Municipales 2014France

Municipales: il est trop tôt pour parler de gifle

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 24.03.2014 à 10 h 24

On ne saura si le vote de dimanche est un véritable vote sanction qu'au lendemain du second tour. Néanmoins, le Président peut d'ores et déjà en tirer des leçons. Au premier rang desquelles le changement nécessaire de Premier ministre.

François Hollande à Tulle, le 23 mars 2014. REUTERS/Regis Duvignau

François Hollande à Tulle, le 23 mars 2014. REUTERS/Regis Duvignau

«La gifle», «la claque», voire «la déculottée»: tel a été, tout au long de la soirée, le commentaire dominant après le premier tour des élections municipales.

Cela n’est pas indifférent, car la tonalité du commentaire est toujours de nature à influencer le climat de l’entre-deux-tours. Et celle-ci est ce qui permet le mieux à Jean-François Copé de parler d’«une grande victoire» dimanche prochain.

La réalité est plus nuancée. Et c’est le second tour qui donnera sa véritable physionomie au scrutin: soit «une claque», soit un résultat plus équilibré qu’annoncé.

L’analyse diffère selon l’angle de prise de vue.

Une gifle, ou pas?

Au niveau national, la gauche enregistre en effet un net recul, puisqu’elle passe sous la barre des 40%.

Au niveau local, qui est le véritable enjeu de ce scrutin, elle est en mesure de préserver beaucoup de positions. Rien qui ressemble à «une claque», mais plutôt un recul classique dans une période d’impopularité gouvernementale.

Une vraie «gifle», c’était celle de 1983 par exemple où, à Paris, aucun arrondissement n’était allé à la gauche, aucun leader n’était parvenu à enrayer le raz-de-marée conduit par Jacques Chirac. C’était au lendemain du tournant de la rigueur annoncée par François Mitterrand et Pierre Mauroy.

Cette fois, nous avons affaire à un scrutin de référence, celui de 2008, qui marquait, dans l’histoire récente, le plus haut niveau jamais enregistré par la gauche à des élections municipales, donc le plus bas niveau enregistrée par la droite.

Celle-ci, à ce stade, est en mesure de ne refaire qu’une partie, une partie seulement, de son retard pris dans les années Sarkozy.

Il est vrai que si la gauche peut garder espoir, si elle limite à une quinzaine le nombre de villes perdues, elle le devra en grande partie à des triangulaires.

Car c’est bien là le principal enseignement du scrutin: un Front national présent au second tour dans 315 villes selon son porte-parole Florian Philippot.

Le vote FN devient-il un vote d'adhésion?

Cette percée locale a fait dire à Marine Le Pen que nous assistions à la fin de la bipolarisation de la vie publique et à la naissance d’un nouveau tripartisme. Ce scrutin marque incontestablement une avancée pour elle dans le travail d’implantation et d’enracinement du FN qu’elle a entrepris sous les couleurs de son Rassemblement bleu Marine.

Il serait faux et dangereux d’interpréter dès maintenant ce succès du Front national comme un élément d’un vote sanction contre le gouvernement.

On ne pourra analyser ce point qu’au soir du second tour.

Soit les listes Front national présentes gardent leurs voix: on aura alors affaire à un vote d’adhésion, comme le dit Marine Le Pen, à un vote FN, à un vote anti-tout, anti-système, anti-élite, anti-euro, tout ce qu’on voudra…; l’un des éléments du vent de populisme qui souffle sur toute l’Europe.

Soit les listes FN présentes au second tour perdent leur substance et une partie non négligeable de leurs voix se reportent sur l’UMP: on sera alors dans le cas de figure d’un vote sanction contre le gouvernement.

La nature de celui-ci se jugera également au regard de l’abstention.

L'abstention devient-elle un geste politique?

Celle-ci a été forte pour un scrutin municipal et s’inscrit dans une courbe ascendante qui nous rapproche progressivement des normes américaines, où seul un électeur sur deux se déplace.

Sauf à imiter nos amis belges pour qui le vote est obligatoire, il s’agit là d’un désinvestissement d’une partie de la population, dommageable pour tout le monde.

Mais depuis quelque temps, on le sait, l’abstention peut aussi s’assimiler à un geste politique: ainsi la droite a-t-elle été pénalisée en 2008 par l’abstention volontaire d’une partie de son électorat; cette abstention différentielle pénalise aujourd’hui le Parti socialiste dans des proportions évidemment variables selon les villes.

Au vu donc du nombre de triangulaires programmées pour le second tour, dues pour l’essentiel à la présence du Front national, il n’est pas absurde de penser que la gauche puisse tenir le choc, ou sauver les meubles, selon l’expression que l’on préfèrera.

L'écueil qui menace l'UMP

Dès lors, il y a deux écueils à éviter.

Le premier vaut pour la droite qui se cantonne, entre les deux tours, dans une attitude de «ni-ni» qui est la suite logique de l’abandon par l’UMP de la doctrine Chirac de barrage contre le FN.

Ce que les dirigeants actuels de l’UMP n’ont pas encore compris, c’est qu’il y a une grande différence entre parler aux électeurs du FN, et parler comme le FN.

Dans un cas, on s’affronte, dans l’autre on nourrit la montée dudit FN. Et c’est ce qui se passe depuis le discours de Toulouse, celui de l’entre deux tours de 2012 de Nicolas Sarkozy.

Attitude qui est, pour l’heure, celle de Jean-François Copé. Or le projet de Marine Le Pen n’est pas, comme pourraient le rêver certains élus UMP, de s’allier un jour pour accéder au pouvoir à la droite.

Son projet est bel et bien de se substituer à l’UMP. Par rapport à cette feuille de route, elle a considéré, le 23 mars, qu’elle avait marqué un premier point.

Le Président doit changer de gouvernement et remplacer Jean-Marc Ayrault

Le second écueil vaut pour le président de la République. S’il considère que la gauche subit un recul somme toute classique et banal dans une période où elle est au gouvernement, loin des «gifles» du passé, il peut être tenté par le statu quo.

Or, quoiqu’il arrive au soir du second tour, il est urgent de changer la donne, donc de changer de gouvernement.

Changer, cela veut dire bien sûr une équipe différente avec un Premier ministre différent. Pour deux raisons, à vrai dire quasi indépendantes du scrutin, même si le vote est toujours un bon prétexte.

D’une part sa faiblesse dans l’opinion vient pour l’essentiel de la faiblesse de son dispositif politique. Cela vaut pour l’organisation de l’Elysée comme pour celle du gouvernement dont la responsabilité est celle du Premier ministre: trop de dysfonctionnements, trop d’annonces et de contre-annonces, le tout donnant l’impression de lenteur et d’amateurisme. Plus ce système perdure, plus le président continuera de s’affaiblir.

D’autre part, la conférence de presse qu’il a tenue mi-janvier est la définition d’un nouveau cap, d’une politique dite de l’offre dont la clef de voûte sera le pacte de responsabilité. Elle ne peut pas être incarnée par le même Premier ministre ni la même équipe gouvernementale, parce que ce discours a constitué un changement de cap né de la prise de conscience, alors que toute l’Europe repart, que la France pourrait n’avoir qu’une reprise trop faible pour faire durablement reculer le chômage.

Il lui faudra sans doute se faire violence, sortir du confort que lui a conféré l’actuel Premier ministre et montrer, par ses choix, que la professionnalisation et la cohérence seront les mots d’ordre d’une nouvelle équipe.

Jean-Marie Colombani

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