP (30,17%) et le PS (18,65). Finaud, il a lancé un appel gros comme du cordage de marine à la tête de liste de gauche, en disant qu’il aimerait bien diriger la ville avec lui. Histoire de montrer à l’électorat de gauche à quel point il est ouvert d’esprit!

Deuxième tête d’affiche bien placée: Gilbert Collard à Saint-Gilles dans le Gard. L’avocat proche de Marine Le Pen a obtenu 42,57%, dimanche 23 mars, devant l’UMP (25,36%) et le PS (23,14%) dont Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, a annoncé le retrait dès lundi matin, dans le cadre du «front républicain».

Un mécanisme qui ne fonctionnera que dans un sens, a priori, puisque Jean-François Copé, président de l’UMP, a indiqué que son parti s’en tiendra au «ni ni» instauré à la fin de la dernière décennie par Nicolas Sarkozy: ni alliance avec le FN, ni désistement pour le PS.

Troisième chance sérieuse de maire pour le Front national: David Rachline à Fréjus (Var). Avec 40,30% des voix, il a plus de 20 points d’avance sur l’UMP (18,85%), sur le maire sortant divers droite (17,61%) et sur la liste de gauche (15,58%). Comme le maire, en délicatesse avec la justice, n’a manifesté aucune intention d’abandonner le combat, le candidat frontiste –qui n’est pas un représentant du courant le plus mou de la maison– est en position de l’emporter facilement le 30 mars.

Brignoles, Forbach et Perpignan, en second rideau

Dans trois autres villes, le Front national est encore en tête sans atteindre le seuil de 40% des voix. Toutefois, la configuration théorique du second tour peut lui laisser entrevoir, là aussi, une probable réussite même si elle apparaît, mathématiquement, plus incertaine. Au premier rang se trouve Laurent Lopez  (37,07%) à Brignoles dans le Var.

Déjà élu conseiller général à la faveur d’une partielle en octobre 2013, il devance légèrement l’UMP (35,54%) et beaucoup plus nettement une liste divers gauche (27,39%). Mis à part un improbable désistement de cette dernière, sans garantie du résultat, seule une plus forte mobilisation de l’électorat de droite pourrait renverser la vapeur.

Même scenario à Forbach (Moselle) où le vice-président du FN, Florian Philippot, a fait 35,75% devant le PS (33%), un divers droite (18,99%) et l’UMP (12,26%). Entre 2008 et 2014, l’abstention a reculé de plus de 5 points, le nombre de suffrages exprimés s’est accru de 1.000 environ, l’extrême droite a fait une percée spectaculaire, la gauche s’est maintenue et la droite s’est effondrée. L’électorat est grosso modo partagé en trois tiers et Philippot détient le plus gros.

A Perpignan (Pyrénées-Orientales), l’autre vice-président du parti, Louis Aliot, est aussi en tête avec 34,20% de suffrages devant l’UDI (30,67%) et le PS (11,87%). Si le FN n’a pas de réserve de voix, la tête de liste centriste, en revanche, peut éventuellement espérer un report de l’électorat de deux listes divers droite, soit un gain mathématique de 12 points. La liste de gauche, déjà hors jeu, s'est retirée en application du «front républicain».

Fusions ou désistements font office de barrage

Sur les 11 autres villes où l’extrême droite est arrivée première, aucune ne devrait tomber dans l’escarcelle du FN... si des fusions ou des désistements s’opèrent à l’intérieur de la droite et de la gauche. Arithmétiquement, le Front national est devancé, au second tour, soit par un rassemblement de la droite, soit par regroupement de la gauche. A Tarascon (Bouches-du-Rhône), le FN obtient 39,24% mais derrière lui une liste UDI est à 33,98% et une autre divers droite a 16,97%.

A Cogolin (Var), le FN a réalisé 39,03% mais deux listes divers droite font un score global de 41,75%. S’il y a fusion, le résultat final dépendra de la mobilisation des deux électorats rivaux.

Même topo au Pontet (Vaucluse) où l’éventuel rapprochement d’une liste UMP (28,15%) avec une liste divers droite (15,35%) aboutit à un total supérieur au score de la liste FN (34,65%) du premier tour. Configuration identique à Cluses (Haute-Savoie): le FN avec 31,41% est sous la pression d’un bloc de droite composé de l’UMP (25,06%) et  de deux listes divers droite qui totalisent près de 32%. A Beaucaire (Gard) où 5 listes peuvent se maintenir, le FN (32,84%) est talonné par la liste du maire sortant (22,46%), une liste divers droite (18,16%) et une liste «Union de la gauche» (12,07%).

A Villers-Cotterêts, dans l’Aisne, ce sont trois listes divers droite qui totalisent 39% alors que Front national est arrivé en tête avec 32,04%. A Hayange (Moselle), le candidat FN, ancien syndicaliste CGT (30,40%) est pris en tenaille par deux listes divers droite totalisant 33,73% et deux listes de gauche qui cumulent 32,49%. Encore faudrait-il qu’elles fusionnent.

Restent Avignon, Montigny-en-Gohelle, Dignes-les-Bains et Mantes-la-Ville

A Avignon (Vaucluse), le patron du Festival, Olivier Py, a menacé de plier bagages dans l’hypothèse où le Front national s’emparerait de la ville. Certes, la liste FN est sortie en pole position au premier tour avec 29,63% mais elle est marquée à la culotte par celle du PS (29,54%) qui peut éventuellement compter sur l’apport du Front de gauche (12,46%). La liste UMP qui se maintiendra, selon le principe du «ni ni» a terminé avec 20,91% des voix.

Enfin, il reste trois villes où les chances du Front national semblent être assez marginales, bien qu’il soit en tête dans les trois avant le second tour. A Montigny-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais, le FN est à 28,86% mais il doit affronter un trio de gauche dont il serait étonnant qu’il ne parvienne pas à fusionner, au moins en partie : PS (26,84%), divers gauche (20,91%) et PCF (17,51%).

La situation est un peu semblable à Dignes-les-Bains (Alpes de Haute-Provence) où le FN qui a 27,69% doit affronter deux listes divers gauche qui font un score cumulé de 46,43%... avant fusion éventuelle.

La dernière commune en ballotage qui a placé le Front national en tête est Mantes-la-Ville (Yvelines). Elle a la particularité d’être une des rares en France qui pourrait, théoriquement, avoir le même nombre de listes au premier et au second tour. Les six en présence ont, en effet, dépassé la barre des 10%. Il est probable, cependant, que cette sexangulaire n’aura pas lieu! Si un regroupement a lieu à gauche –divers gauche (20,15%), PS (19,61%) et Front de gauche (10,52%)  ou à droite –UMP (16,61% et divers droite (11,45%)– les 21,66% du FN ne seront pas suffisants pour décrocher la mairie.

Olivier Biffaud

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Journaliste
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