FranceMunicipales 2014

Municipales: sur l'OM, Pape Diouf campe en défense

Stéphanie Plasse, mis à jour le 21.03.2014 à 18 h 47

Paradoxalement, celui qui a présidé le club de 2004 à 2009 s'est moins impliqué sur le sujet que les deux principaux candidats à la mairie de Marseille.

Patrick Mennucci et Pape Diouf, le 19 mars 2014. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Patrick Mennucci et Pape Diouf, le 19 mars 2014. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

«Il a une image fédératrice, il incarne Marseille, sa mixité. Il a un ancrage dans cette ville qu'il doit en partie à son ancienne fonction.» Cette «ancienne fonction» dont parle Sébastien Barles, conseiller municipal EELV de Marseille et fondateur du collectif «Sursaut», à propos du candidat Pape Diouf, dont il est la tête de liste dans le 1er secteur, c'est bien sûr celle de président de l'Olympique de Marseille, que l'ancien journaliste sportif a occupée de 2004 à 2009.

Une fonction qui est aussi à double tranchant, reconnaît Sébastien Barles:

«D'un côté, il y a cette popularité, et de l'autre l'image sulfureuse du football véhiculée dans certains milieux intellectuels.»

En tout cas, du côté des supporters de l'OM, la présidence de Pape Diouf, si elle ne s'est traduite par aucun titre, a marqué les esprits. «On n'oubliera jamais ce qu'il a fait pour nous, il nous a toujours défendus», lance Nico, un membre actif des South Winners, le principal groupe de supporters, qui se rappelle de la gerbe déposée au pied du virage par le président après le décès au Havre de deux membres de Marseille Trop Puissant, un autre groupe, suite à un accident de bus.

Une image forte qui semble coller encore au candidat. «A Marseille, on a coutume de dire: il n'y a qu'un seul pape dans cette ville, c'est Pape Diouf», renchérit Gaël, un autre supporter.

Cependant, cet engouement ne se convertira pas forcément en votes. Et même si Nathalie Paoli, ancienne directrice de la communication de l'OM et membre du staff de campagne du candidat Pape Diouf, constate cette même popularité auprès des supporters, elle n'en fait pas pour autant un fonds de commerce:

«Il n'a pas joué sur ça. Il n'a pas été voir les associations, les clubs de supporters, il souhaite parler de Marseille au sens plus large, de ses difficultés. Il est très attaché à cette ville, il s'est senti le besoin d'agir.»

Pas de pouvoir décisionnel sur le club

Une démarche qui à première vue pourrait paraître paradoxale, mais qui en réalité ne l'est pas pour David Garcia, auteur de L'Histoire secrète de l'OM:

«On s'attend à ce qu'il use de sa popularité auprès des supporters. Mais si on regarde la situation, Pape Diouf n'est crédité que de 5%, et en réalité, il n'a aucun pouvoir décisionnel sur le club.»

Evincé en 2009 par le président de surveillance Vincent Labrune et l'actionnaire principale Robert Louis-Dreyfus, décédé peu après, pour ses absences répétées au conseil, Pape Diouf ne serait plus, d'après une source proche du club, dans les petits papiers de l'OM et ne pourrait pas faire pression concernant l'affaire qui préoccupe et divise les supporters: la vente du stade Vélodrome.

Du côté des fans, le match des municipales semblerait donc avant tout se jouer, comme pour l'électeur marseillais en général, entre Jean-Claude Gaudin, opposé à la vente, et Patrick Mennucci, qui lui est favorable. Reléguant Pape Diouf au rôle de spectateur amusé, une position qui ne semble pas lui déplaire.

«Je ne veux pas rentrer dans ce débat, j'ai autre chose à faire», tranche l'ancien président de l'OM, qui précise que lors de sa présidence, il avait proposé un dispositif juridique renforcé qui permettait à la ville de rester propriétaire du Vélodrome et à l'OM d'en être bénéficiaire. Une proposition que Jean-Claude Gaudin avait refusée à l'époque.

En attendant, le maire de Marseille s'est vu offrir par le groupe des South Winners un maillot floqué du numéro 13 en récompense de sa prise de position contre la vente du stade. «Tant que je serai maire, le Vélodrome restera municipal. Au même titre que le Palais du Pharo, du Vieux-Port ou de Notre-Dame de la Garde, il appartient au patrimoine de Marseille, à nous tous et il n’est pas question de le vendre aux émirs du Golfe. Restons entre Marseillais», a déclaré sur son site officiel le candidat UMP.

Pour marquer une deuxième fois le coup, les South Winners ont déployé, quelques semaines après, une banderole contre Patrick Mennuci, barrée du slogan «Vends ta maison et pas le stade». Tout cela sous le regard inquiet des Ultras, autre groupe de supporters qui préférerait, selon un bon connaisseur de ces organisations, le candidat socialiste au maire de Marseille.

Manne des abonnements

Bref, un joli méli-mélo visant à garder le stade Vélodrome mais aussi à maintenir le pré carré des groupes, notamment sur la vente des abonnements.

«Les supporters considèrent que le stade Vélodrome leur appartient, ce qui est symboliquement vrai, c'est pour cela qu'ils ne souhaitent pas qu'il soit vendu. Mais certains veulent aussi ne pas perdre la gestion de la billetterie, qui rapporte beaucoup», constate Christian Bromberger, spécialiste des passions partisanes et auteur de Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde.

En effet, l'OM compte environ 40.000 abonnés, plus de la moitié des abonnements étant gérés par les clubs de supporters des virages nord et sud. Depuis l'époque Tapie, ces clubs ont la charge d'une partie des billets. Un avantage financier (les tarifs des abonnements annuels varient entre 200 et 700 euros) qui pourrait s'arrêter net en cas de privatisation du Vélodrome.

Cette attitude un peu mercantile des supporters aurait émergé suite à la Coupe du monde 1998 et à l'arrivée de nouveaux venus. «On a vu arriver les Footix, des personnes qui n'étaient pas réellement impliquées, tout d'un coup il y a eu moins d'ambiance, on mouillait moins le maillot», déplore Nico. Cette période marque, d'après Christian Bromberger, l'arrivée de supporters désormais plus interessés par les tarifs réduits d'abonnement accordés par le club que par l'engagement au sein des groupes.

Une tendance qui pourrait expliquer que leur image politique se soit un peu érodée:

«Fondés en 1987, les South Winners se situent à l'extrême gauche. Leurs membres portent des blousons orange, s'opposant ainsi aux skinhead qui arborent des bombers noirs dont l'envers, la doublure, est précisement orange. Maintenant, cette image est un peu moins marquée et la volonté contestataire moins forte.»

Ce qui expliquerait peut-être cette remise de maillot à un candidat de droite par un groupe de supporters classé plutôt à gauche.

Les supporters votent comme les Marseillais

Cependant, malgré la polémique autour de la vente du stade, les supporters voteraient comme tous les Marseillais, constate Christian Bromberger, qui affirme que «ces électeurs ne se déterminent pas en fonction de ce que untel ou untel a fait pour l'OM». Ce qui se passerait dans les tribunes du stade ne se répercuterait pas dans les bureaux de vote.

D'où le fait que le statut d'ancien président du club marseillais servirait plus à Pape Diouf de marche-pied symbolique pour accéder à la mairie de Marseille que de véritable atout pour gagner les élections. «Cette notoriété l'a poussé au devant de la scène. Maintenant il sait qu'il fait ses preuves en politique et il ne ménage pas ses efforts», note sa chargée de presse Nathalie Paoli.

Le candidat affirme de son côté être conscient de son capital sympathie même s'il ne souhaite ne pas en jouer. «La facilité me gêne», lâche-t-il, avant de conclure:

«Pendant ces cinq années passées à la présidence, je n’ai jamais eu de problèmes ni avec les supporters ni avec la justice, j'ai géré une direction générale, financière, sportive, marketing, médiatique... Les gens ont vu qui j'étais, je n'ai pas besoin de mettre ça en relief.»

Stéphanie Plasse

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Journaliste
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