Municipales 2014France

Municipales: le second tour a déjà commencé

Olivier Biffaud, mis à jour le 21.03.2014 à 7 h 16

Avant même les résultats du premier tour, le PS appelle à un front républicain que l'UMP ne veut plus appliquer, pendant que le FN lance ses premiers appels du pied et que l'UDI met en garde ses partenaires.

Lors des élections régionales du 21 mars 2010. REUTERS/Pascal Rossignol.

Lors des élections régionales du 21 mars 2010. REUTERS/Pascal Rossignol.

À la veille du premier tour des élections municipales, personne n’en parle trop mais tout le monde l’a un peu en tête: il s'agit d'une expression qui va sans doute faire son retour dans le discours politique au soir du 23 mars et certainement au matin du 24.

Deux mots –«front républicain»– qui opposent la droite et la gauche depuis que l’UMP a opté, sous l’impulsion de Jean-François Copé, pour le «ni-ni»: ni alliance avec l’extrême droite, ni appel à voter socialiste. C’était avant le second tour des cantonales de mars 2011 où, dans 204 cas, le Front national se retrouvait en duel face au Parti socialiste. Définie par l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, cette stratégie avait été adoptée par Copé, alors secrétaire général du parti. Et il compte bien la faire réappliquer cette année.

Configuration différente...

Pour les municipales des 23 et 30 mars, la configuration est différente des cantonales ou des législatives, car il suffit qu’une liste obtienne 10% des suffrages exprimés au premier tour pour pouvoir se maintenir au second et 5% pour envisager de fusionner avec une autre. C’est ce qui va se produire, à droite et à gauche, dans de nombreuses villes, à l’exception de rares cités où des haines recuites empêcheront de tels rapprochements.

A gauche, communistes et écologistes retrouveront les socialistes, le 30, s’ils n’étaient pas déjà ensemble le 23. Une inconnue demeure avec les listes estampillées «divers gauche» et celles du Parti de gauche (PG). Se maintiendront-elles là où elles auront fait plus de 10%? Fusionneront-elles là où elles auront fait plus de 5% sans atteindre 10%?

Tout au long de la campagne, les amis de Jean-Luc Mélenchon ont développé un discours contre les «Solfériniens» –surnom donné aux dirigeants du PS–, tout en indiquant qu’ils feraient tout pour battre la droite au second tour. Reste que les socialistes ne seront pas très enclins, surtout à Paris, à les intégrer sur leurs listes dans un tel cas de figure.

À droite, les deux familles centristes rejoindront l’UMP là où l’union n’était pas acquise au premier tour. Elle est d’ores et déjà faite dans la capitale, ce qui soulève un problème de réserve de voix pour Nathalie Kosciusko-Morizet. Comme pour la gauche se posera aussi la question de l’attitude des listes classées «divers droite». Dans la très grande majorité des cas, elles appelleront à voter pour l’opposition parlementaire quand elles ne seront pas en capacité de fusionner.

... mais stratégie immuable

Mais un autre ennui risque de surgir pour la droite au soir du 23: la pression que le Front national va immédiatement exercer sur certains maires en position délicate.

Depuis plusieurs décennies, la stratégie de la famille Le Pen est toujours la même dans les consultations électorales. D’abord chercher le maillon faible à droite, créer un point de fixation, ensuite exercer un chantage sur l’élu ciblé pour le faire céder, enfin espérer une zizanie générale au sein de la droite et du centre.

Ces municipales ne vont certainement pas déroger à la règle, d’autant que le FN pourra se maintenir et provoquer des triangulaires qui pourraient être «meurtrières» dans un certain nombre de villes. En priorité pour la droite… mais aussi, dans une moindre mesure, pour la gauche.

Les regards se tourneront évidemment vers le sud-est et le nord de la France, où les scores de l’extrême droite sont les plus élevés et, par voie de conséquence, la pression la plus vive sur les maires sortants de droite. Talonnés par le FN, il va bien s’en trouver quelques uns pour ne pas résister aux « offres de service » qui leur seront faites.

Difficultés du «cordon sanitaire»

Prévoyant, le maire (UMP) des Saintes-Maries-de-la-Mer, Roland Chassain, avait préféré se désister lors des législatives de juin 2012 dans la 16e circonscription des Bouches-du-Rhône où il était arrivé en troisième position avec 22,62%… derrière la candidate du Front national (28,98%). Cela n’avait pas empêché l’élection du candidat socialiste Michel Vauzelle au second tour.

Mais bien lui en avait pris, pourtant, car Roland Chassain n’aura pas de liste FN en face de lui, le 23 mars. Menacé d’exclusion en 2012 après son coup d’éclat, l’heureux maire des Saintes a été réinvesti par… l’UMP.

Il est vrai que sur le terrain, la doctrine du «cordon sanitaire», qui a pour but d’établir une étanchéité parfaite entre la droite et l’extrême droite, a parfois des difficultés à être appliquée à la lettre. Et la technique de Marine Le Pen est de détecter ces «bons clients», en situation de réélection fragile, susceptibles de céder aux amicales pressions pour avoir une chance de retrouver leur siège. À Chartres ou à Aix, les candidats de la formation d'extrême droite ont d'ailleurs déjà lancé des appels du pied.

En faisant le maximum de battage médiatique sur ces cas, la présidente du FN est certaine de provoquer des secousses telluriques à l’intérieur de l’opposition. Pour la faire exploser, puisque c’est l’objectif premier des Le Pen.

«Frontière infranchissable»

Sensibles à cette problématique, les centristes ne veulent pas mettre le doigt dans l’engrenage. «Au soir du premier tour, l'UDI va d'abord mettre une frontière infranchissable avec le FN», déclarait ainsi Yves Jégo, délégué général de la formation centriste, dans un entretien au quotidien La Croix, le 14 mars. «Nous allons respecter à la virgule près le front républicain: partout où il y a un risque de maire FN, l'UDI s'engagera vis-à-vis de la liste d'en face, y compris une liste PS.»«Si des alliés sont moins clairs que nous, nous quitterons ces alliances», a martelé Jégo en l'absence de Jean-Louis Borloo, convalescent depuis la fin janvier.

Il y a fort à parier que la formule du «front républicain» fasse un retour remarqué dans le discours politique. La thématique a d'ailleurs été reprise par le Premier ministre lui-même à trois jours du premier tour: Jean-Marc Ayrault a appelé à «tout faire» pour qu'il n'y ait «aucun» maire Front national.

Bien que l’UMP ait abandonné cette doctrine, l’appel du chef du gouvernement s’adresse en priorité à elle: Ayrault a bien évidemment en tête les divergences que ce concept génère à l’intérieur de la droite. Au PS aussi, on pense déjà au second tour avant même que le premier ait eu lieu.

Olivier Biffaud

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Journaliste
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