Municipales 2014France

La campagne municipale, c'est tout un art

Elise Costa, mis à jour le 22.03.2014 à 17 h 38

Cosmologiste, maniériste, baroque, cubiste, alarmiste: catalogue des grandes tendances visuelles de la cuvée 2014.

Aux élections municipales de 2008, l’abstention avait battu un nouveau record au premier tour (plus de 33%). Si l'on craint que les Français ne reproduisent le même schéma cette année, l’engagement politique, lui, est pourtant toujours bien présent. Surtout graphiquement.

Affiches, vidéos ou slogans de campagne, les petites listes électorales –et les militants qui les soutiennent– prennent leur destin en main: «Tremblez, tyrans et vous, perfides, l'opprobre de tous les partis!» Comment l’audace et la créativité réussissent aujourd’hui à capter le regard de l’électeur? Démonstration, entre courants artistiques existants et émergents.

Les cosmologistes

A l’origine, le cosmos. Nous sommes un tout unique qui se dirige vers sa destinée: les urnes.

A La Ciotat, on l’a bien compris, et tout le monde ne parle que de ça au marché.

La société repose sur le concept de l’infiniment petit et l’infiniment grand. Symboliquement, cela se traduit par des personnages qui plongent leur regard vers l’horizon.

Voire un ciel étoilé, allégorie de ces petites mains qui pourront dépouiller les urnes jusque tard dans la nuit.

Les maniéristes

Maniérisme, subst. masc. Né en Italie vers 1520, ce courant artistique s’inscrit en opposition à la Renaissance et à son idéal de beauté. Rupture de la perfection: l’exactitude des proportions et la réalité de l’espace sont écartées afin de provoquer de nouvelles émotions.

Nouvelle émotion, comme celle du malaise intestinal, qui en temps normal ne peut être ressenti qu’après beaucoup de café.

Interlude parodique –Steeve Augoula ne se présente pas vraiment au poste de maire de Gif-sur-Yvette (Essonne), et c’est dommage.

Cette vidéo est pourtant irréprochable aussi bien sur la forme (le décor est une photo libre de droit) que sur le fond.

Les baroques

Le baroque, grand mouvement du XVIIème siècle, se distingue par des jeux de lumières et de contrastes («clair obscur») et une certaine gravité des personnages, qui communiquent essentiellement par le regard. Thèmes: le temps qui passe et par extension, la mort.

Jean Pichai, candidat à la mairie de Pau, est la star de ces élections municipales. Son style dramatique n’est pas sans rappeler celui de la série des vieux hommes de Rembrandt. Modeste, l’homme ne le précise pas, mais il est également l’inventeur de l’affiche parlante.

Les cubo-futuristes

Dans sa lettre à Emile Bernard datant du début du siècle, Cézanne introduisait le cubisme comme ceci:

«Traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective, soit que chaque côté d’un objet, d’un plan, se dirige vers un point central. […] Les lignes perpendiculaires à cet horizon donnent la profondeur […] d’où la nécessité d’introduire […] une somme suffisante de bleutés, pour faire sentir l’air.»

Sur certaines affiches, l’inspiration ne fait aucun doute.

Dans le même esprit, le clip d’En avant Montpon! où, derrière une mélodie fort dynamique, la beauté du pont est exaltée. Montpon est si énergique que quand ils sont ensemble, ensemble prend un s.

Mais le plus cubo-futuriste de tous est peut-être Pierre Gobet, qui se présente à Nantes pour le Parti des Nantis.

La ville, préoccupation centrale, permet ici de se tourner vers l’avenir; de même, le bleu, le rouge et le noir et blanc rappellent «la tradition slave». Un grand oui.

Les modernistes

Moins radical que le cubo-futurisme, l’art moderniste exprime une nouvelle vision de la politique entre deux chaises: un peu dans la ville, mais aussi un peu au bord de l’eau (car le réseau de 4G s’est étendu partout).

Cet art a naturellement émergé dans de nombreuses régions maritimes.

A Honfleur plus qu’ailleurs notamment, un vent de modernité souffle sur les bureaux de vote.

Enfin, une œuvre représentative avec les Segway de Jean-Marie Mure-Ravaud, candidat dans la ville de Ventabren (Bouches-du-Rhône).

Les surréalistes

La meilleure définition du surréalisme (1924-1945) a été donnée par son père fondateur, André Breton:

«Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.»

En voici tout d’abord un exemple imagé.

Ainsi qu’une œuvre audiovisuelle représentative du mouvement.

Cette vidéo en faveur de Guy Ferez, candidat à la mairie d’Auxerre, ouvre sur un feu d’artifice et un cadre bleu où il apparaît en costume face à un poster en trompe-l’œil. Nous nous retrouvons alors dans un rêve affranchi de toute logique où les images symboliques se superposent aux discours existentiels: le mot «enfant» revient à plusieurs reprises. L’enfance n’est-il pas le moment où l’individu est affranchi des règles morales? A méditer.

Les minimalistes

Le minimalisme, ou art minimal, est un mouvement apparu dans les années 60 qui se réduit à l’essentiel. Son leitmotiv? «Less is more», comme disait l’architecte Mies van der Rohe.

Pas de chichi donc pour Robert Nardelli, candidat à Drap (Alpes-Maritimes): les chiffres sont là, le logo est clair («Donnons-nous la main») et la branche d’olivier, signe de paix et de victoire, est présente mais subtile. Robert Nardelli va droit au but.

Mais l’art minimal ne signifie pas qu’il doit être dénué de toute sensibilité, preuve en est avec Alain Campion, qui se présente à Montmerle-sur-Saône, dans l’Ain.

Et avec Olivier Régis, candidat à Bezons (Val d'Oise).

Les jaunistes

Couleur de la fête et de la joie propres à la politique, le jaune est également le symbole du soleil.

Le jaune peut être un élément récurrent bien sûr, comme ici à Dinan, dans les Côtes-d’Armor.

Mais il peut aussi n’être utilisé que pour la police de caractères. Ainsi, c’est joyeux sans être non plus déglingo. Alliant utile et esthétique, le jaune lumineux permet aussi aux petites coquilles de passer presque inaperçues.

Parfois, le soleil sera suggéré grâce à une lampe HEKTAR, comme nous le montre ici Paul Faye à Bussy Saint-Georges (attention, ceci est la vidéo officielle).

A noter que le coucher de soleil reste un élément visuel fort, mais qui a parfois besoin d’être agrémenté d'une musique entraînante pour provoquer l’émoi du spectateur.

Les alarmistes

Tout nouveau courant artistique de ce début du XXIème siècle, confirmé par le succès des séries médiévales, l’art alarmiste a pour vocation de susciter une vague d’adrénaline, une émotion de panique chez le spectateur.

Si les pré-alarmistes se concentraient sur l’aspect côte de maille et dragon…

….La liste «Ensemble protégeons nos racines» de Port-Saint-Louis-du-Rhône (Bouches-du-Rhône) est, avec son clip de campagne pour les municipales 2014, la plus représentative de ce courant.

Car le style alarmiste cherche à répondre à une seule et même question: réussirons-nous à nous en sortir?

Pierre Chéron, à Jullouville (Manche), n’est pas en reste: en mettant l’accent sur les regards volontaires et les pommes d’Adam déterminées de ces colistiers, il lance un message fort.

En tous cas avec Stéphane Poncet, l’envie de s’accrocher et de tenir bon jusqu’à son investiture est bien là.

Ainsi, nous sommes rappelés à cette triste vérité: à chaque fois qu’un citoyen ne vote pas, un graphiste meurt.

Élise Costa

Pour plus d’histoire de l’art des campagnes municipales 2014, les tumblrs Municiplol2014 et les Zélections municipales 2014.

Merci à Henri Michel et Sandy Prolhac.

Elise Costa
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Journaliste
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