Municipales 2014France

Municipales 2014: de Pau à Hénin-Beaumont, de Grenoble à Niort, les dix résultats que vous devez retenir du premier tour

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 24.03.2014 à 10 h 08

Alain Juppé, à Bordeaux, le 20 mars 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Alain Juppé, à Bordeaux, le 20 mars 2014. REUTERS/Regis Duvignau

Ce premier tour des élections municipales a débouché sur une absention forte, des mauvais résultats pour la gauche et positifs pour l'extrême droite. Voici les dix résultats qu'il faut retenir de ce scrutin, et qui éclairent, chacun à leur manière particulière, les enjeux du scrutin.

Pau (Pyrénées-Atlantiques), le retour de Bayrou

A Pau, François Bayrou arrive largement en tête (41,9% des voix). Il avait obtenu, c'était sa force, que son concurrent UMP, Eric Saubatte, rejoigne sa liste et face front commun avec lui pour battre le PS et le FN. Les derniers sondages le donnait en tête au premier tour avec 40% des suffrages puis gagnant au second, triangulaire ou non. Son score de plus de 42% renforcent ces projections.

L'ancien candidat à la présidentielle a assuré pendant sa campagne que ses envies se réduisaient désormais à l'échelle locale. Mais comme le soulignait Le Nouvel Observateur:

«François Bayrou se verrait bien suivre le chemin d'Alain Juppé, ragaillardi par ses succès bordelais et désormais prétendant crédible à la présidentielle. On évoque même un ticket entre ces deux amis de trente ans.»

Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le triomphe du FN

Marine Le Pen avait fait d'Hénin-Beaumont une ville-symbole du Front national, le symbole est renforcé par la victoire dès le premier tour du candidat FN Steeve Briois, qui l'emporte avec 50,26%. C'était une victoire prévisible, mais envisagée plutôt pour le second tour dans cette ancienne ville minière, tenue depuis 50 ans par une gauche touchée par les affaires, et rongée par le chômage.

Paris Ve (Ile-de-France), les droites ennemies se rassembleront-elles?

A Paris, finalement, Nathalie Kosciusko-Morizet arrive en tête en nombre de voix, mais Anne Hidalgo a tout de même l'avantage, pour le second tour, avec une majorité d'arrondissements semblant pencher à gauche –mais sans doute pas de conquête. «On a gagné!», ont ainsi crié les militants PS. «Je note avec satisfaction que dans deux arrondissements clés (12e et 14e), la gauche est largement en tête et distanciant les équipes de NKM», s'est félicitée Anne Hidalgo.

Au final, beaucoup de regards, dans une semaine, se tourneront vers le Ve arrondissement, qui avait été le plus proche de basculer en 2008. Si la candidate PS Marie-Christine Lemardeley sort en tête à 34% devant la candidate UMP Florence Berthout (28%) et Dominique Tibéri, fils du maire sortant (20%), le total des voix de droite reste haut. Reste à voir comment se fera le rassemblement au second tour...

Marseille, Bouches-du-Rhône

A Marseille, on s'attendait à scruter à la loupe les résultats du décisif IIIe secteur, mais la bataille est moins serrée que prévu: le maire sortant Jean-Claude Gaudin (UMP) est très largement devant, avec plus de 40% des voix. Le FN devance même le PS, selon les résultats disponibles dimanche soir.

Patrick Menucci veut pourtant croire que «rien n'est joué. Nous n'avons pas réussi à convaincre les Marseillais que notre projet peut améliorer leur quotidien. Le changement ne peut passer ni par le FN, ni par l'immobilisme de la municipalité sortante.»

Béziers (Hérault), symbole des triangulaires

Robert Ménard, candidat du Rassemblement Bleu Marine, soutenu par le Front national, arrive très largement en tête avec presque 45% des voix. Les derniers sondages le donnaient devant, mais pas avec un tel score. Selon les données du dernier sondage Ifop, sa liste devait arriver en tête au premier tour avec 38% des intentions de vote. Il était donné battu au second par l'UMP Elie Aboud dans l'hypothèse d'une triangulaire. Elie Aboud estimait que rattraper cinq points d'écart était possible, mais l'écart est désormais plus grand que prévu.

Pour l'issue du second tour, tout dépendra de la gauche, et de son maintien ou non face à l'UMP, plutôt que de faire bloc face aux extrêmes.

Bordeaux (Gironde), rampe de lancement pour Juppé 2017?

Alain Juppé l'emporte dès le premier tour à Bordeaux, dont il est maire depuis 1995. Une victoire escomptée, mais d'autant plus importante pour l'ancien Premier ministre que la ville avait largement voté pour François Hollande lors de l'élection présidentielle de 2012 (57,18% des voix pour le candidat socialiste).

Dans un contexte d'une UMP divisée, sans leader, touchée par les affaires (Buisson, Karachi, Tapie, Kadhafi, Bygmalion), l'ancien Premier ministre peut se trouver dans la position du candidat du recours pour la présidentielle de 2017. Cette victoire très confortable (presque 60% des voix) devient un atout d'autant plus fort pour le jeu politique national.

Grenoble (Isère), symbole du duel des deux gauches

Grenoble est emblématique des dissensions au sein de la gauche. Les écologistes, alliés au Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, espéraient créer la surprise en obtenant la première place dans ce bastion PS depuis 1995 (64,29% de voix en faveur de Hollande en 2012) et ils ont réussi.

C'est le candidat EELV Eric Piolle qui arrive en tête avec 29,41%, la liste PS n'obtenant que 25,31% des voix. Le candidat de droite Matthieu Chamussy, qui avait le soutien de l'UMP et de l'UDI, arrive en troisième position avec 20,86% des voix. La candidate FN Mireille d'Ornano peut se maintenir au second tour avec 12,56% des voix.

Montreuil (Seine-Saint-Denis), la plus compliquée

Le grand bazar montreuillois: Razzy Hammadi, député depuis 2012, conduisait la liste PS, Ibrahim Dufriche la liste EELV après la défection de Dominique Voynet, Mouna Viprey, une ancienne encartée PS, menait une liste divers gauche. Patrice Bessac était là pour le Front De Gauche. A cela s'ajoutait deux listes d'extrême gauche: Aurélie Jochaud (LO) et Aline Cottereau (NPA). Manon Laporte était la candidate UMP. Mais c'est l'ancien maire battu par Voynet Jean-Pierre Brard (apparenté communiste) qui vire en tête, avec 25,5% des voix. Suivent Bessac (18,81%), Laporte (16,69%), Dufriche (15,25%), Viprey (10,96%). Hammadi (9,8%) et Jochaud (1,01%) ne peuvent prétendre au second tour mais le socialiste peut choisir de fusionner avec une liste mieux placée que la sienne.

Niort (Deux-Sèvres), fin d'un règne de deux décennies

Cette ville de près de 60.000 habitants n'est pas de celles qui attirent beaucoup de regard lors des municipales, mais pourtant, elle vient de basculer à droite après presque 60 ans à gauche. À la présidentielle de 2012, elle avait voté pour François Hollande à presque 65%.

Contre toute attente, Jérôme Baloge, membre du Parti radical, soutenu par l'UMP, l'a emporté dès le premier tour (54,3%) face à la candiate PS et maire sortante Geneviève Gaillard (20,3%). Celle-ci était notamment fragilisée par la présence d'une liste Front de gauche et d'une liste EELV.

Le Havre (Haute-Normandie), pas de maire issu de la diversité

Au Havre, Edouard Philippe (UMP) est réélu dès le premier tour avec 52% des voix. Camille Galap, tête de liste PS (16,7%) et seul candidat d'un des deux grands partis issu de la diversité dans une ville de plus de 100.000 habitants, est donc très nettement battu.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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