C'est dans l'actuFrance

Quand Patrick Buisson devient une «bête sauvage» traquée en «exclusivité» sur iTélé

Andréa Fradin, mis à jour le 07.03.2014 à 11 h 49

Caméra à l'épaule, plans tremblotants dans une ruelle sombre des Sables d'Olonne, rivés sur un Patrick Buisson chapeauté qui tente d'échapper à la caméra tout en reprochant au journaliste des «méthodes de gestapiste et de voyou»: telles sont les images qui passent en boucle sur la chaîne d'information iTélé, depuis le jeudi 6 mars au soir.

Ce document, présenté comme un «document exclusif d'iTélé», constitue, pour reprendre les termes de la chaîne, «la première réaction de Patrick Buisson», l'homme au centre de l'actualité depuis la publication, le 5 mars, d'extraits d'enregistrements qu'il aurait notamment réalisé pendant son passage à l'Elysée, aux côtés de l'ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy. 

Depuis, ces images suscitent de nombreuses et très vives réactions.

Comme le soulignait le politologue Thomas Guénolé, invité le 6 mars au soir sur le plateau d'iTélé pour évoquer les conséquences plus larges de cette affaire, ces plans peuvent avoir un caractère saisissant, conférant à Patrick Buisson le rôle de «bête traquée»:

«Comme une bête sauvage pendant une partie de chasse.»

Mais au-delà de cette symbolique visuelle, la question de la légitimité de la démarche du journaliste se pose. Egalement invitée pour évoquer le traitement médiatique de l'affaire Buisson[1], je faisais par exemple valoir le fait que chercher à obtenir des réponses de cette personnalité, aujourd'hui au centre de l'actualité, n'était pas «complètement illégitime». Sans compter que les reproches de Patrick Buisson au journaliste peuvent sembler un peu cocasses, comme le font valoir les journaliste d'iTélé, dans la mesure où cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy est lui-même accusé d'avoir enregistré à leurs dépens des membres de son ancien entourage professionnel.

Néanmoins cette affaire Buisson est trouble à bien des égards et la séquence, relativement longue et peu montée, aurait sûrement mérité d'être légèrement raccourcie pour ôter cet effet de mise en scène de l'information, qui n'ajoute rien à l'affaire.

A.F.

[1] Le site Atlantico a annoncé vouloir porter plainte contre Slate.fr à la suite de la publication de notre article «L'autre histoire derrière les enregistrements».

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte