FranceMunicipales 2014

Municipales: tout le monde a gagné!

Jean-Baptiste Daoulas, mis à jour le 23.03.2014 à 19 h 01

Les premiers résultats ne seront disponibles qu’à partir de 20h dimanche? Pas de souci, on connaît déjà les vainqueurs: le PS, l'UMP et le FN. Voici leurs éléments de langage.

REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Dimanche soir, à 20 heures, il n’y aura que des gagnants sur les plateaux de télévision. Quels que soient les résultats, la grande particularité des élections municipales est de permettre à la gauche comme à la droite de revendiquer la victoire. Tout est affaire de point de vue.

«Est-ce qu'on regardera les villes de plus de 30.000 habitants? Celles de plus de 20.000 habitants? Celles de plus de 10.000 habitants?», s’interroge le politologue Emmanuel Rivière sur France TV Info. Dans les états-majors de la majorité, de l’UMP et du FN, les éléments de langage sont déjà prêts pour que le verre ait l’air à moitié plein.

PS: la défaite en sourdine

Les éléments de langage

Sauf déroute aussi monumentale qu’imprévue, le storytelling préparé par Solférino est le suivant: les municipales 2008 ont été tellement favorables au PS qu’il était impossible d’égaler cet exploit en 2014. Sans oublier que le contexte national, alliage d’impopularité gouvernementale record et de crise économique, a pesé sur la mobilisation des électeurs de gauche. Les socialistes pourront aussi invoquer que les élections intermédiaires sont traditionnellement compliquées pour les partis majoritaires.

Pour Solférino, l’important sera de minimiser le fait que des villes basculent de gauche à droite –ce point semble d’ores et déjà inévitable– mais de souligner que la bascule aurait pu être beaucoup plus importante. Ou comment dissimuler en victoire la perte de quelques dizaines de villes de plus de 10.000 habitants. Comme Paris et Lyon en 2001, la conquête de Marseille ou de villes moyennes comme Aix-en-Provence ou Avignon permettrait de créer un écran de fumée autour de la défaite.

Les hiérarques socialistes les plus hardis iront même jusqu’à parler d’un échec de l’UMP au niveau national, en moquant l’incapacité du parti de Jean-François Copé à capitaliser davantage sur les difficultés de la majorité en faisant tomber des métropoles socialistes. Après tout, la cote de confiance de François Hollande est de seulement 19% dans le dernier baromètre TNS-Sofres, soit 22 points de moins que Nicolas Sarkozy en février 2008.

La réalité

Depuis 2008, la gauche détient 58% des 269 villes de plus de 30.000 habitants. Dans l’hypothèse –optimiste pour le PS– où moins d’une petite vingtaine de ces villes basculeraient, les socialistes pourraient revendiquer la victoire dans la mesure où la gauche resterait majoritaire dans cette catégorie de villes.

Même si la gauche limite la casse au niveau national, la majorité pourrait difficilement s’en féliciter. Les candidats locaux se sont majoritairement désolidarisés du gouvernement en demandant aux ministres de ne pas venir les soutenir et les logos du PS se sont faits tout petits sur les affiches.  

Et n’en déplaise aux socialistes, l’argument selon lequel les élections intermédiaires seraient forcément défavorables à la majorité gouvernementale est aussi éculé que faux. La droite au pouvoir a ainsi remporté les élections européennes de 1994 et le PS (avec, à l’époque, François Hollande en tête de liste) celles de 1999. De même, les municipales de 1989, un an après la réélection de François Mitterrand, ont permis au PS regagner du terrain après un cru 1983 catastrophique, et les régionales de 1998, sous le gouvernement Jospin, ont vu six régions basculer à gauche. La bascule aurait même pu être plus importante si la droite et le FN ne s’étaient alliés dans trois autres régions.

Hormis ces exceptions, les élections intermédiaires depuis 1981 ont été des défaites pour le pouvoir en place.

UMP: la victoire sans faire de vagues?

Les éléments de langage

Pendant que le PS se retranchera dans les grandes villes, où la sociologie électorale lui est plus favorable, l’UMP revendiquera la victoire grâce à ses résultats dans le millier de villes de plus de 9.000 habitants que compte l’Hexagone. «En sautant la barre des 50 %, cela signifiera que la France est repassée en bleu. L'UMP aura alors renouvelé l'exploit des municipales de 1983, quand la droite avait repris la majorité des villes de plus de 9.000 habitants», triomphait déjà Jean-François Copé dans Le Monde il y a quelques semaines.

L’UMP nationalisera l’impact des municipales en les présentant comme un camouflet pour François Hollande et le gouvernement.

La réalité

On est loin de la vague bleue que revendiquait Jean-François Copé. En se focalisant sur la barre des 9.000 habitants, la droite a discrètement revu à la baisse ses objectifs.

La gauche ne détient actuellement que 55% des villes de plus de 9.000 habitants. Or, comme le confiait à L’Humanité le responsable des élections au PS, Alain Fontanel:

«En 1995, 2001, 2008, à chaque élection municipale, le parti au pouvoir a perdu entre 60 et 120 villes de plus de 10.000 habitants et en a gagné 30 autres. Il est normal et il est probable que l’on en perde dans ces proportions-là.»

La droite peut donc s’attendre mécaniquement à conquérir une courte majorité dans les villes de plus de 9.000 habitants.

Une vraie vague bleue ne pourrait reposer que sur la conquête de la majorité des villes de plus de 30.000 habitants, agrémentée de quelques symboles. Mais les grandes villes restent solidement arrimées à gauche. Paris semblant hors de portée pour Nathalie Kosciusko-Morizet, les espoirs de l’UMP reposent sur Strasbourg et Toulouse, et surtout sur la conservation des 3e et 6e secteurs de Marseille pour y éviter une déroute humiliante.

Sans vraies grandes conquêtes, l’UMP pourra difficilement faire avaler la thèse d’un camouflet pour le gouvernement.

FN: la rengaine du vrai-faux record

Les éléments de langage

Le Front national revendique un record avant même le résultat des élections. Avec 596 listes validées en préfectures, jamais le parti de Marine Le Pen n’avait été aussi présent aux municipales. C’est six fois plus qu’en 2008. Le FN sera présent dans 415 communes de plus de 10.000 habitants, dont 36 des 39 plus grandes villes françaises.

Le 3 mars, Marine Le Pen a fixé un objectif de 1.000 conseillers municipaux estampillés FN, et espère conquérir quelques mairies comme Hénin-Beaumont ou Fréjus.

La réalité

Ce record est un demi-échec. 760 têtes de listes avaient été investies par le FN lors de sa convention de novembre 2013. Près de 200 d’entre elles n’ont pas réussi à boucler leur liste avant la date butoir du 6 mars.

Avec la présence de candidats étrangers, de vieillards mourants, ou encore d’une actrice porno, certaines listes validées tiennent plus du cache-misère que de l’enracinement local. Au final, seuls 30% des Français auront la possibilité de déposer un bulletin Bleu Marine dans l’urne.

Quant à l’objectif des 1.000 conseillers municipaux FN, c’est une magnifique opération d’enfumage médiatique lancée par Marine Le Pen. Ce seuil psychologique sera abondamment commenté au soir du second tour alors qu’il ne s’agit que d’un faux-suspense. Pour l’atteindre, il suffit que chacune des 596 listes FN parvienne à faire élire en moyenne… à peine deux conseillers municipaux. Sachant que la France compte 519.417 élus municipaux, atteindre la barre des 1.000 conseillers –à peine 0,19% de l’ensemble— est insignifiant.

En réalité, la politique locale reste un environnement hostile pour le Front. Une étude de France TV Info montre qu’il n’a pas été en mesure de présenter une liste dans la moitié des villes où il a réalisé ses meilleurs scores aux élections de 2012. En 2014, le FN ne peut espérer conquérir qu’une douzaine de villes.

N’en déplaise aux spécialistes des contorsions statistiques, il sera en revanche nettement moins facile de finasser avec les chiffres au soir du 25 mai. Avec le mode de scrutin proportionnel, les résultats des élections européennes seront beaucoup plus têtus.

Jean-Baptiste Daoulas

Jean-Baptiste Daoulas
Jean-Baptiste Daoulas (22 articles)
Journaliste
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