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Accusée, la droite devient accusatrice? Souvenez-vous de l'affaire Méry/Strauss-Kahn

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 14.03.2014 à 20 h 33

Une affaire révélée par Le Monde, potentiellement explosive pour le principal dirigeant de la droite française, et qui se retourne en quelques jours contre la gauche, devenant une «affaire dans l'affaire»? Si le scénario de l'affaire des écoutes Sarkozy rappelle quelque chose, c'est parce qu'il s'est déjà produit dans le passé, à l'automne 2000, au moment de l'affaire Méry.

Le 21 septembre 2000, Le Monde révèle, notamment sous la plume du journaliste Fabrice Lhomme (également à l'origine des révélations sur les écoutes Sarkozy), l’existence de la cassette Méry et en reproduit un verbatim sur deux pages, publication qu'il poursuivra le lendemain. La cassette Méry? Une confession d’un ancien membre du comité central du RPR (l'ancêtre de l'UMP), mis en examen dans l’affaire des HLM de la ville de Paris, qui a fait enregistrer une vidéo en 1996, trois ans avant sa mort.

Dans son témoignage, il épingle tous les partis au détour de quelques phrases («On distribuera à tout le monde», dit-il des commissions liées aux marchés publics), mais ses mots sont surtout très menaçants pour le RPR. Notamment quand il raconte une scène qui se serait produite à l'hôtel Matignon quand Jacques Chirac était Premier ministre: il aurait alors remis à Michel Roussin, chef de cabinet du chef de gouvernement, 5 millions de francs en liquide, «en présence de M. Chirac». Un versement qui correspondait à des commissions en relation avec les marchés de chauffage des HLM.

«Manipulation»

Comme en ce mois de mars 2014, nous sommes là aussi à la veille d'un scrutin, moins mobilisateur puisqu'il s'agit du référendum sur le quinquennat. Mais surtout, déjà, dans la précampagne présidentielle entre Jacques Chirac et Lionel Jospin. Et Patrick Devedjian, porte-parole du RPR, estime que celle-ci s’engage «dans une fosse à purin».

Alain Juppé à la «nausée», Jean-Louis Debré pointe une «manipulation». Le jour même des révélations, Jacques Chirac dénonce le «mensonge» et «l’outrance» du procédé, avant de lâcher en interview le soir un mot tiré de Rimbaud et appelé à devenir culte: «abracadabrantesque».

Des réactions virulentes qui rappellent celles de plusieurs dirigeants de droite après les révélations sur l'affaire des écoutes. Une différence notable à relever entre les deux affaires, cependant: tandis que dans celle des écoutes, le travail de la justice précède celui de la presse, dans le cas de la cassette Méry, c'est l'inverse –dans les jours qui suivront, plusieurs juges, dont Eric Halphen, iront d'ailleurs saisir un exemplaire de la cassette.

Réactions virulentes à droite

Mais là où l'affaire Méry se rapproche de ce qui vient de se produire, c'est avec l'épisode qui suit, seulement trois jours plus tard. Le 24 septembre 2000, L’Express, dans ce qui est un des premiers scoops du web d’information français, annonce que Dominique Strauss-Kahn a détenu l’original de la bande, qui lui a été remis par l’avocat fiscaliste de Méry, Alain Belot, son ancien conseiller parlementaire. La remise a eu lieu en avril 1999, alors que DSK était ministre de l'Économie et que les deux hommes se rencontraient pour discuter le contentieux fiscal du couturier Karl Lagerfeld.

Si DSK affirme qu'il n'a pas visionné la vidéo et ne se souvient pas où il l'a rangée, l’affaire va couler par le fond ses ambitions pour la mairie de Paris, pour laquelle il faisait figure de candidat possible. Et si les accusations sont différentes de celles portées contre Christiane Taubira dans l'affaire des écoutes (elle est accusée d'avoir menti alors que DSK était à l'époque soupçonné d'un délit pénal pour, entre autres, ne pas avoir dénoncé les faits allégués dans la cassette), les réactions sont les mêmes. Les hiérarques de droite cognent: «machination», volonté de «maquiller la réalité», possible «affaire d’Etat» (terme même employé par Jean-François Copé cette semaine)...

Il y a quatorze ans, le gouvernement avait dû se justifier sur sa connaissance des faits, Lionel Jospin affirmant avoir «appris par Le Monde l’existence de la cassette». Soit les termes qu'a employés François Hollande cette semaine pour expliquer comment il avait pris connaissance du contenu des écoutes.

«Affaire dans l'affaire» et «diversion»

«En l’espace d’une journée, le scandale issu des révélations posthumes de Jean-Claude Méry s’est changé en affaire Strauss-Kahn», écrit Le Monde fin septembre 2000. «L’affaire Méry devient l’affaire Strauss-Kahn», renchérit Libération. «L'"affaire des écoutes de Sarkozy" est devenue, en quelques heures, l'"affaire Taubira", écrivait cette semaine Le Parisien... Ou encore une «affaire dans l'affaire», comme en 2000. Qui, toujours comme en 2000, a déclenché à gauche une accusation de «diversion».

La conclusion judiciaire? Dans l'affaire de la détention de la cassette, le procureur général de la Cour de cassation renoncera à saisir la Cour de justice de la République du cas Strauss-Kahn. Seul Alain Belot sera condamné à quatre mois de prison avec sursis en 2003 pour violation du secret professionnel.

Dans le dossier plus large des commissions sur marchés publics, seuls des patrons du bâtiment seront condamnés à de la prison avec sursis en 2006. Protégé par l'article 67 de la Constitution (celui-là même que Nicolas Sarkozy invoque dans l'affaire de ses agendas, liée à celles des écoutes), Jacques Chirac n'a jamais été entendu par la justice sur cette affaire et a été réélu en 2002. Avant d'être condamné, en 2011, à deux ans de prison avec sursis dans un autre dossier politico-financier, l'affaire des emplois fictifs.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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