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Ecoutes Sarkozy-Herzog: la gaffe aussi incroyable que vraie de Christiane Taubira

Christiane Taubira à l'Elysée le 12 mars à Paris REUTERS/Philippe Wojazer

Christiane Taubira à l'Elysée le 12 mars à Paris REUTERS/Philippe Wojazer

Christiane Taubira, ministre de la Justice, tenait ce mercredi après-midi une conférence de presse pour répondre, point par point, aux accusations de la droite, lui reprochant d'avoir menti en expliquant qu'elle ne savait rien sur l'interception des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog. Elle a expliqué lors de cette conférence qu'il n'y avait pas eu mensonge, au pire un «malentendu»:

«Je n'ai pas d'information [sur] la date, la durée et le contenu des interceptions judiciaires (...) Aucun procès-verbal n'est remonté à la Chancellerie.»

Elle brandit alors des documents adressés à la Chancellerie par le parquet, précisant:

«Si vous pensez qu'il y a là des comptes-rendus et des synthèses d'interceptions judiciaires, c'est votre liberté.»

La ministre a-t-elle, comme d'autres avant elle, oublié que les photographes face à elle pouvaient zoomer sur les documents? Etait-ce un coup de bluff, une erreur, une méprise?

Toujours est-il, chose sidérante, que ces documents donnent bien des informations sur le contenu des écoutes. Il ne s'agit pas, au sens propre, ni de comptes-rendus, ni de synthèses d'interceptions judiciaires. Mais il s'agit bien de documents attestant de ce que la Garde des sceaux a eu des informations sur le contenu des écoutes. Ce qui est parfaitement normal en soi, mais la contredit quand elle nie avoir des informations.

Les documents sont retranscrits par le site du Monde. On y lit notamment:

«Il est également apparu que le même Nicolas Sarkozy, utilisateur d'une seconde ligne téléphonique portable –ouverte sous un nom d'emprunt pour semble-t-il déjouer la première écoute judiciaire– seconde ligne également écoutée, était en relations fréquentes avec Thierry Herzog, également avocat au barreau de Paris et qui est son conseil dans l'affaire dite “Bettencourt” en cours à Bordeaux; à la faveur de ces conversations, il apparaît que les deux hommes évoquent à plusieurs reprises les interventions réelles ou supposées d'un magistrat du parquet général de la Cour de cassation, dans le cadre de l'examen par la chambre criminelle de cette Cour d'un pourvoi formé contre un arrêt de la chambre de l'instruction de Bordeaux.»

Ce sont là des informations sur les écoutes. On sourit également à la lecture de cette phrase (partie graissée par Slate):

«Le juge d'instruction saisi du dossier dit “des financements libyens” de la campagne présidentielle de 2007 (dont il vous est régulièrement rendu compte sous la référence AS/13/2352/FIN

Ces documents ne sont, de fait, pas une retranscription des écoutes, Christiane Taubira ne ment pas en disant qu'à celles-ci, elle n'a pas eu accès. Mais elle se piège toute seule en montrant avec ces papiers qu'elle a beaucoup plus d’informations que la simple connaissance de l'existence des écoutes. Ce qui n'aurait jamais été un problème si elle ne s'était fendue de ses premières déclarations sur TF1 assurant qu'elle ne savait rien.

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