Municipales 2014France

Comprendre le vote à Montreuil avec les cartes interactives des bureaux de vote

Slate.fr, mis à jour le 27.03.2014 à 19 h 27

Carte: Joël Gombin

Carte: Joël Gombin

On savait que Montreuil, commune limitrophe de Paris en Seine-Saint-Denis, serait un cas divertissant avec ses sept listes de gauche. Quatre se sont maintenues au second tour.

La mise en cartes de ces résultats permet de visualiser les fractures de cette ville de 103.000 habitants.

Des fractures politiques, d'abord. Montreuil est tiraillée entre sa tradition communiste et son tournant écologiste en 2008 avec Dominique Voynet (qui s'est retirée du jeu). Jean-Pierre Brard, l'ancien maire communiste, est arrivé en tête au premier tour (25,54% des voix.

Des fractures sociologiques, ensuite. Le Bas Montreuil se caractérise notamment par la part importante de professionnels de l'information, des arts et du spectacle. La gentrification de ce secteur est un cas d'école francilien, un phénomène qui s'accélère dans les années 2000 comme l'a rappelé la sociologue Anaïs Collet, auteure d'une thèse sur le sujet, dans une tribune que nous avons publiée.

Commençons donc cette série de cartes par un petit rappel: le vote pour la liste de Dominique Voynet en 2008, «Montreuil Vraiment», en fonction des bureaux de vote:

Et voici la part des cadres et professions intellectuelles supérieures par bureau de vote (toutes les cartes suivantes sont réalisées par Joël Gombin, membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès).

Part des cadres et professions intellectuelles supérieures par bureau de vote à Montreuil

Part des cadres à Montreuil - Réalisation: Joël Gombin, Sources: Cartelec (Laurent Beauguitte et Céline Colange), INSEE

1. Le vote Jean-Pierre Brard (PCF)

Au nord de Montreuil, plus pauvre et regroupant les grandes ensembles de la ville, deux candidats ont réalisé les meilleurs scores: le communiste Jean-Pierre Brard, arrivé en tête du scrutin à Montreuil, et le député PS du secteur depuis 2012, Razzy Hammadi, néanmoins éliminé. L'emprise de Brard sur le nord est très nette sur la carte.

Comme le remarque à juste titre le Nouvel Observateur, le vote montreuillois est très hétérogène: «Jean-Pierre Brard atteignant de son propre aveu des "scores staliniens" dans les cités HLM du Parc Montereau, alors qu'il se retrouve souvent en 3e ou 4e position dans les quartiers gentryfiés du bas de la ville. Le symptôme des profondes divisions politiques et sociales qui minent la 3e ville d'Ile-de-France.»

Le vote Jean-Pierre Brard (PCF)

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Cartelec (Laurent Beauguitte et Céline Colange), Ministère de l'Intérieur

2. Le vote Razzy Hammadi (PS)

Avec 9,8% des suffrages, le candidat socialiste est éliminé. Il avait pourtant ravi à Brard la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis en 2012, un secteur qui regroupe les villes de Montreuil et de Bagnolet, située au nord de cette dernière: on voit la marque de son implantation sur la carte de son vote.

Ce 25 mars, dans un communiqué, il a annoncé avoir décidé de ne pas faire partie de la liste de rassemblement Bessac-Dufriche du second tour, pour rester «entièrement mobilisé désormais en tant que député de Montreuil et de Bagnolet».

Le vote Razzy Hammadi (PS)

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Cartelec (Laurent Beauguitte et Céline Colange), Ministère de l'Intérieur

3. Le vote Patrice Bessac (Front de Gauche)

La carte du vote pour Patrice Bessac, candidat Front de Gauche, est moins lisible, et ses zones de force plus éclatées. Son électorat est néanmoins bien représenté dans le Bas Montreuil, à l'ouest dans le secteur de Villiers-Barbusse, qui se caractérise par une riche vie associative et militante.

Avec 18,81% des voix au premier tour, il est arrivé en deuxième position et mènera une liste commune au deuxième tour, front anti-Brard, avec Ibrahim Dufriche-Soilihi et le PS.

Le vote Patrice Bessac (Front de Gauche)

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Cartelec (Laurent Beauguitte et Céline Colange), Ministère de l'Intérieur

4. Le vote Ibrahim Dufriche-Soilihi (Europe Ecologie-Les Verts)

Ibrahim Dufriche-Soilihi a d'abord été membre du PS, mais a choisi en 2008 de soutenir Dominique Voynet plutôt que le sortant, Jean-Pierre Brard. A la tête de la liste EELV, il arrive quatrième (15,25%) derrière la candidate de droite Manon Laporte (16,68%) et peut se maintenir. Il est, avec Bessac, candidat du Front de Gauche, celui qui s'implante le mieux dans le bas de la ville.

Le vote Ibrahim Dufriche-Soilihi (Europe Ecologie-Les Verts)

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Cartelec (Laurent Beauguitte et Céline Colange), Ministère de l'Intérieur

5. Le vote Mouna Viprey (divers gauche)

Mouna Viprey, elle aussi ancienne socialiste ayant rallié en 2008 Voynet, devenue sa première adjointe avant de rompre avec elle, présentait une liste de gauche citoyenne. Son vote ressemble à celui des écologistes observé plus haut.

Le vote Mouna Viprey (divers gauche)

Réalisation: Joël Gombin, Sources: Cartelec (Laurent Beauguitte et Céline Colange), Ministère de l'Intérieur

Cartes: Joël Gombin, Cartelec (Laurent Beauguitte, Céline Colange)

Texte: Jean-Laurent Cassely

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