Municipales 2014: le FN à 22,9%, soit le triple de 2008, selon un modèle de simulation

Marine Le Pen et Florian Philippot, dans la cour de l'Elysée, le 30 novembre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Marine Le Pen et Florian Philippot, dans la cour de l'Elysée, le 30 novembre 2012. REUTERS/Philippe Wojazer

Deux chercheurs arrivent à ce résultat grâce à une méthode se fondant sur plusieurs variables et prenant en compte les précédents scores du FN depuis 1998 dans 56 villes. Le modèle, qui a été testé sur les précédentes élections, a donné des résultats très proches de la réalité, avec un écart de seulement 0,37 et 0,24% pour les municipales de 2001 et 2008.

Alors que le Front national présente ou soutient 596 listes pour les municipales qui se dérouleront les 23 et 30 mars, comment prévoir le niveau qu'il obtiendra au soir du premier tour?

Fin février, un sondage LH2 évaluait les électeurs «certainement» ou «probablement» prêts à voter FN à 29% des Français. Mais fin novembre, un sondage de l'institut Polling Vox avait relevé jusqu'à 42% de Français n'excluant pas de voter pour le parti de Marine Le Pen... (Sachant que, de toute façon, un bon nombre d'entre eux ne le pourront pas, un peu moins d'un tiers des électeurs français ayant un bulletin FN à leur disposition le 23 mars).

Les chercheurs en sciences politiques Sylvain Brouard et Martial Foucault proposent, sur le blog SlowPolitix, un modèle explicatif du vote FN jugé plus rigoureux, donnant lieu à une simulation pour les échéances à venir dont ils présentent l'élaboration dans leur article.

Car il y a plusieurs limites aux sondages, en particulier quand il s’agit du vote FN.

D’abord, les sondés ont tendance à moins l’annoncer, en raison d'un effet de sous-déclaration lié à un vote honteux ou mal assumé. Ensuite, la taille des échantillons de départ, en général autour d'un millier de personnes ou moins, en limite la portée puisqu'il faut leur retrancher ceux qui ne sont pas sûrs d'aller voter.

Par ailleurs, ces enquêtes, menées sur une dizaine de villes, expliquent les auteurs, ne permettent pas de généraliser les résultats à l’ensemble du territoire pour connaître le niveau qu’aura le parti.

Les chercheurs proposent donc le résultat d’une simulation du vote du premier tour des municipales basée sur les scores du FN aux précédentes élections –à l’exception des élections législatives– entre 1998 et 2012 dans 56 villes. Ces villes, qui ont toutes présenté des listes FN aux municipales de 1995, 2001 et 2008, sont pour 47 d'entre elles peuplées de plus de 30.000 habitants et comprennent Paris, Lyon, Marseille, Nice et Lille, Strasbourg, Bordeaux, Montpellier, Toulon. Neuf autres villes, de moins de 30.000 habitants, complètent l'échantillon. Ce panel englobe 10% des villes et plus de 20% de la population électorale française.

Ce panel intègre donc de très nombreuses villes moyennes (Aubagne, Beauvais, Dreux, Alès, Manosque...) et notamment des villes promettant au FN ses meilleurs scores comme Hénin-Beaumont, Avignon ou Carpentras.

Le modèle prend en compte les résultats aux précédents scrutins et plusieurs autres variables: popularité du FN, variation du taux de criminalité national, dissidences au sein du parti.

Pour cet échantillon, les chercheurs aboutissent à un score moyen de 22,87%, avec une marge d’erreur de l’estimation de plus ou moins 0,45%, précisent-ils. Le modèle, qui a été testé sur les précédentes élections, a donné des résultats très proches de la réalité, avec un écart de seulement 0,37 et 0,24% pour les municipales de 2001 et 2008.

Source: SlowPolitix

Le panel de villes choisi vote cependant plus pour le FN que la moyenne française. 

«Tous les astres sont alignés pour le FN»

A la présidentielle 2012, le score de Marine Le Pen y était de 19%, un peu plus d'un point au-dessus de ses 17,9% sur l'ensemble du pays.

Le modèle situe donc le score du FN près de quatre points plus haut cette année. Selon l'un des deux auteurs de la note, Martial Foucault, professeur de science politique à Sciences Po et directeur du Cevipof, il est robuste et s'approche de ce que sera le résultat moyen du FN au soir du premier tour. «Tous les astres sont alignés pour le FN», nous explique-t-il: beaucoup de candidats, une impopularité record du gouvernement, des villes bien ciblées par le parti de Marine Le Pen et une popularité en hausse depuis deux ans.

«Ce serait une poussée historique de notre échantillon, explique-t-il, atteignant presque trois fois le score de 2008», qui était de 8,14% aux municipales.

«Si une telle tendance devait se confirmer, écrivent les auteurs, voire être dépassée dans deux semaines, dans l’ensemble des villes où le FN présente ou soutient une liste, elle permettrait au parti de Marine Le Pen de se maintenir au second tour dans un grand nombre de villes et, par conséquent, de peser fortement sur l’issue de la compétition électorale municipale mais également de remporter plusieurs élections municipales et d’obtenir un nombre inédit de conseillers municipaux.»

Par ailleurs, aucune des 56 villes étudiées par les chercheurs n'est sortie de leur simulation avec un résultat de moins de 10% pour le FN: les candidats pourraient donc se maintenir partout et provoquer des triangulaires, plus dangereuses pour la droite que pour la gauche –sauf en cas d'accords locaux de second tour UMP-FN.

Enfin, même si le FN ne devrait pas obtenir de sénateur au prochain renouvellement, le nombre de conseillers municipaux qu'il pourrait gagner devrait renforcer sa position au sein du collège des grands électeurs.

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