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Interceptions: est-ce qu'une ligne sur écoute grésille vraiment?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 21.03.2014 à 19 h 54

Non, plus depuis la fin des «bretelles».

The Listening Ear / FaceMePLS via Flickr CC License by.

The Listening Ear / FaceMePLS via Flickr CC License by.

Selon un article publié par Le Parisien ce vendredi 21 mars, Carla Bruni-Sarkozy n'apprécie pas vraiment que son mari ait été mis sur écoute et s'emporte, au moindre grésillement bizarre sur son portable, contre ceux qui effectuent les interceptions. Peut-on vraiment se rendre compte que l'on a été placé sur écoute?

Non, en tous cas plus depuis que les interceptions sont passées de l'analogique au numérique dans les années 2000. A l'époque du téléphone fixe filaire, il fallait en effet, pour placer une ligne sur écoute, installer manuellement des bretelles analogiques sur les fils de cuivre, ce qui pouvait créer de faux contacts et entraîner des grésillements, voire des interférences.

Cette technique était utilisée aussi bien par les policiers lors d'écoutes légales que lors d'interceptions illégales comme dans l'affaire des écoutes de l'Elysée dans les années 1980, qui étaient appelées par les initiés les «bretelles du président».

Des bretelles aux ordinateurs

Les dernières bretelles à l'ancienne ont disparu en 2006 et la totalité des écoutes téléphoniques légales effectuées en France sont aujourd'hui numériques. Ces écoutes, officiellement appelées les «interceptions de communications électroniques», ont connu une véritable révolution avec l'avènement des nouveaux moyens de communication.

Autrefois très coûteuses et chronophages (il fallait poser le dispositif et une personne pour écouter la conversation), elles sont devenues beaucoup plus faciles et rapides aujourd'hui. Plusieurs dizaines de milliers d'écoutes légales sont effectuées chaque année en France, un acte devenu routinier pour ceux qui les effectuent.

Les interceptions les plus répandues sont les interceptions judiciaires, comme celles qui ont visé Nicolas Sarkozy. Elles sont décidées par un juge d'instruction dans le cadre d'enquêtes sur des infractions passibles d'une peine d'au moins deux ans d'emprisonnement. 

Ce sont ensuite les opérateurs de télécoms qui effectuent l'interception en enregistrant les données brutes de l'appareil visé, puis envoient celles-ci à un prestataire privé, qui met en forme les flux pour qu'ils soient utilisables par les officiers de police judiciaire. Sur ce créneau, des sociétés comme Elektron ou Foretec se taillaient autrefois la part du lion, mais Thalès vient de récupérer ce marché dans son intégralité à travers une énorme plateforme d'écoutes judiciaires.

Discrétion garantie

Du côté des opérateurs, qui sont tenus par la loi de permettre l'accès à leurs réseaux pour l'interception des communications, l'acte est totalement automatisé et tout se passe par ordinateur: ils ne font que copier et transférer les données numériques de la conversation, ce qui rend en théorie impossible pour une personne sur écoute de s'en rendre compte à travers d'éventuels sons suspect et autres interférences.

La discrétion est même souvent inscrite dans le cahier des charges des opérateurs. Quand ceux-ci mettent en place un nouveau réseau de communication public, ils demandent aux autorités compétentes du pays s'il faut créer des infrastructures d'interception, dont le financement est pris en charge par ces dernières. Si la réponse est positive, l'opérateur doit répondre à un objectif de transparence totale: les interceptions ne doivent occasionner aucune anomalie, aucun délai et doivent passer inaperçues.

Dans le cas d'interceptions comme celles qui concernent les métadonnées (le lieu, l'heure, la durée d'un appel) ou encore des fameuses fadettes (la vérification des factures détaillées d'un poste fixe ou d'un portable), il s'agit d'informations en mémoire chez l'opérateur et dont la transmission aux autorités se fait aussi sans que l'utilisateur ne puisse s'en rendre compte.

Dans la tête? 

A moins d'être soi-même un ingénieur spécialisé en interceptions ou de tendre un improbable piège à la police en donnant de faux rendez-vous suspects par téléphone pour vérifier si une voiture aux vitres teintées fera le déplacement comme dans les films d'espionnage, il n'y a donc aucun moyen de savoir à coup sûr si sa ligne a été placée sur écoute. Cela n'empêche pas les personnes soupçonnant ou étant certaines d'être la cible d'interceptions, comme Carla Bruni-Sarkozy, d'être persuadées d'entendre des grésillements ou de subir des interférences liées à une écoute supposée ou réelle.

L'explication la plus probable à ce phénomène est que les personnes se sachant sur écoute ou le soupçonnant font beaucoup plus attention aux parasites et aux bruits qui parsèment habituellement les conversations téléphoniques.

Grégoire Fleurot

L'explication remercie François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Iris et auteur de Les écoutes téléphoniques, et Claudine Guerrier, professeure de droit à Télécom Ecole de management.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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