Municipales 2014France

L'affaire Buisson devient une thématique de campagne aux Sables-d'Olonne, 15.000 habitants

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 13.03.2014 à 17 h 57

L'édition du 13 mars 2014 du Journal des Sables.

L'édition du 13 mars 2014 du Journal des Sables.

On se souvient des images de Patrick Buisson poursuivi par une caméra d'i>TELE dans les rues des Sables-d'Olonne après la publication par le Canard enchaîné et Atlantico d'extraits de ses enregistrements clandestins de Nicolas Sarkozy.

Une semaine plus tard, le politologue et historien continue de faire parler de lui dans cette sous-préfecture vendéenne de 15.000 habitants, cette fois-ci concernant son impact sur une élection municipale où la rumeur lui avait un temps attribué l'intention de se présenter. Une interrogation une nouvelle fois illustrée par le qualificatif de «gourou».

L'édition olonnaise de Ouest-France, sous le titre «Quand l'affaire Buisson rejaillit aux Sables» (accès payant), s'interroge:

«Aujourd'hui, ses liens avec la commune, alors qu'il est mêlé à un scandale national, peuvent-ils entraîner des conséquences au-delà du simple microcosme local?»

Plainte contre Cohn-Bendit

Le candidat divers droite Didier Gallot, ancien juge d'instruction, est en effet un ami de jeunesse de Patrick Buisson: ils se sont connus au lycée puis à l'université, où ils militaient ensemble à la Fnef, un syndicat étudiant proche d'Occident. Comme le rappelait Le Figaro dans un portrait publié en 2012, les deux hommes avaient porté plainte, fin avril 1968, contre un jeune étudiant de Nanterre du nom de Daniel Cohn-Bendit après l'agression d'un de leurs camarades...

Figure par ailleurs sur la liste Gallot Pierre Beylaud, spécialiste de la politique internationale au Point et ami de Buisson, qui a expliqué à Ouest-France avoir dîné avec lui à Olonnes («On ne laisse pas tomber un ami de longue date, et cela ne vaut pas approbation de ce qu'il a pu faire»). Face à ce qui va devenir un argument de campagne, le candidat a démenti dans un communiqué être conseillé par Buisson et a expliqué que sa préoccupation était... le bon déroulement de la saison estivale 2014.

Mais une autre liste en lice aux Sables-d'Olonne, celle du candidat UMP Yves Roucher, a aussi un lien avec Buisson: son candidat figurant en 19e position, Jean-François Dejean, a été, au conseil général de Vendée, le directeur de cabinet de Philippe de Villiers, conseillé par Buisson pendant sa campagne présidentielle 1995. Mais il explique à Ouest-France ne pas avoir vu le politologue depuis vingt ans.

«Bonjour, c'est Patrick Buisson»

Et Buisson lui-même, dans tout ça? En la matière, l'hebdomadaire local, Le Journal des Sables (accès payant), a un coup d'avance:

«Coup de théâtre, samedi midi, le portable de notre rédacteur en chef sonnait. “Bonjour, c'est Patrick Buisson”.»

L'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy a démenti auprès du journal soutenir un candidat et être le conseiller de Didier Gallot, ce que les deux hommes avaient déjà fait auprès du Lab et de Ouest-France en octobre, après des révélations de Libération: «On ne joue pas dans la même cour!», s'amusait alors Didier Gallot. Qui renouvelle aujourd'hui son démenti... et en profite pour enfoncer son adversaire:

«Quand nous nous voyons, c'est pour parler de tout sauf de politique, croyez-moi. [...] En revanche, s'il y en a un aux Sables-d'Olonne qui connaît Patrick Buisson en politique, c'est bien Jean-François Dejean.»

«Manoeuvre grossière»

Le candidat UMP, lui, adresse un nouveau démenti à l'hebdomadaire:

«Lorsque j'étais directeur de cabinet de Philippe de Villiers, je n'avais en charge que la Vendée et pas la politique nationale. Je n'étais donc pas en lien direct avec Patrick Buisson et je ne me souviens pas avoir traité en direct avec lui.»

Buisson, qui aurait lui aimé voir la droite unifiée aux municipales sous la bannière du député UMP Yannick Moreau (il y a finalement trois candidats, puisque Brigitte Tesson se présente aussi sous l'étiquette divers-droite, sans compter le FN avec Danièle Vouzellaud), explique avoir croisé à plusieurs reprises en 1995 le directeur de cabinet, y compris dans des réunions de campagne, ce que Dejean qualifie de «manoeuvre grossière».

Face à ce Clochemerle sur fond de scandale national, la gauche (représentée par Caroline Pottier –aucun lien de parenté avec l'auteur de ces lignes– et Gérard Mercier) pourrait se contenter de compter les points. Mais pas sûr qu'elle en recueille suffisamment, dans une ville où Nicolas Sarkozy dépassait les 60% en 2012. Elle ne pourra néanmoins pas faire pire qu'en 2008, quand une erreur administrative l'avait empêché de se maintenir au second tour et l'avait privée de toute représentation au conseil municipal.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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