Municipales 2014France

La carte des villes «apartheid»: celles où les équipes municipales sont totalement blanches

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 20.03.2014 à 18 h 55

Combien y a-t-il de maires et d'adjoints «non blancs», c'est-à-dire issus des minorités ethniques? Le Cran et le think tank République et Diversité ont mené l'enquête.

Carte des villes «apartheid»

Carte des villes «apartheid»

Le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) et le think tank République et Diversité ont présenté, mercredi 19 mars, une enquête sur la diversité des exécutifs municipaux à quelques jours du premier tour des municipales.

Il s’agit de mesurer, au sein des exécutifs locaux des 50 plus grandes villes de France, la part des personnes issues des minorités visibles en France, ou, pour être plus précis, «non blanches», c'est à dire «noires, arabes et asiatiques».

De la statistique ethnique en France? Oui. L’étude repose sur la même méthode que celle employée par le «baromètre de la diversité à la télévision» du CSA, réalisé depuis 2009.

Pour le CSA, l’origine est attribuée aux personnes qui apparaissent sur l’écran «en tenant compte des catégories de sens commun à partir desquelles, en France, les individus sont aujourd’hui "vus comme"...: "blancs", "noirs", "arabes", "asiatiques, "autres"».

Concrètement, pour l’étude du Cran et du think tank R&D, les participants ont pris en compte trois critères:

  • la photo
  • le lieu de naissance
  • le patronyme

On peut discuter à l’infini des choix d’une telle méthode: elle mêle personnes descendantes de l'immigration post-coloniale et originaires d'outre-mer, inclut les personnes de couleur mais pas les blancs extraeuropéens, etc. mais elle vaut mieux que pas de méthode du tout et permet d'approcher cette réalité par des critères reconnus en général comme facteurs de discrimination.

Résultat: il n'y a aucun maire issu de la diversité dans ces 50 villes. 9% des adjoints au maire sont non blanc(he)s, contre une part dans la population globale estimée par le Cran à 12% –la question du nombre des minorités visibles n'étant pas tranchée. A priori donc, il y a pour les adjoints sous-représentation sans pour autant un fossé immense entre les personnes non blanches et leur présence dans les exécutifs municipaux.

Mais il existe évidemment des disparités fortes sur le territoire: de 30% des élus ou plus à Saint-Denis, Nanterre, Argenteuil, Roubaix, 28% à Montreuil contre 4% à Nice, Montpellier, Toulouse et 3% à Marseille. 

Parité & Diversité. Maires et adjoint.e.s - Cran, République et Diversité

Avec des termes forts qui tranchent avec les euphémismes et précautions de langage en général de mise lorsqu'on évoque ces questions, les organisateurs ont présenté la carte des «éxécutifs municipaux “apartheid”» ou «white only». Résultat: 10 villes sur les 50 ne comptent aucun élu de la diversité.

Le président des deux organisations à l'origine de l'étude, Louis-Georges Tin, plaide pour une loi de quotas sur le modèle de la loi qui a imposé la parité dans la constitution des listes électorales, «pour qu’il n’y ait plus d’exécutif apartheid et que les élus soient à l’image de la population française». L'étude révèle en effet que les adjointes constituent 49% des effectifs des équipes municipales –mais seulement 5 des 50 maires sont des femmes.

Les deux institutions ont aussi publié un «Guide des bonnes pratiques contre le racisme, à l'usage des maires de France», recensant des politiques publiques concrètes, pour que l'antiracisme dépasse «la posture morale».

J.-L.C.

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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