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Il y a une nouvelle «affaire Sarkozy». Voici les trois questions qu'elle pose

Jean-Laurent Cassely et Jean-Marie Pottier, mis à jour le 07.03.2014 à 14 h 35

Que cherchent les juges qui enquêtent sur un possible trafic d'influence impliquant l'ancien président et son avocat? Quels sont les liens entre ce dossier et les affaires Bettencourt, Kadhafi et Tapie? Qui est Gilbert Azibert, le magistrat cité dans l'enquête?

Nicolas Sarkozy, le 11 décembre 2009. REUTERS/Yves Herman.

Nicolas Sarkozy, le 11 décembre 2009. REUTERS/Yves Herman.

Terrible semaine pour la droite. Après l'affaire Copé et la publication d'enregistrements de Nicolas Sarkozy par son ancien conseiller Patrick Buisson, place désormais à une potentielle affaire de trafic d'influence concernant Nicolas Sarkozy, révélée par L'Express puis développée par Le Monde. Une affaire complexe dans laquelle viennent se mélanger plusieurs autres dossiers.

Que cherchent les juges?

Il n’y a pour le moment aucune mise en examen dans ce dossier ouvert pour «violation du secret de l'instruction» et «trafic d'influence». Les juges Patricia Simon et Claire Thépaut, du nouveau parquet national financier, ont notamment fait perquisitionner les bureaux de l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, et du premier avocat général auprès de la deuxième chambre de la Cour de cassation, Gilbert Azibert.

Ils veulent savoir si ce dernier a pu intervenir dans un des volets de l'affaire Bettencourt qui concerne encore Nicolas Sarkozy (par ailleurs bénéficiaire d’un non-lieu dans le volet de faiblesse en octobre 2013): saisis pendant les investigations, les agendas officiels et privés de l'ancien président doivent-ils, comme il l'a demandé, lui être restitués?

La Cour de cassation doit rendre sa décision sur ce point le 11 mars. Le 11 février, l’avocat général s’est prononcé en faveur de l’annulation de la saisie des agendas. L'AFP précise que «le magistrat qui avait pris ces préconisations n’était pas Gilbert Azibert, qui est affecté à une chambre civile et n’est donc pas amené à intervenir dans ce dossier», confié à la chambre criminelle.

Mais des écoutes téléphoniques, menées après le départ de Nicolas Sarkozy de l'Elysée, auraient révélé que l'ancien chef de l'Etat et Thierry Herzog sont informés de la procédure en cours. Selon Le Monde, Azibert, «qui a accès au service intranet de la haute juridiction, renseigne le camp sarkozyste sur l'évolution des tendances au sein de la Cour de cassation, les écoutes en font foi». Thierry Herzog aurait confié à son client que Gilbert Azibert aimerait bénéficier d'un coup de pouce diplomatique pour obtenir un poste de conseiller d'Etat à Monaco –où Nicolas Sarkozy a passé la dernière semaine de ses vacances de février en cure thermale...

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Kadhafi, Bettencourt, Tapie: quels liens avec cette affaire?

Trois des affaires emblématiques du quinquennat Sarkozy, les affaires Bettencourt, Kadhafi et Tapie, se retrouvent entremêlées, à des degrés divers, dans ce dossier.

L'affaire Bettencourt, donc, en serait à l'origine, les soupçons de trafic d'influence portant sur des informations concernant le devenir des agendas présidentiels saisis dans l'affaire.

Mais c'est l'affaire Kadhafi qui a contribué aux dernières révélations. En avril 2013, la justice ouvre une information judiciaire sur des soupçons de financement de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy par le défunt dictateur libyen, information qui tourne pour l'instant essentiellement autour du rôle de son ancien ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

Dans ce cadre, les juges ont mis l’ancien Président sur écoute, ainsi que Claude Guéant et son prédécesseur Brice Hortefeux. Ce qui leur a permis de découvrir l'existence d'un téléphone acquis sous un nom d'emprunt, utilisé par Nicolas Sarkozy pour communiquer avec Thierry Herzog.

Enfin, l'affaire Tapie-Crédit Lyonnais se trouve en arrière-plan de la question des agendas présidentiels. Des extraits de ceux-ci avaient en effet été transmis par le juge Gentil, en charge de l’affaire Bettencourt, aux juges Tournaire, Daïeff et Thépaut, en charge de l’affaire Tapie, car ils faisaient état de rendez-vous avec l'homme d'affaires. Ce dernier, qui a bénéficié de 403 millions d’euros dans le cadre de l’arbitrage rendu en 2008 dans le conflit l’opposant au Crédit Lyonnais, est allé à l’Elysée 22 fois entre 2007 et 2008.

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Qui est Gilbert Azibert, le magistrat cité dans l'enquête?

Né à Marseille et âgé de 67 ans, ce haut magistrat est, depuis 2010, premier avocat général auprès de la deuxième chambre de la Cour de cassation.

Auparavant, il était secrétaire général du ministère de la Justice et des Libertés sous Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie. Un poste qu'un site spécialisé décrit comme «au plus près de la Garde des Sceaux» et qui lui avait valu le surnom de «ministre-bis» voire parfois de «vrai ministre». Selon L'Express, il y aurait été imposé par Patrick Ouart, le conseiller justice de l'Elysée.

En 2011, il faisait figure de concurrent le plus sérieux de Jean-Claude Marin pour le poste de procureur général près la Cour de cassation.

Le Monde le décrit comme «un professionnel solide et autoritaire»: «Gilbert Azibert n'est pas particulièrement populaire dans la magistrature, mais il a une qualité certaine: il est craint.» Mediapart parle de son côté d'un magistrat «étiqueté clairement à droite» et «adulé par les avocats pénalistes autant qu’il était honni par les juges d’instruction»: certains d'entre eux l'avaient surnommé «Annulator» pour sa propension à casser leurs procédures.

Certains de ses confrères ont exprimé publiquement des jugements peu amènes sur lui. Dans le livre Sarko m'a tuer de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, le procureur général Marc Robert, «placardisé» sous le précédent quinquennat, dit de lui que son «caractère partisan n'était un secret pour personne». Philippe Bilger a lui déploré les «incidents» qui ont marqué son passage, de 2002 à 2005, à la tête de l'Ecole nationale de la magistrature (refus d'accueillir une conférence de l'Observatoire international des prisons, polémique sur une visite de Nicolas Sarkozy ou encore sur l'existence –qu'il avait récusée– d'une liste noire de magistrats instructeurs établie par le ministère de la Justice et dont l'enseignement était jugé indésirable à l'ENM).

Mediapart souligne par ailleurs que «au cours de sa longue carrière, Thierry Herzog a eu l’occasion de croiser la route de Gilbert Azibert en plus d’une occasion», notamment quand ce dernier présidait la chambre de l'instruction dans l’affaire des faux électeurs du Ve arrondissement, dans laquelle il défendait Xavière Tiberi. Selon Le Monde, «Nicolas Sarkozy l'a reçu au moins une fois, lorsqu'il s'est agi de le nommer, en 2008, secrétaire général de la Chancellerie».

A noter, enfin, que (comme n'a pas manqué de le relever la gauche), son fils Paul Azibert est candidat aux municipales sur la liste Juppé à Bordeaux.

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Jean-Laurent Cassely et Jean-Marie Pottier

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